Estimant qu'il se trouvait dans une impasse, M. Hariri a présenté mardi après-midi la démission de son gouvernement formé en janvier dernier, au 13e jour d'une révolte populaire sans précédent dirigée contre l'ensemble de la classe politique. Dans un bref communiqué, M. Aoun a implicitement accepté cette démission, assurant qu'il avait "demandé au gouvernement de poursuivre la gestion des affaires courantes jusqu'à la formation d'un nouveau gouvernement", conformément à la Constitution libanaise. M. Hariri, 49 ans, avait expliqué avoir voulu répondre "à la volonté de nombreux Libanais qui sont descendus dans la rue pour réclamer le changement" et appelé "tous les Libanais (...) à protéger la paix civile". Sa démission n'était souhaitée ni par M. Aoun ni par son puissant allié le Hezbollah pro-iranien, seul parti encore armé au Liban, dont le leader Hassan Nasrallah a mis en garde contre le risque de "chaos". L'annonce du départ de M. Hariri s'est traduite mercredi par des signes de détente sur le terrain, avec la levée de la plupart des barrages installés par les manifestants. Mais elle ouvre une ère d'incertitude politique et ne répond que partiellement à la demande des manifestants qui réclament depuis le 17 octobre un chamboulement institutionnel pour se débarrasser de dirigeants jugés incompétents et corrompus. Il avait fallu huit mois de tractations entre les innombrables acteurs de la vie politique libanaise pour former le précédent cabinet. Selon la presse, M. Hariri pourrait tenter de monter une équipe renouvelée, formée en majorité de technocrates reconnus pour leur compétence, mais il devrait se heurter à de nombreuses résistances politiques. Il pourrait jeter l'éponge s'il n'obtient pas gain de cause, estiment certains commentateurs. Conformément au système confessionnel qui régit la vie politique au Liban, le poste de Premier ministre revient à un membre de la communauté sunnite. (Belga)