À en croire Marc Van Impe, rédacteur en chef de la revue médicale Mediquality, les mutations génitales féminines ne se font pas toujours en cachette. Selon lui, certains médecins belges excisent des femmes, et des filles parfois très jeunes. Il parle d'endroits à Malines, à Bruxelles, à Liège et à Charleroi, mais ne donne pas de plus amples détails.

L'ASBL GAMS, qui lutte contre les mutilations sexuelles féminines en Belgique, ne connaît pas d'histoires concrètes. Interrogée par le quotidien De Morgen, Fabienne Richard, la présidente de l'association, ne se dit pas étonnée, car elle soupçonne depuis longtemps que ce genre de pratiques existe en Belgique d'autant qu'elle a déjà entendu parler de cas au Royaume-Uni et en France.

L'institut pour l'Égalité des Femmes et des Hommes estime qu'en Belgique près de 26 000 filles et femmes sont concernées par les mutilations génitales - soit elles sont excisées, soit elles en courent le risque.

Selon Van Impe, certains chirurgiens plastiques pratiquent la correction des lèvres et retirent le capuchon du clitoris par la même occasion. D'autres piquent le clitoris ou l'incisent jusqu'à le sang coule, une excision plutôt symbolique. Généralement, les médecins font passer l'intervention sont une fausse nomenclature afin que la patiente soit remboursée par l'Inami.

Certains parents demandent à un médecin de pratiquer une "excision light" pour accomplir leur devoir culturel et donner l'impression à leur famille que leur fille a été excisée, explique Van Impe, qui déclare que certains médecins le font aussi pour l'argent.

Inévitable

Selon les médecins ces interventions ne laissent pas de séquelles aux jeunes filles et ne les empêchent pas d'avoir une vie sexuelle normale, mais rien ne serait moins sûr. Certains médecins partent du principe que l'excision est inévitable, et qu'il vaut donc mieux la pratiquer de manière médicalement responsable. "Ils ont l'idée que s'ils ne le font pas, ce sera pire pour la jeune fille", conclut Van Impe.

Auteure du livre "Parce que tu es une fille. Histoire d'une vie excisée", l'ancienne politique MR Assita Kanko exprime son indignation. "Il n'y a pas d'excision light. Personne ne mérite une telle humiliation. Comment ensuite encore attendre d'une jeune fille qu'elle fasse confiance aux médecins?", déclare-t-elle au Morgen. "Ces excisions cachent une intention : ces jeunes filles doivent obéir, elles doivent se marier, et ne reçoivent pas d'éducation décente", ajoute-t-elle encore.