La tension est palpable au centre hospitalier universitaire montois. A la CSC, on ne cache pas son désarroi. "Nous recevons des informations troublantes du terrain, nous dit Mélisa Maggio, secrétaire permanente de la CSC Services publics pour le Hainaut. Il semble qu'à Ambroise Paré, le personnel soignant testé positif au coronavirus, qui ne présente pas de symptômes graves, doive continuer à travailler. La direction aurait reçu des instructions en ce sens de l'Aviq, l'Agence wallonne pour une vie de qualité, qui s'occupe notamment de la santé en Wallonie." Même discours de Véronique Sabel, secrétaire nationale CSC pour les services publics (dont les hôpitaux) du côté francophone du pays : "Nous avons reçu des mails de membres du personnel dénonçant ce type de pression et nous les avons transmis au gouvernement wallon", dit-elle.
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La tension est palpable au centre hospitalier universitaire montois. A la CSC, on ne cache pas son désarroi. "Nous recevons des informations troublantes du terrain, nous dit Mélisa Maggio, secrétaire permanente de la CSC Services publics pour le Hainaut. Il semble qu'à Ambroise Paré, le personnel soignant testé positif au coronavirus, qui ne présente pas de symptômes graves, doive continuer à travailler. La direction aurait reçu des instructions en ce sens de l'Aviq, l'Agence wallonne pour une vie de qualité, qui s'occupe notamment de la santé en Wallonie." Même discours de Véronique Sabel, secrétaire nationale CSC pour les services publics (dont les hôpitaux) du côté francophone du pays : "Nous avons reçu des mails de membres du personnel dénonçant ce type de pression et nous les avons transmis au gouvernement wallon", dit-elle. Le syndicat chrétien ne veut pas blâmer la direction de l'hôpital montois, mais dénonce haut et fort l'imprévoyance de la ministre de la Santé, Maggie De Block (VLD), qui n'a pas du tout anticipé la pénurie de matériel de protection. "Une partie du personnel soignant, en contact direct avec des malades Covid-19, n'a pu porter de masques pendant trop longtemps, dénonce Véronique Sabel. Résultat : une bonne partie des soignants sont infectés. Un chiffre révélateur : sur les 916 membres de l'équipe infirmière, on compte aujourd'hui 111 absents." Outre les masques, Mélisa Maggio révèle aussi une pénurie de blouses d'isolement pour les soignants qui se penchent sur les malades Covid-19. "C'est la débrouille totale, explique-t-elle. Il n'y avait plus de stock suffisant. Les directeurs de service doivent s'approvisionner comme ils le peuvent, parfois même dans des magasins de vêtements de travail, en payant le prix fort."Le directeur-général du CHU Ambroise Paré, Stéphane Olivier, nous livre une version un peu plus nuancée de la situation. Il ne se souvient pas avoir vu passer une instruction de l'Aviq intimant de rappeler des soignants infectés. L'Aviq dément formellement d'ailleurs avoir envoyé une telle instruction au CHU. "Par contre, nous suivons à la lettre, comme tous les hôpitaux, les consignes de l'Institut de santé publique Sciensano, qui changent parfois au jour le jour, affirme Olivier. Jusqu'à aujourd'hui, l'instruction concernant le personnel testé positif est de mettre le travailleur infecté en éviction pendant sept jours. Ensuite, celui-ci peut revenir travailler, en fonction de ses symptômes. On ne peut l'y obliger, car, de toute façon, il nous est impossible de vérifier les symptômes." Plusieurs membres du personnel soignant nous ont confirmé que c'était bien la procédure actuellement appliquée, même si au début, il y a eu apparemment un moment de panique de la part de la direction face à l'afflux de certificats. "Lorsqu'on appelait pour signifier notre absence, la réaction était tendue, témoigne un soignant testé positif. On nous disait qu'on allait avoir une pénurie de personnel et qu'on aurait besoin de gens même infectés pour travailler dans les unités coronavirus." Selon un autre soignant, le problème est qu'une bonne partie du personnel a travaillé avec les premiers malades du coronavirus sans aucune protection. C'est le cas des brancardiers, des travailleurs paramédicaux, des techniciennes de surface, du personnel technique (informaticiens...), du personnel de gardiennage (qui guident les patients à l'entrée de l'hôpital), etc. Confirmant un taux d'absentéisme deux fois plus élevé que d'habitude dans l'équipe de nursing, Stéphane Olivier reconnaît qu'au niveau des masques et des blouses, la situation a été jusqu'ici très critique. "Nous avons reçu heureusement une bonne quantité de masques chirurgicaux ce lundi, de quoi tenir plusieurs semaines, nous dit le patron du CHU. Désormais, tous les travailleurs des unités de soins peuvent porter un masque, donc pas seulement ceux qui entrent dans les chambres des Covid-19 comme c'était le cas jusqu'à aujourd'hui."Concernant les blouses, Amboise Paré dispose d'un nouveau stock pour une dizaine de jours. "On s'est approvisionné partout où l'on pouvait, y compris dans des magasins de vêtements professionnels, indique Stéphane Olivier, confirmant ainsi ce que dit la CSC. Nous avons aussi reçu des dons. Les hygiénistes font le tri pour voir ce qui est utilisable." Le CHU dispose également d'un stock de combinaisons provenant de l'industrie et de masques en tissu offerts par des particuliers. "Du matériel qui n'est pas adéquat, souligne le directeur-général, mais qu'on garde en cas de rupture complète des stocks. On ne les utilisera qu'en derniers recours". Bref, pour l'instant, la navire Ambroise Paré garde le cap, vaille que vaille, en accusant amèrement le coup du manque d'anticipation de la ministre fédérale. Malgré le nombre de soignants infectés et l'afflux de malades venant de la région Mons-Borinage particulièrement touchée par le virus au niveau wallon, le CHU ne manque pas encore de personnel. Il faut dire que les horaires ont été modifiés. Les soignants des unités qui tournent 24 heures sur 24 travaillent désormais par pause de douze heures, au lieu de huit... Malgré cela, après celle des masques et des blouses, la pénurie de soignants n'est pas exclue dans les prochains jours ou semaines.