Ismaël Saidi est un Bruxellois précieux. Sa pièce Djihad, avec des dizaines de milliers de spectateurs, sert à des foules souvent jeunes et toujours curieuses un contre-discours sur le radicalisme religieux. Son hilarante autobiographie Les Aventures d'un musulman d'ici se vend bien. Et en octobre, le Schaerbeekois d'origine publiera avec l'islamologue Rachid Benzine un Finalement, y a quoi dans le Coran ? qui promet de dessiller des yeux fermés depuis trop longtemps.
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Ismaël Saidi est un Bruxellois précieux. Sa pièce Djihad, avec des dizaines de milliers de spectateurs, sert à des foules souvent jeunes et toujours curieuses un contre-discours sur le radicalisme religieux. Son hilarante autobiographie Les Aventures d'un musulman d'ici se vend bien. Et en octobre, le Schaerbeekois d'origine publiera avec l'islamologue Rachid Benzine un Finalement, y a quoi dans le Coran ? qui promet de dessiller des yeux fermés depuis trop longtemps. Il est donc un Bruxellois qui compte. Jusqu'à susciter l'intérêt de des politiques de toutes obédiences. Autant que la jalousie de confrères, de compatriotes, voire dit-on de coreligionnaires. En janvier dernier, sous le feu d'une polémique médiatique, il s'était retiré d'un projet que lui avait confié la Région bruxelloise. Il prévoyait notamment la réalisation de capsules vidéo contredisant le message islamiste. 275 000 euros avaient été débloqués par le gouvernement, sans mise en concurrence. Certains s'en étaient émus dans la majorité PS-CDH-DéFI. L'homme avait manifesté son désarroi. "J'aspire à retourner d'où je viens, à ne rien faire d'autre qu'écrire des histoires", avait-il lancé au ministre-président Rudi Vervoort.Un petit quadrimestre plus tard, le gouvernement régional l'a fait passer en seconde session. Le 23 juin, il attribuait à son asbl, AviScène, 30 000 euros de subside pour un voyage d'une semaine en Andalousie qui avait mené, en avril dernier, quinze jeunes musulmans et autant de jeunes juifs de Bruxelles sur les pas d'Averroès et de Maïmonide. Une équipée qui "contribue non seulement à une connaissance mutuelle propice à la déconstruction des stéréotypes mais également à promouvoir une image positive de Bruxelles en Belgique et à l'étranger", résume une note parvenue en mai au gouvernement bruxellois et dont Le Vif/L'Express a pris connaissance. "Ces jeunes, issus d'un mouvement de jeunesse juif et de quartiers de Bruxelles, ne s'étaient jamais vus et ne se seraient jamais croisés. Maintenant, ils continuent à se fréquenter", explique fièrement Ismaël Saidi. Le projet, soutenu par la Cocof (10 000 euros), le département de l'Instruction publique de la Ville de Bruxelles (7 200 euros) - soit un total de 47 200 euros pour les pouvoirs publics bruxellois - et l'ambassade des Etats-Unis (33 000 euros), est, de source gouvernementale, appelé à se répéter chaque année. "Je ne m'en occuperai plus personnellement, mais AviScène s'en chargera", précise encore Ismaël Saidi. La note qui nous est parvenue, postérieure donc à l'excursion, évoque 80 participants plutôt que 30 et évoque - au passé...- des visites à Fès, au Maroc, et Auschwitz et Cracovie, en Pologne, qui n'eurent jamais lieu. "C'est ce que nous avions prévu, mais certains ont eu un peu peur de passer par le Maroc, et nous n'avons pas trouvé de vol de retour depuis la Pologne. Le budget, du coup, a été très réduit", se justifie le comédien. Le gouvernement Vervoort avait abondamment communiqué sur le précédent projet d'Ismaël Saidi. Ici pas. "Cette subvention n'a simplement pas été considérée comme une priorité à cette occasion", nous dit-on à la ministre-présidence. Où l'on pense toujours que les jeunes sont passés par le Maroc...