Le vélo, pourtant, beaucoup de Liégeois en rêvent. C'est ce que montre l'enquête réalisée par l'ULiège au cours de la dernière année académique à la demande du Gracq - le Groupe de recherche et d'action des cyclistes quotidiens - et parue en septembre dernier, à quelques coups de pédale des élections communales. A la question " Quand les conditions météo le permettent, considérez-vous que vos trajets quotidiens sont envisageables en vélo ? ", il apparaît que six usagers de l'espace public liégeois sur dix considèrent que oui, leurs trajets quotidiens sont bel et bien envisageables à vélo. Quatre de façon intégrale et deux en complément des transports en commun ou de la voiture. Et pourtant aujourd'hui, à Liège, seuls 2 à 3% des déplacements s'effectuent à deux roues...
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Le vélo, pourtant, beaucoup de Liégeois en rêvent. C'est ce que montre l'enquête réalisée par l'ULiège au cours de la dernière année académique à la demande du Gracq - le Groupe de recherche et d'action des cyclistes quotidiens - et parue en septembre dernier, à quelques coups de pédale des élections communales. A la question " Quand les conditions météo le permettent, considérez-vous que vos trajets quotidiens sont envisageables en vélo ? ", il apparaît que six usagers de l'espace public liégeois sur dix considèrent que oui, leurs trajets quotidiens sont bel et bien envisageables à vélo. Quatre de façon intégrale et deux en complément des transports en commun ou de la voiture. Et pourtant aujourd'hui, à Liège, seuls 2 à 3% des déplacements s'effectuent à deux roues... Les Liégeois se contentent donc de rêver. Ils rêvent, mais ils hésitent. Ils rêvent, mais ils ont peur. L'enquête le montre très bien : la dangerosité est la première raison avancée pour expliquer la faible pratique du vélo (55,8 %), juste devant la distance (50,5 %, mais cette raison est majoritairement brandie par des usagers non liégeois), le relief (49,9 %) et... le fait de ne pas y penser (45,9 %) ! Pour l'ex-échevin de la mobilité Michel Firket (CDH), cet argument de la " dangerosité " relève avant tout d'une " peur irrationnelle ". " En regard des accidents automobiles, le vélo n'est pas dangereux ", relève celui que l'on peut croiser régulièrement en selle dans le centre de Liège. Tout en admettant que davantage d'axes cyclables sécurisés pourraient changer la donne, l'échevin invoque une raison plus culturelle. " A Liège et en Wallonie, on aime le vélo en tant que sport mais on l'utilise très peu pour aller au travail. Ce n'est pas dans les moeurs. " Contrairement à ce qui se passe en Flandre, où le vélo est devenu un réel instrument de mobilité professionnelle. Mais pour le Gracq, si les Liégeois rechignent à enfourcher un vélo, c'est d'abord en raison du manque cruel d'aménagements. Discontinuité des itinéraires, absence de couloirs cyclables en site propre, pression automobile liée au trafic, stationnement sauvage sur les pistes : seuls les cyclistes les plus téméraires et les plus aguerris osent circuler librement dans la ville. " La mixité imposée avec des voitures roulant à 50, 70km/h voire davantage est source d'un important sentiment d'insécurité. L'absence d'aménagements cyclables tend également à ne pas guider le cycliste sur la bonne place à prendre sur la route. Il se demande souvent : "Mais où dois-je rouler" ? Il est fréquent que la distance minimale d'un mètre entre le cycliste et la voiture (ou le bus) qui le dépasse ne soit pas respectée. Et tout aussi fréquent que le cycliste soit klaxonné ou invité à laisser la place aux automobilistes dont certains s'estiment les seuls usagers légitimes de la route ", pointait ainsi Johan Tirtiaux du Gracq dans une récente carte blanche. A Liège, le vélo demeure donc encore essentiellement réservé à la promenade du dimanche. En 2016 déjà, le même Gracq tirait un bilan sévère du Plan communal cyclable 2012-2015 (PCC), qui devait voir la réalisation de six itinéraires structurants et de quatre jonctions pour un budget total de 4,5 millions d'euros, dont 3,5 millions régionaux. " Sur les six itinéraires prévus, aucun n'est continu et aucune jonction n'a été réalisée ", commente Johan Tirtiaux. " Rue de Bruxelles, par exemple (NDLR : au-dessus de la place Saint-Lambert), on a mis un million dans un itinéraire mais on n'a pas osé supprimer la bande de voitures, ce qui aurait permis de faire la connexion avec le centre ", illustre-t-il. Le Gracq évalue que 67 % des aménagements prévus par le PCC n'ont pas été réalisés. Une situation jugée d'autant plus interpellante que Liège est la troisième ville la plus embouteillée de Belgique et que la qualité de l'air y est largement en deçà des normes prescrites par l'Organisation mondiale de la santé... L'arrêt du soutien de la Région wallonne n'a évidemment pas aidé : on relève tout de même depuis 2016 la création de deux zones 30 à Bressoux et dans le Longdoz (mais dépourvues des bandes cyclables pourtant prévues dans le PCC). Sans oublier la toute fraîche jonction cyclable de la place du XX août, en face des bâtiments de l'université. " Je pense que le Gracq exagère quand il avance ce chiffre de 67 % ", réagit avec décontraction Michel Firket. " On ne sera jamais à l'aboutissement complet ", appuie Jean-François Leblanc, conseiller en mobilité à la Ville de Liège. " C'est un idéal qu'on se donne et qui dépend de beaucoup de facteurs, voire de beaucoup d'intervenants. Mais à chaque fois qu'on a l'occasion de mettre une pièce dans le puzzle cyclable dans le cadre de projets européens ou de subsides régionaux, on la met ", assure-t-il. Et la Ville de mettre en avant la création du corridor rive gauche, reliant les Prémontrés (pont J.F. Kennedy) au pont de Fragnée, avec la possibilité d'emprunter La Belle Liégeoise, la passerelle qui permet de passer rive droite et, de là, de rejoindre le Ravel. Un aménagement qui, pour être agréable, constitue aussi une excellente plus-value en matière d'image, qu'il s'agisse de séduire le touriste ou le promeneur local. " Bien sûr, il y a de la discontinuité mais les choses vont se mettre en place progressivement. Le maillage fin ne sera pas oublié mais on doit aussi travailler sur des corridors forts sinon le réseau manquera de visibilité ", précise Jean-François Leblanc, en réponse aux critiques récurrentes concernant le peu de jonctions réalisées avec les quartiers (Sainte-Marguerite, Sainte-Walburge, Glain, Droixhe, Cointe, Coronmeuse, Outre-Meuse, Angleur, Bressoux, Grivegnée...). Dans le mémorandum rédigé à l'approche des élections communales, le Gracq faisait par ailleurs valoir la nécessité d'atteindre une part modale vélo de 7 % d'ici à la fin de la prochaine législature, dans l'objectif ultime d'atteindre les 10 % d'ici à 2030, ce seuil étant considéré comme celui de la " masse critique ". " Quand on atteint les 10 %, les cyclistes sont plus visibles et plus en sécurité ", signale Julien Charlier, du Gracq. Bien des villes ont déjà relevé ce défi. Y compris celles dont le relief est important. Ainsi, au Danemark, la ville d'Aarhus présente de fortes côtes mais le vélo y occupe aujourd'hui une part modale de 18 %. Berne (en Suisse) ou Trondheim (en Norvège) comptaient en 2014 des parts modales vélo de 11 % et 8 %. " L'obstacle du relief n'est pas insurmontable, surtout avec l'émergence des vélos à assistance électrique ", note Julien Charlier. Alors, pourquoi pas Liège ? Le bénéfice environnemental est évident. Celui sur la santé, dans un contexte de sédentarité galopante, aussi. Quant aux finances publiques, elles s'en porteraient bien mieux, reconnaît volontiers Michel Firket. " Il est certain que le vélo abîme beaucoup moins les infrastructures. Les quais se détériorent rapidement avec les voitures et les camions. Le vélo est plus léger, plus discret et demande aussi moins de prestations de police. " Et puis, il y a l'impact sur le cadre et la qualité de vie. Autour du deux roues, Liège joue aussi son attractivité. Touristique mais aussi résidentielle, pour retenir ou ramener en ville ces familles avec jeunes enfants aujourd'hui disséminées dans les zones périurbaines.