Le Relais social au Pays de Liège est sur la brèche. Les sans-abri, jusqu'à présent étonnamment résistants au Covid-19, posent un problème particulier. Pour les protéger, le confinement semble la meilleure solution, mais sous quelle forme? Charleroi a choisi de réquisitionner un hôtel. Namur les regroupe dans un hall de sport. Liège a choisi les tentes. "Si la réquisition d'un bâtiment s'avère efficace, par exemple, dans des conditions météorologiques exceptionnelles et lors de catastrophes naturelles, dans le cas de la pandémie actuelle, cette solution représente un risque accru d'exposer ce public au virus Covid-19", écrit le Collectif Astrid 2020 qui s'est constitué en urgence sous la responsabilité de la Ville, d...

Le Relais social au Pays de Liège est sur la brèche. Les sans-abri, jusqu'à présent étonnamment résistants au Covid-19, posent un problème particulier. Pour les protéger, le confinement semble la meilleure solution, mais sous quelle forme? Charleroi a choisi de réquisitionner un hôtel. Namur les regroupe dans un hall de sport. Liège a choisi les tentes. "Si la réquisition d'un bâtiment s'avère efficace, par exemple, dans des conditions météorologiques exceptionnelles et lors de catastrophes naturelles, dans le cas de la pandémie actuelle, cette solution représente un risque accru d'exposer ce public au virus Covid-19", écrit le Collectif Astrid 2020 qui s'est constitué en urgence sous la responsabilité de la Ville, du CPAS et de la Province de Liège. D'où les tentes."Les mesures proposées ont été validées par les référents médicaux de première ligne et les spécialistes, justifie Laurence Comminette, responsable de la communication de la Ville de Liège. Il est, en effet, démontré qu'en 1919, lors de la pandémie de grippe espagnole, le logement en tente individuelle offrait un taux de survie meilleur que d'autres types d'hébergement collectif. Il importe donc de faire la balance des intérêts et des risques. Ainsi l'inconfort d'une tente en cette fin mars en Belgique, pour les gens de la rue, parait bien moindre que celui de contracter le coronavirus suite à une contamination liée à la promiscuité de lieux d'accueil couverts. La solution des tentes individuelles permet la distanciation sociale, tout en évitant la contamination dans des communs confinés. Cette solution minimise les risques pour les SDF et les travailleurs." Cette politique est cependant critiquée, soit par des partis politiques (le PTB est en faveur de la réquisition d'immeubles, Ecolo pour un dépistage systématique...), soit par de simples citoyens qui y voient un abandon de la lutte contre la pauvreté. "La réquisition de bâtiments ou de chalets en bois est toujours à l'étude, mais elle implique de disposer d'un personnel volontaire et formé pour assurer l'accueil, l'encadrement mais aussi le nettoyage et la désinfection de ces lieux d'accueils couverts et ce, tous les jours, pendant plusieurs semaines. Ce qui n'est actuellement pas le cas actuellement", constate Laurence Comminette.Faute de mieux, le lieu choisi pour "regrouper" les sans-abri est le Parc Astrid, dans le quartier Coronmeuse, près de la Meuse. Une soixantaine de tente y ont été montées ; 40 autres sont disponibles, à d'autres endroits. "Le Parc Astrid et ses abords sont accessibles facilement, relativement isolés, ce qui permet de respecter les nécessaires mesures de distanciation sociale. Le défi est de permettre un accès à des distributions de nourriture, des consultations médicales, une prise en charge rapide des usagers de drogues ou des personnes dépendant à l'alcool particulièrement vulnérables aux crises de manque, ainsi que la possibilité de mise en confinement des personnes symptomatiques", poursuit Laurence Comminnette. Toutefois, il n'existe aucune mesure légale obligatoire de confinement, ce qui implique de négocier avec un public parfois rétif aux directives des autorités. Avec les aides publiques et privées (Spa Monopole a fourni quatre tonnes de boissons, des restaurateurs et des traiteurs se mobilisent...), le Collectif Astrid 2020 assure trois collations par jour, de quoi se laver les mains et une surveillance médicale de visu. Selon un comptage réalisé dans l'hyper-centre de Liège en novembre dernier, environ 170 personnes dorment à la rue, dans des porches, des squats, des abris de nuit ou des campements de fortune.