Fédéré par Jean-Michel De Waele, professeur de sciences politiques à l'ULB, quelque trois cent chercheurs du monde entier échangent depuis trois mois leurs expériences sur la gestion de la crise du coronavirus dans leur pays. Ce lundi, depuis midi, ils sont réunis pour un webinaire, colloque en ligne qui se prolongera une bonne partie de la nuit. Ce tour du monde inédit leur permet d'échanger des expériences, des regards ou des analyses. L'occasion de déceler la méfiance qui prévaut à l'égard des élites dans de nombreux pays, l'arbitraire des décisions prises ou les ambiguïtés coupables des autorités religieuses. Exemples avec les trois premières interventions relatives au Japon, à la Russie et à la Turquie.
...

Fédéré par Jean-Michel De Waele, professeur de sciences politiques à l'ULB, quelque trois cent chercheurs du monde entier échangent depuis trois mois leurs expériences sur la gestion de la crise du coronavirus dans leur pays. Ce lundi, depuis midi, ils sont réunis pour un webinaire, colloque en ligne qui se prolongera une bonne partie de la nuit. Ce tour du monde inédit leur permet d'échanger des expériences, des regards ou des analyses. L'occasion de déceler la méfiance qui prévaut à l'égard des élites dans de nombreux pays, l'arbitraire des décisions prises ou les ambiguïtés coupables des autorités religieuses. Exemples avec les trois premières interventions relatives au Japon, à la Russie et à la Turquie.Noriko Suzuki, professeur en sciences sociales de l'université Waseda à Tokyo, entame ce tour du monde en évoquant "la méfiance politique et le Covid-19 au Japon". "Le Japon a commencé à affronter le Covid-19 au plus tôt dans le monde, après la Chine et la Corée du Sud", entame-t-elle. La manifestation la plus sérieuse de l'épidémie survient avec un navire de croisière infecté au large de l'île, davantage que par une infection domestique qui n'est pas trop grave. "Mais les actions du gouvernement ont été critiquées au niveau national et international", relève la chercheuse.Noriko Suzuki explique les raisons pour lesquelles le taux de confiance envers le gouvernement du Première ministre Shinzo Abe a chuté en dépit d'une crise globalement bien maîtrisée, avec "dix fois moins de contaminations et de morts qu'en Allemagne". Le mandat de Shinzo Abe est le plus long de l'histoire constitutionnelle du pays, explique-t-elle. Les mois précédant la crise du coronavirus, son étoile a fortement pâli en raison de plusieurs affaires et scandales avec des accusations de détournements de fonds à des fins électorales ou de confusions d'intérêts. Le fonctionnement de la bureaucratie japonaise en sa faveur a également été dénoncé. "On s'est méfié du gouvernement en raison de ce qu'il avait fait jusqu'ici", explique-t-elle. Une méfiance qui a prévalu dans de nombreux pays.Elena Filippova, chercheuse de l'Institut d'ethnologie et d'anthropologie de l'Académie de Moscou, analyse pour sa part les relations longtemps ambiguës qui ont prévalue entre le pouvoir en Russie et l'Eglise orthodoxe. "Dans le système post-soviétique, l'Eglise est devenue l'un des piliers idéologiques de l'Etat et l'appartenance religieuse une composante 'par défaut' de l'identité russe", souligne-t-elle. Or, dans le cas de la pandémie qui nous occupe, ces relations ont été préjudiciables.La cherche évoque de nombreuses "pratiques religieuse incompatibles avec le Covid-19" sous la forme de processions clandestines ou de monastères ouverts au public. Avec des morts à la clé. "Les autorités n'ont pas hésité à ordonner les fermetures des églises au même titre que les supermarchés ou les boîtes de nuit", explique-t-elle. Mais le patriarche orthodoxe n'a pas toujours été clair et, surtout, les autorités de l'Eglise ont été débordées par les dissidences locales ou la rébellion d'intégristes. "On pourrait dès lors assister à une évolution vers une religion civique", conclut-elle. En d'autres termes, le pouvoir pourrait conserver la volonté de défendre l'identité religieuse, mais la reprendre à son compte.Enfin, plusieurs chercheurs turcs évoquent la crise dans ce pays géré de façon de plus en plus autoritaire. Ay?en Uysal professeure de science politique et chercheuse associée du CRESPPA-CSU, du CETOBAC à Paris et de l'IFEA à Istanbul, souligne au départ 'un tableau des mesures prises par le pouvoir combien "la gestion de la crise a été arbitraire". Certaines tranches de la population ont été privilégiées, des villes traitées plus durement que d'autres...Son collègue Cemil Y?ld?zcan, de l'université Galatasaray, souligne combien le caractère autoritaire du pays aurait dû "en théorie rendre la gestion de la crise plus efficace avec des mesures coercitives". "Cependant, la gestion d'une telle crise implique beaucoup de collaborations, prolonge-t-il. Or, le pouvoir n'a pas eu la volonté ou n'a pas eu la capacité de le faire." Ses relations difficiles avec les municipalités ou avec la société civile ont été préjudiciables.Autant de preuves que la gestion d'une telle pandémie est loin d'être évidente, que ce soit pour une démocratie ou une quasi-dictature. Et dire que les chercheurs se pencheront aussi sur le Brésil de Bolsonaro ou les Etats-Unis de Trump...