Le corps de ses figures habitées par le silence était couvert de fragiles draperies, linceuls ou haillons posés comme des pétales de fleurs. Claudie Laks (°1952) est fascinée. Et d'abord, comme l'analyse Gaston Bachelard, par la matière terre elle-même que l'imagination désire fouiller jusque dans son intimité. Ensuite, par l'effeuillage de ce matériau qui paraît relever d'une rêverie "au repos". Sauf, que par sa formation de linguiste, ces fragments de minceur s'inscrivent dans la réflexion de linguiste qui structure aussi le regard de Claudie Laks. Ce n'est alors pas un hasard si dans ses premières installations, elle multiplie ces "signaux" de plans légèrement concaves qui forment au sol, un champ semé de multiples présences entre lesquelles les vides vont peu à peu constituer le véritable sujet. Dans mes années 90, l'artiste parisienne passe alors assez logiquement du modelage au découpage de plaques de bois mais surtout, plus surprenant, à la couleur. De là à s'engouffrer dans la seule peinture... avec des rouges et des jaunes, des verts et des bleus comme s'il neigeait des notes de musique déposée sur le vide blanc de la toile. Ce seront, dira-t-elle, "ses gribouillages". Mais il ne faudrait pas s'y tromper. Ces "lâchers de couleurs" sont tout sauf du "all over". Ils ont le sens du haut et du bas, de la gauche et la droite, de la limite et du centre. Ils articulent les interstices à force de taches et de graphes en déliés, en tourillons, en virgules. Ils sont tout sauf gratuits parce que "les couleurs, rappelait-elle, sont comme des entités vivantes, exigeantes, boudeuses, irascibles ou au contraire, douces, vulgaires..." En fait, elles s'imposent parce qu'elles procèdent, à leur tour, d'une rêverie comparable à celle de Monet lorsqu'il imaginait les "Nymphéas". De Cy Twombly dont "le vocabulaire pictural, écrivait Alfred Pacquement alors Directeur du musée d'art moderne de Paris, se rapproche d'une écriture désintégrée". Car voilà bien deux artistes qui encadrent le chemin poursuivi avec opiniâtreté par Claudie Laks depuis plus de trente ans et auxquels, sans doute, il faudrait ajouter Jean-Pierre Pincemin : "Je suis arrivée un jour dans son atelier, confiait-elle, et il était en train de peindre, absorbé par son travail. Il ne faisait qu'un avec ses couleurs, le support sur lequel il travaillait, son pinceau était comme le prolongement de sa main. Tout son corps n'était qu'un médium au service de la peinture. Peintre-medium !" Voilà le véritable enjeu.

Bruxelles, MM Gallery. 68, Place du Jeu de balle. Jusqu'au 28 mars. Du mardi au vendredi de 10h30 à 12h30 et de 15h à 18h ; Samedi et Dimanche de 10h à 18h. www.mm-gallery.com

Légende : "L'été nabi, 2019 (209 x 287cm). C de l'artiste.

Le corps de ses figures habitées par le silence était couvert de fragiles draperies, linceuls ou haillons posés comme des pétales de fleurs. Claudie Laks (°1952) est fascinée. Et d'abord, comme l'analyse Gaston Bachelard, par la matière terre elle-même que l'imagination désire fouiller jusque dans son intimité. Ensuite, par l'effeuillage de ce matériau qui paraît relever d'une rêverie "au repos". Sauf, que par sa formation de linguiste, ces fragments de minceur s'inscrivent dans la réflexion de linguiste qui structure aussi le regard de Claudie Laks. Ce n'est alors pas un hasard si dans ses premières installations, elle multiplie ces "signaux" de plans légèrement concaves qui forment au sol, un champ semé de multiples présences entre lesquelles les vides vont peu à peu constituer le véritable sujet. Dans mes années 90, l'artiste parisienne passe alors assez logiquement du modelage au découpage de plaques de bois mais surtout, plus surprenant, à la couleur. De là à s'engouffrer dans la seule peinture... avec des rouges et des jaunes, des verts et des bleus comme s'il neigeait des notes de musique déposée sur le vide blanc de la toile. Ce seront, dira-t-elle, "ses gribouillages". Mais il ne faudrait pas s'y tromper. Ces "lâchers de couleurs" sont tout sauf du "all over". Ils ont le sens du haut et du bas, de la gauche et la droite, de la limite et du centre. Ils articulent les interstices à force de taches et de graphes en déliés, en tourillons, en virgules. Ils sont tout sauf gratuits parce que "les couleurs, rappelait-elle, sont comme des entités vivantes, exigeantes, boudeuses, irascibles ou au contraire, douces, vulgaires..." En fait, elles s'imposent parce qu'elles procèdent, à leur tour, d'une rêverie comparable à celle de Monet lorsqu'il imaginait les "Nymphéas". De Cy Twombly dont "le vocabulaire pictural, écrivait Alfred Pacquement alors Directeur du musée d'art moderne de Paris, se rapproche d'une écriture désintégrée". Car voilà bien deux artistes qui encadrent le chemin poursuivi avec opiniâtreté par Claudie Laks depuis plus de trente ans et auxquels, sans doute, il faudrait ajouter Jean-Pierre Pincemin : "Je suis arrivée un jour dans son atelier, confiait-elle, et il était en train de peindre, absorbé par son travail. Il ne faisait qu'un avec ses couleurs, le support sur lequel il travaillait, son pinceau était comme le prolongement de sa main. Tout son corps n'était qu'un médium au service de la peinture. Peintre-medium !" Voilà le véritable enjeu. Légende : "L'été nabi, 2019 (209 x 287cm). C de l'artiste.