Cette lettre d'une violence inouïe, plusieurs familles d'Alost issues de l'immigration l'ont reçue début juin à leur domicile. Son auteur n'a bien évidemment pas eu l'aplomb de la signer. Dès les premières lignes, il évoque toutefois le score élevé du Vlaams Belang, pour légitimer son acte de haine.

Depuis le 26 mai dernier, pas un jour ne passe sans qu'une histoire liée de près ou de loin au parti d'extrême droite ne surgisse. Sur la plateforme numérique Reddit, la présidente de l'Open VLD, Gwendolyn Rutten, qui s'oppose à la levée du cordon sanitaire, est traitée de salope et menacée d'être violée " avec toute la vigueur du lion de Flandre ". Dans les bas-fonds du forum 4Chan, terrain de jeu favori de l'alt-right, les membres de Schild & Vrienden poursuivent gaiement leurs échanges racistes, sexistes et homophobes, malgré les révélations de l'émission Pano. Certains ont récemment menacé de mort un collaborateur de l'université de Gand, démasqué par le groupe nationaliste flamand Make Vlaenderen Great Again alors qu'il tenait un compte Twitter dénonçant les agissements secrets du mouvement identitaire de Dries Van Langenhove, aujourd'hui inculpé d'infractions à la loi sur le racisme, à la loi réprimant les faits de négationnisme, ainsi qu'à celle portant sur les armes. De nombreuses autres personnes, dont le journaliste de la VRT, Tim Verheyden, subissent encore et toujours des intimidations au quotidien.

Dans les médias, les représentants fraîchement élus du Vlaams Belang profitent de leur nouvelle légitimité électorale. S'exprimant dans un journal local, Dominiek Sneppe a rappelé que son parti " n'a rien contre les LGBT, mais bien contre l'islam ", même si le droit des homosexuels de se marier et d'adopter des enfants allait " un pont trop loin ". Alors que le Belang effectue un glorieux retour dans le conseil d'administration de la radio- télévision publique flamande, le député Chris Janssens, accueilli sur le plateau de la VRT, a fait savoir que son parti désirait mettre un terme " à la promotion de la diversité, du multiculturalisme et de la pensée unique " prônée par la chaîne publique.

Si les déclarations des officiels du VB ont suscité de vives réactions, elles ne sont pas pour autant illégales. Les menaces, appels à la haine et propos racistes des auteurs de lettres anonymes et autres trolls sont, eux, passibles de sanctions. Pour lutter contre la multiplication des dérives, la justice devra toutefois mettre les bouchées doubles. Récemment encore, l'ex-policier accusé d'incitation au racisme, après la diffusion d'un photomontage de l'échevine anversoise d'origine indienne, Jinnih Beels (SP.A), a été acquitté en appel. La commission des litiges d'appel de l'Union belge de football a, elle, jugé que le chant " Tous les juifs sont gays " des supporters du Club de Bruges n'était ni offensant ni discriminatoire. Alors qu'un engrenage de la haine guette le nord du pays, des sanctions adéquates pourraient s'avérer utiles pour démotiver les plus fervents extrémistes.