Si elle peut sembler quelque peu perdue dans les allées bondées du centre d'exposition de Glasgow, la jeune femme sait où elle va et pourquoi elle rate deux semaines de cours pour être présente en Écosse. Pour faire passer un message aux responsables politiques, tout d'abord. Celui d'un nécessaire relèvement des ambitions, alors que le monde se dirige dangereusement vers un réchauffement de +2,7°C. "Nous avons rencontré le Premier ministre et les trois ministres du Climat (la ministre flamande, Zuhal Demir, n'est pas présente à Glasgow, NDLR). Pour certains, il y a cette envie de comprendre notre message, en tout cas essayer de l'écouter, mais je ne pense pas que l'on soit vraiment compris. Nous, on vient ici à la COP avec le message de la science", explique la Namuroise, citant le dernier rapport alarmant du Giec et déplorant un manque de sens de l'urgence des politiques. L'activiste pour le climat se dit très déçue par le discours d'Alexander De Croo en ouverture de la COP26. "Comment peut-on oser dire que la Belgique est un leader alors que l'on arrive ici sans plan national, que l'on arrive pas à se coordonner dans notre propre pays? C'est inacceptable. Ce burden sharing c'est un réel problème. Le fait qu'on ait pas de plan national, c'est un réel problème". Mais si les jeunes Belges ont fait le voyage en train jusqu'à Glasgow -ils sont 10 de Youth for Climate- c'est aussi pour défendre la cause de leurs camarades, aux quatre coins du monde, qui aux Philippines, qui en Equateur, qui dans différentes îles de par le monde, sont déjà confrontés aux conséquences terribles du dérèglement climatique. "Ici, on parle d'ambitions pour 2030 ou 2050 mais pour eux, c'est dans les cinq prochaines années que cela se joue. On pense qu'on a le privilège d'avoir le temps mais ce n'est pas vrai". C'est d'ailleurs l'une des images fortes qu'Adelaïde Charlier retiendra de sa première COP: ces deux manifestations de dizaines de milliers de personnes, dont de nombreux jeunes, dans les rues de Glasgow. "C'est très important de mettre en avant les personnes déjà touchées par le dérèglement climatique, de faire passer le message de tous nos amis. C'est pour eux aussi que l'on marche dans les rues. C'était un moment très fort de pouvoir se réunir tous ensemble, de faire ce qu'on fait le mieux, c'est-à-dire marcher dans les rues. On le fait d'habitude chacun dans notre pays et là on l'a fait ensemble et je pense que c'était très fort pour nous parce que cela voulait dire qu'on était uni et que l'on va continuer à se battre". Pour la porte-parole de Youth for Climate, trop de voix sont oubliées à la COP et dans les négociations climatiques internationales. Celles des leaders de peuples autochtones, celles de la jeunesse. "Trop de ces voix essentielles qu'il faut absolument mettre en avant", estime-t-elle. "Quand je marche dans les couloirs de la COP, je n'ai pas l'impression que c'est ce que l'humain devrait faire après la lecture du dernier rapport du Giec", poursuit-elle. "J'ai l'impression que ce genre de conférence, c'est plutôt ce qu'on pourrait avoir une fois que c'est résolu. Une fois que tout est résolu, alors on marche à travers des pavillons de différents pays qui nous expliquent comment ils ont solutionné le réchauffement climatique, comment ils ont réussi à être neutres en carbone... En attendant, tous ces pays ne sont pas neutres en carbone et ne sont toujours pas alignés sur l'accord de Paris". Que penser, dès lors, de ces conférences climat, qualifiées de "grand-messe du climat" par certains, d'inutiles par d'autres. "D'un côté, j'y crois car il faut mettre tous ces leaders politiques dans une même pièce", répond la militante. "Et puis ça me permet de rencontrer toutes ces personnes avec lesquelles je travaille tous les jours via les réseaux sociaux, via différentes plateformes, et de nouer des amitiés. Par exemple, j'ai pu enfin rencontrer une jeune Équatorienne de mon âge qui défend les droits du peuple de Sarayaku. C'est vraiment différent car quand on crée un réel lien, on comprend mieux le combat et on est rappelé à l'urgence. Parce que c'est très facile aussi pour moi en tant que jeune privilégiée de dire 'bon au final, en fait, avec ce qu'on a sur la table, ça ira quoi'. Mes amitiés via le mouvement des jeunes pour le climat me rappellent constamment que l'on doit aller beaucoup plus loin". Mais d'un autre côté, ces COP dégagent une impression de lenteur, voire d'impuissance, tant les négociations sont parfois laborieuses. Et peu transparentes. "J'avais quand même l'impression qu'on pourrait suivre plus facilement les négociations", reconnaît la jeune femme. "C'est très difficile d'avoir accès et de suivre tout cela. Il y a une volonté d'ouverture mais elle a des limites. Même quand on a eu de la chance d'avoir accès à la COP et à cette fameuse zone bleue, même à l'intérieur, il y a des accès interdits", poursuit-elle, déplorant le caractère très peu inclusif de cette COP26 organisée en pleine pandémie de Covid-19. "C'est un peu un dîner de famille de Noël. On est trop heureux de se retrouver mais au final cela n'avance pas, il n'y a pas de décisions qui sont prises, en tout cas pas assez pour régler les problèmes familiaux", conclut Adelaïde Charlier dans un nouveau sourire. La jeune femme s'en repart dans les allées de la COP26. Il faut dire qu'entre les rencontres politiques, les réunions entre jeunes, les manifestations dans les rues de Glasgow, les actions symboliques et la communication envers les jeunes restés en Belgique, les journées écossaises sont particulièrement bien remplies. (Belga)

Si elle peut sembler quelque peu perdue dans les allées bondées du centre d'exposition de Glasgow, la jeune femme sait où elle va et pourquoi elle rate deux semaines de cours pour être présente en Écosse. Pour faire passer un message aux responsables politiques, tout d'abord. Celui d'un nécessaire relèvement des ambitions, alors que le monde se dirige dangereusement vers un réchauffement de +2,7°C. "Nous avons rencontré le Premier ministre et les trois ministres du Climat (la ministre flamande, Zuhal Demir, n'est pas présente à Glasgow, NDLR). Pour certains, il y a cette envie de comprendre notre message, en tout cas essayer de l'écouter, mais je ne pense pas que l'on soit vraiment compris. Nous, on vient ici à la COP avec le message de la science", explique la Namuroise, citant le dernier rapport alarmant du Giec et déplorant un manque de sens de l'urgence des politiques. L'activiste pour le climat se dit très déçue par le discours d'Alexander De Croo en ouverture de la COP26. "Comment peut-on oser dire que la Belgique est un leader alors que l'on arrive ici sans plan national, que l'on arrive pas à se coordonner dans notre propre pays? C'est inacceptable. Ce burden sharing c'est un réel problème. Le fait qu'on ait pas de plan national, c'est un réel problème". Mais si les jeunes Belges ont fait le voyage en train jusqu'à Glasgow -ils sont 10 de Youth for Climate- c'est aussi pour défendre la cause de leurs camarades, aux quatre coins du monde, qui aux Philippines, qui en Equateur, qui dans différentes îles de par le monde, sont déjà confrontés aux conséquences terribles du dérèglement climatique. "Ici, on parle d'ambitions pour 2030 ou 2050 mais pour eux, c'est dans les cinq prochaines années que cela se joue. On pense qu'on a le privilège d'avoir le temps mais ce n'est pas vrai". C'est d'ailleurs l'une des images fortes qu'Adelaïde Charlier retiendra de sa première COP: ces deux manifestations de dizaines de milliers de personnes, dont de nombreux jeunes, dans les rues de Glasgow. "C'est très important de mettre en avant les personnes déjà touchées par le dérèglement climatique, de faire passer le message de tous nos amis. C'est pour eux aussi que l'on marche dans les rues. C'était un moment très fort de pouvoir se réunir tous ensemble, de faire ce qu'on fait le mieux, c'est-à-dire marcher dans les rues. On le fait d'habitude chacun dans notre pays et là on l'a fait ensemble et je pense que c'était très fort pour nous parce que cela voulait dire qu'on était uni et que l'on va continuer à se battre". Pour la porte-parole de Youth for Climate, trop de voix sont oubliées à la COP et dans les négociations climatiques internationales. Celles des leaders de peuples autochtones, celles de la jeunesse. "Trop de ces voix essentielles qu'il faut absolument mettre en avant", estime-t-elle. "Quand je marche dans les couloirs de la COP, je n'ai pas l'impression que c'est ce que l'humain devrait faire après la lecture du dernier rapport du Giec", poursuit-elle. "J'ai l'impression que ce genre de conférence, c'est plutôt ce qu'on pourrait avoir une fois que c'est résolu. Une fois que tout est résolu, alors on marche à travers des pavillons de différents pays qui nous expliquent comment ils ont solutionné le réchauffement climatique, comment ils ont réussi à être neutres en carbone... En attendant, tous ces pays ne sont pas neutres en carbone et ne sont toujours pas alignés sur l'accord de Paris". Que penser, dès lors, de ces conférences climat, qualifiées de "grand-messe du climat" par certains, d'inutiles par d'autres. "D'un côté, j'y crois car il faut mettre tous ces leaders politiques dans une même pièce", répond la militante. "Et puis ça me permet de rencontrer toutes ces personnes avec lesquelles je travaille tous les jours via les réseaux sociaux, via différentes plateformes, et de nouer des amitiés. Par exemple, j'ai pu enfin rencontrer une jeune Équatorienne de mon âge qui défend les droits du peuple de Sarayaku. C'est vraiment différent car quand on crée un réel lien, on comprend mieux le combat et on est rappelé à l'urgence. Parce que c'est très facile aussi pour moi en tant que jeune privilégiée de dire 'bon au final, en fait, avec ce qu'on a sur la table, ça ira quoi'. Mes amitiés via le mouvement des jeunes pour le climat me rappellent constamment que l'on doit aller beaucoup plus loin". Mais d'un autre côté, ces COP dégagent une impression de lenteur, voire d'impuissance, tant les négociations sont parfois laborieuses. Et peu transparentes. "J'avais quand même l'impression qu'on pourrait suivre plus facilement les négociations", reconnaît la jeune femme. "C'est très difficile d'avoir accès et de suivre tout cela. Il y a une volonté d'ouverture mais elle a des limites. Même quand on a eu de la chance d'avoir accès à la COP et à cette fameuse zone bleue, même à l'intérieur, il y a des accès interdits", poursuit-elle, déplorant le caractère très peu inclusif de cette COP26 organisée en pleine pandémie de Covid-19. "C'est un peu un dîner de famille de Noël. On est trop heureux de se retrouver mais au final cela n'avance pas, il n'y a pas de décisions qui sont prises, en tout cas pas assez pour régler les problèmes familiaux", conclut Adelaïde Charlier dans un nouveau sourire. La jeune femme s'en repart dans les allées de la COP26. Il faut dire qu'entre les rencontres politiques, les réunions entre jeunes, les manifestations dans les rues de Glasgow, les actions symboliques et la communication envers les jeunes restés en Belgique, les journées écossaises sont particulièrement bien remplies. (Belga)