Les écoles maternelles, primaires et secondaires sont fermées depuis la mi-mars. Devraient-elles rouvrir leurs portes d'ici le 1er juillet ? Rien ne nous assure que ce serait sans risque pour les enfants et adolescents, pour les institutrices et instituteurs, professeur(e)s et personnel d'éducation, de direction et d'administration.

Donner aux conseils de classe la responsabilité de décider si les acquis de l'année scolaire écourtée permettent ou interdisent l'accès à l'année suivante, c'est ouvrir la porte aux recours et à la contestation de l'autorité des enseignants.

Ajoutons que depuis septembre, la pénurie d'enseignants a eu pour effet d'hypothéquer, dans maints établissements, la dispensation des cours inscrits aux programmes.

Den ce début de déconfinement, des parents inquiets font connaître ou leur malaise ou leur refus d'envoyer leurs enfants à l'école "déconfinée". Les sanctions de pareils refus sont difficiles à imaginer.

Un peu d'optimisme ne ferait pas de tort : imaginons donc que le 1er septembre, voire le 1er octobre, l'épidémie soit derrière nous.

Comment rattraper l'année perdue, car elle le sera inévitablement ?

La question se pose en termes différents selon qu'il s'agit d'écoliers de sixième année primaire et d'élèves de dernière année du secondaire, d'une part, ou de leurs condisciples dans des années d'études qui ne se terminent pas par un diplôme, d'autre part.

Pour les premiers, on peut organiser une épreuve à la fin du mois de septembre, au terme de laquelle, les conseils de classe autoriseront ou déconseilleront le passage à l'échelon supérieur. Idéalement, ces conseils de classe réuniront des enseignants des deux niveaux : primaire et secondaire inférieur, d'un côté, secondaire supérieur et professeurs ou assistants de première bac, de l'autre. Les élèves en échec resteront dans l'année où ils étaient inscrits.

L'organisation du rattrapage ouvre une fenêtre sur une réforme que les statistiques récentes justifient largement

Opérons un retour en arrière de trois générations : après la deuxième guerre mondiale, la semaine scolaire allait du lundi au samedi-midi. L'année scolaire fut ensuite définie par 400 demi-journées de cours obligatoires.

Nous en sommes aujourd'hui à 180 jours d'ouverture des écoles. Dans ces jours d'ouverture sont compris les mercredis après-midi, les cours non suivis parce que le professeur malade n'est pas remplacé, parce que l'école n'a pas trouvé d'enseignant, parce que le titulaire est en formation, parce que à l'approche de Noël, il faut laisser quelques jours aux enseignants pour corriger les copies et siéger en conseils de classe, tandis qu'en juin les pertes de jours de cours s'accentuent , puisqu'après les corrections et les délibérations, il faut offrir du temps aux élèves pour introduire les recours internes , voire saisir l'administration, si la délibération du conseil de classe a conclu à un échec non accepté.

Dès lors la question se pose : Que reste-t-il des 180 jours d'ouverture obligatoire des écoles ? Mieux vaut ne pas risquer le calcul.

Le paysage scolaire se dessinera sur fond d'avenir à trois conditions :

1/Il faut restituer du temps pour apprendre ; le verbe se lit dans les deux sens : du temps pour enseigner une matière, du temps pour l'assimiler, l'exercer, l'exploiter. L'autorité publique a été plus généreuse de temps perdu que de temps utile à l'apprentissage.

2/Les directions deviennent les moteurs du renouveau. Elles reconnaissent aux enseignants le droit aux exigences et au respect de tous, élèves et parents. Elles soudent des équipes sur un socle solidaire.

3/Nos instituteurs et institutrices, nos éducateurs et éducatrices, nos professeurs et professeures exercent leur métier après trois ou cinq ans d'études supérieures ou universitaires.

Elles et ils sont des intellectuels

A ce titre, il importe de leur accorder un bonus qui stimulera leur sens des responsabilités : LA CONFIANCE.

Pour chacun d'eux, le programme fixe le but à atteindre ou, mieux encore, le niveau de compétence attendu des élèves qui lui sont confiés.

C'est un contrat moral.

Il s'appliquera dans le contexte difficile créé par la pandémie. Les compétences terminales restent l'objectif. Il conviendra que chaque équipe dans chaque établissement étale le plan de rattrapage en fonction du temps qui sépare chaque année scolaire de la fin du cycle.

Par son attention quotidienne à la bonne marche de son établissement, le ou la titulaire de la tâche de direction s'informera des satisfactions ou des difficultés que les uns ou les autres rencontrent dans l'exécution de ce contrat.

La communauté des enseignants, mobilisée par la direction, cherchera des conseils, des aides à apporter, des soutiens à offrir lorsqu'un collègue fera état de problèmes dont il n'a pas la solution. Cette communauté, cette équipe dispose d'un avantage que d'autres intervenants n'ont pas : elle connaît le milieu, le contexte particulier de son établissement.

C'est pourquoi, nous situons à ce niveau les interventions parfois nécessaires dans la vie professionnelle d'un enseignant : la direction d'école est l'acteur indispensable, le promoteur incontournable de toute initiative de soutien.

Dans la philosophie du contrat, il n'est nul besoin qu'un intervenant extérieur vienne apporter sur l'exécution de ce contrat un regard critique, à tout moment de l'année scolaire.

Définissons maintenant l'année scolaire : le temps dévoré par la pandémie contraint à revoir les impératifs de temps : les écoles seront ouvertes 200 jours par an. Il faudra y sacrifier des lundis fériés à Pâques et à la Pentecôte, le jeudi de l'Ascension, ramener les vacances d'hiver et de printemps à 10 jours, les congés de Toussaint et de Carnaval à cinq jours ; à un jour de congé, il faut préférer une heure de cours le 27 septembre et le 11 novembre pour rappeler la séparation d'avec les Pays Bas ou la fin des la première guerre mondiale.

Il faut aussi revenir à la norme: les écoles ouvertes jusqu'au 30 juin, ce n'est pas une vue de l'esprit. Le 30 juin, ce sera le dernier jour d'examen. Les corrections achevées, les bulletins seront communiqués aux familles dès la fin de la délibération dans la première semaine de juillet.

Les applaudissements de vingt heures ont salué le courage, l'abnégation, le dévouement des personnels médical, soignant et auxiliaire de soins, des personnels d'entretien, des ambulanciers, des vigiles ou des policiers.

Les héros qui prendront leur relève sont éloignés des classes aujourd'hui.

Disons leur toute notre confiance qu'ils mériteront, eux aussi, nos applaudissements pour avoir évité que la pandémie ne fasse d'autres victimes innocentes : nos écoliers, nos élèves, nos étudiants, en d'autres termes nos enfants.

En réalité, dans le monde qui s'annonce, il faudra être fort et oublier les charmes de l'insouciance et de la vie facile.

Les artisans du renouveau sont dans les salles de classe.

Pierre HAZETTE.

Ancien ministre, Sénateur honoraire, s'exprimant à titre strictement personnel.

Les écoles maternelles, primaires et secondaires sont fermées depuis la mi-mars. Devraient-elles rouvrir leurs portes d'ici le 1er juillet ? Rien ne nous assure que ce serait sans risque pour les enfants et adolescents, pour les institutrices et instituteurs, professeur(e)s et personnel d'éducation, de direction et d'administration. Donner aux conseils de classe la responsabilité de décider si les acquis de l'année scolaire écourtée permettent ou interdisent l'accès à l'année suivante, c'est ouvrir la porte aux recours et à la contestation de l'autorité des enseignants.Ajoutons que depuis septembre, la pénurie d'enseignants a eu pour effet d'hypothéquer, dans maints établissements, la dispensation des cours inscrits aux programmes.Den ce début de déconfinement, des parents inquiets font connaître ou leur malaise ou leur refus d'envoyer leurs enfants à l'école "déconfinée". Les sanctions de pareils refus sont difficiles à imaginer.Un peu d'optimisme ne ferait pas de tort : imaginons donc que le 1er septembre, voire le 1er octobre, l'épidémie soit derrière nous.Comment rattraper l'année perdue, car elle le sera inévitablement ?La question se pose en termes différents selon qu'il s'agit d'écoliers de sixième année primaire et d'élèves de dernière année du secondaire, d'une part, ou de leurs condisciples dans des années d'études qui ne se terminent pas par un diplôme, d'autre part.Pour les premiers, on peut organiser une épreuve à la fin du mois de septembre, au terme de laquelle, les conseils de classe autoriseront ou déconseilleront le passage à l'échelon supérieur. Idéalement, ces conseils de classe réuniront des enseignants des deux niveaux : primaire et secondaire inférieur, d'un côté, secondaire supérieur et professeurs ou assistants de première bac, de l'autre. Les élèves en échec resteront dans l'année où ils étaient inscrits.L'organisation du rattrapage ouvre une fenêtre sur une réforme que les statistiques récentes justifient largementOpérons un retour en arrière de trois générations : après la deuxième guerre mondiale, la semaine scolaire allait du lundi au samedi-midi. L'année scolaire fut ensuite définie par 400 demi-journées de cours obligatoires. Nous en sommes aujourd'hui à 180 jours d'ouverture des écoles. Dans ces jours d'ouverture sont compris les mercredis après-midi, les cours non suivis parce que le professeur malade n'est pas remplacé, parce que l'école n'a pas trouvé d'enseignant, parce que le titulaire est en formation, parce que à l'approche de Noël, il faut laisser quelques jours aux enseignants pour corriger les copies et siéger en conseils de classe, tandis qu'en juin les pertes de jours de cours s'accentuent , puisqu'après les corrections et les délibérations, il faut offrir du temps aux élèves pour introduire les recours internes , voire saisir l'administration, si la délibération du conseil de classe a conclu à un échec non accepté.Dès lors la question se pose : Que reste-t-il des 180 jours d'ouverture obligatoire des écoles ? Mieux vaut ne pas risquer le calcul. Le paysage scolaire se dessinera sur fond d'avenir à trois conditions :1/Il faut restituer du temps pour apprendre ; le verbe se lit dans les deux sens : du temps pour enseigner une matière, du temps pour l'assimiler, l'exercer, l'exploiter. L'autorité publique a été plus généreuse de temps perdu que de temps utile à l'apprentissage.2/Les directions deviennent les moteurs du renouveau. Elles reconnaissent aux enseignants le droit aux exigences et au respect de tous, élèves et parents. Elles soudent des équipes sur un socle solidaire.3/Nos instituteurs et institutrices, nos éducateurs et éducatrices, nos professeurs et professeures exercent leur métier après trois ou cinq ans d'études supérieures ou universitaires. Elles et ils sont des intellectuelsA ce titre, il importe de leur accorder un bonus qui stimulera leur sens des responsabilités : LA CONFIANCE.Pour chacun d'eux, le programme fixe le but à atteindre ou, mieux encore, le niveau de compétence attendu des élèves qui lui sont confiés.C'est un contrat moral. Il s'appliquera dans le contexte difficile créé par la pandémie. Les compétences terminales restent l'objectif. Il conviendra que chaque équipe dans chaque établissement étale le plan de rattrapage en fonction du temps qui sépare chaque année scolaire de la fin du cycle.Par son attention quotidienne à la bonne marche de son établissement, le ou la titulaire de la tâche de direction s'informera des satisfactions ou des difficultés que les uns ou les autres rencontrent dans l'exécution de ce contrat. La communauté des enseignants, mobilisée par la direction, cherchera des conseils, des aides à apporter, des soutiens à offrir lorsqu'un collègue fera état de problèmes dont il n'a pas la solution. Cette communauté, cette équipe dispose d'un avantage que d'autres intervenants n'ont pas : elle connaît le milieu, le contexte particulier de son établissement.C'est pourquoi, nous situons à ce niveau les interventions parfois nécessaires dans la vie professionnelle d'un enseignant : la direction d'école est l'acteur indispensable, le promoteur incontournable de toute initiative de soutien. Dans la philosophie du contrat, il n'est nul besoin qu'un intervenant extérieur vienne apporter sur l'exécution de ce contrat un regard critique, à tout moment de l'année scolaire. Définissons maintenant l'année scolaire : le temps dévoré par la pandémie contraint à revoir les impératifs de temps : les écoles seront ouvertes 200 jours par an. Il faudra y sacrifier des lundis fériés à Pâques et à la Pentecôte, le jeudi de l'Ascension, ramener les vacances d'hiver et de printemps à 10 jours, les congés de Toussaint et de Carnaval à cinq jours ; à un jour de congé, il faut préférer une heure de cours le 27 septembre et le 11 novembre pour rappeler la séparation d'avec les Pays Bas ou la fin des la première guerre mondiale.Il faut aussi revenir à la norme: les écoles ouvertes jusqu'au 30 juin, ce n'est pas une vue de l'esprit. Le 30 juin, ce sera le dernier jour d'examen. Les corrections achevées, les bulletins seront communiqués aux familles dès la fin de la délibération dans la première semaine de juillet.Les applaudissements de vingt heures ont salué le courage, l'abnégation, le dévouement des personnels médical, soignant et auxiliaire de soins, des personnels d'entretien, des ambulanciers, des vigiles ou des policiers.Les héros qui prendront leur relève sont éloignés des classes aujourd'hui.Disons leur toute notre confiance qu'ils mériteront, eux aussi, nos applaudissements pour avoir évité que la pandémie ne fasse d'autres victimes innocentes : nos écoliers, nos élèves, nos étudiants, en d'autres termes nos enfants.En réalité, dans le monde qui s'annonce, il faudra être fort et oublier les charmes de l'insouciance et de la vie facile.Les artisans du renouveau sont dans les salles de classe.Pierre HAZETTE.Ancien ministre, Sénateur honoraire, s'exprimant à titre strictement personnel.