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Depuis ce lundi 8 juin, la logique est inversée. Nous ne sommes plus dans le " tout est interdit, sauf ", mais dans le " tout est autorisé, sauf ". Une décision autant symbolique que salutaire. Un changement de paradigme s'imposait en effet, tant les exceptions étaient devenues, au fil des semaines, de l'évolution de la situation sanitaire et des phases de déconfinement, nombreuses et illisibles pour une trop grande partie de la population. La Belgique chemine donc vers un retour à une vie presque normale avec, notamment, la possibilité d'étendre à dix personnes ses contacts sociaux, la réouverture des écoles primaires, des infrastructures sportives, de l'Horeca et d'une partie du monde culturel. Les frontières au sein de l'Europe seront également ouvertes à partir du 15 juin (sauf pour l'Espagne, qui attendra le 1er juillet). Pourtant, pour certains secteurs, les points d'interrogation restent encore nombreux. Faut-il rouvrir ou pas le volet, pour quelle rentabilité ? s'interrogent les cafetiers. Quelles salles survivront à une limitation du nombre de spectateurs et quel sens y a-t-il à réaliser un spectacle sans qu'une émotion collective puisse se dégager, se demandent les théâtres ? Le superkern du 6 juin a néanmoins pris une série de mesures pour soutenir ces secteurs en difficulté, avec la prolongation du droit- passerelle, l'extension du chômage temporaire, une dispense partielle du versement du précompte professionnel et la réduction du taux de TVA à 6 % dans l'Horeca - sauf sur les boissons alcoolisées. Au centre également de ce superkern, une série d'annonces destinées directement au pouvoir d'achat des Belges ont été validées. Ainsi, une aide supplémentaire sera accordée aux bénéficiaires d'un revenu d'intégration sociale, aux personnes porteuses d'un handicap et aux pensionnés qui bénéficient de la Grapa. Et chaque belge se verra octroyer un Rail Pass de dix voyages sur le réseau de la SNCB. Nouveauté également : le chèque-consommation. L'employeur qui le désire pourra accorder à ses employés un chèque d'une valeur de 300 euros à dépenser dans l'Horeca, les loisirs ou la culture. " Vous pourrez l'utiliser pour acheter un livre, aller à Walibi, manger un bout au restaurant, ou acheter une entrée dans une salle de théâtre ", a détaillé David Clarinval, ministre du Budget et de la Fonction publique. L'intention est bien que ce chèque serve à l'économie locale, pas question donc de l'utiliser sur Amazon. Pour les employeurs, ce chèque sera déductible à 100 % et défiscalisé. Cette dernière mesure a été abondamment commentée. " C'est finalement donner un chèque par les entreprises qui vont bien aux employés qui ont la chance de ne pas avoir perdu leur emploi ", a notamment pointé l'économiste Etienne de Callataÿ pour qui l'impact réel sur la consommation risque d'être particulièrement limité. Mais, l'importance du symbole n'est pas à négliger. De symbole, il a aussi été largement question lors de la manifestation antiraciste qui s'est tenue dimanche dernier à Bruxelles et qui a rassemblé plus de 10 000 personnes. Autorisé par le bourgmestre Philippe Close (PS) face à l'importance attendue de la mobilisation, ce rassemblement a été largement critiqué par les libéraux, pas sur le fond, car la cause était " noble ", mais sur sa forme car il enfreignait les conditions sanitaires. Des dilemmes auxquels nous risquons d'être encore souvent confrontés dans les semaines ou mois à venir, entre risque sanitaire et besoin de retrouver nos libertés.