"La lutte pour le pouvoir au sommet de la VRT a fait sa première victime" dit ainsi De Morgen. "Le gouvernement flamand a renvoyé son patron Paul Lembrechts au motif qu'il n'a pas réussi à désamorcer la crise et a demandé à Leo Hellemans de réparer ce gâchis en tant que PDG par intérim. Cette démission intervient après un long conflit au sommet absolu de la radiodiffusion publique flamande."
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"La lutte pour le pouvoir au sommet de la VRT a fait sa première victime" dit ainsi De Morgen. "Le gouvernement flamand a renvoyé son patron Paul Lembrechts au motif qu'il n'a pas réussi à désamorcer la crise et a demandé à Leo Hellemans de réparer ce gâchis en tant que PDG par intérim. Cette démission intervient après un long conflit au sommet absolu de la radiodiffusion publique flamande." Un conflit qui est devenu public lorsque Lembrechts a demandé au conseil d'administration, fin novembre, de renvoyer son numéro deux, le directeur des médias et de la production Peter Claes. Les deux hommes étaient fondamentalement en désaccord sur la manière dont les négociations avec le gouvernement flamand devaient être menées. Lembrechts refusant fermement de songer à un nouveau cycle d'épargne alors que Claes était plutôt d'avis que cela méritait au minimum une discussion avec le ministre. Pour rappel, Claes était directeur du département médias (qui détermine ce qui est diffusé) et de la production (qui détermine comment ces programmes sont réalisés) jusqu'avant le conflit. Cela lui a permis de contrôler un budget d'environ 200 millions d'euros et a fait de lui l'homme qui dirigeait de facto la VRT. En tentant l'attaque frontale, Lembrechts va néanmoins présumer de ses forces et sous-estimer le poids politique de Claes puisqu'on va lui signer une fin de non-recevoir. C'est son propre fauteuil qui va se mettre à vaciller. Ne parvenant pas à trouver une solution à la crise, il va ouvrir un boulevard à ses détracteurs. Mercredi dernier, son dernier rapport à Luc Van den Brande, président du conseil d'administration, va sonner l'hallali. Le président Van den Brande et le ministre Dalle, tous deux du CD&V, vont prendre le pouvoir.Pour mieux comprendre, Le Standaard nous explique comment Paul Lembrechts a été poussé, en silence, vers la sortie. "Samedi après-midi, le ministre-président flamand Jan Jambon (N-VA) réunit soudainement ses vice-ministres-présidents dans Living Tomorrow, la "Maison de l'avenir" à Vilvorde. La réunion secrète se tient à la demande du jeune ministre des médias Benjamin Dalle (CD&V), qui observe patiemment depuis des semaines comment l'affrontement au sommet de la VRT est en train de dérailler ". La lutte de pouvoir entre Paul Lembrechts et Peter Claes dure depuis des mois maintenant. Le chaos est total. La situation est d'autant plus complexe que cela tombe au plus mauvais moment pour la VRT. Le radiodiffuseur public doit faire des économies et les négociations sur le nouvel accord de gestion doivent être achevées avant la fin de cette année. Mercredi dernier, les deux hommes concluent que la situation est définitivement bloquée et Dalle charge son cabinet de préparer la démission de Lembrechts et cherche une alternative. Si le gouvernement flamand ne peut pas décider officiellement du sort de Peter Claes qui relève de la compétence du conseil d'administration, il peut agir sur le directeur qui relève directement du gouvernement. Dalle informe de manière informelle le ministre-président flamand Jan Jambon (N-VA). Il n'est pas franchement enthousiaste à l'idée sans être tout à fait contre, car après tout le licenciement de Lembrechts, qui freinait déjà les économies, n'est, en soi, pas une mauvaise nouvelle pour le gouvernement. Après discussion Jambon accepte l'alternative : un manager intérimaire en la personne de l'ex-ceo retraité Leo Hellemans. Hellemans n'est lui aussi pas très enthousiaste à l'idée, mais fini par accepter", dit encore De Standaard. "Le sujet étant sensible, on va encore laisser quelques jours pour temporiser et ce ne sera que le samedi après-midi à Vilvorde que le couperet tombe. Le Lundi matin, le Conseil des ministres donne également officiellement le feu vert à la démission de Lembrechts et à son remplacement par Hellemans. Les membres du bureau exécutif ne seront informés que quinze minutes à l'avance." Le ministre flamand des médias, Benjamin Dalle (CD&V) dira lors d'une conférence de presse organisée à la hâte dans les locaux de la VRT : "J'ai d'abord donné à la direction et au conseil d'administration autant de marge de manoeuvre que possible pour résoudre le conflit en interne. Mais le PDG n'a pas réussi à surmonter la crise. C'est pourquoi, en concertation avec le gouvernement flamand, j'ai décidé de mettre fin à son contrat de travail".Si, officiellement, le renvoi de Lembrechts n'est dû qu'à sa mauvaise gestion du conflit avec Claes, ce n'est un secret pour personne que le soutien politique à Lembrechts a diminué depuis un certain temps. Notamment depuis ses sorties sur les économies à réaliser qui ont suscité beaucoup de ressentiment dans les milieux gouvernementaux. Lui disait que le plan d'économie s'élevait à 40 millions alors que selon Jambon and co cela ne coûterait que 12 millions. Le fait que Lembrechts n'a voulu respecter les limites de la publicité qu'à contrecoeur ou encore qu'il s'est montré très circonspect envers un Netflix flamand vont lui valoir de nombreuses inimitiés. Exit donc Lembrechts et place à Leo Hellemans qui est censé amener le calme. Mais rien n'indique, malgré son expérience et le fait qu'il soit de la maison, qu'il y parviendra, dit encore De Morgen. En effet l'impasse reste totale. "Fin décembre, quatre membres de ce comité de direction Liesbet Vrieleman (directrice de l'information), Hans Cockx (directeur des ressources humaines), Lieven Vermaele (directeur des finances et des opérations) et Stijn Lehaen (directeur de la technologie et de l'innovation) ont annoncé dans une lettre cinglante qu'ils ne pouvaient plus coopérer avec Peter Claes. Il est écrit par ses collègues comme déloyal, manipulateur et non transparent. L'ironie de la chose c'est que Claes lui n'a pas été renvoyé hier et qu'il semble même qu'il ait encore un avenir à la VRT. "Dans les semaines à venir, nous devons nous demander comment nous pouvons garder à bord les personnes qui sont importantes pour la VRT", a écrit Luc Van den Brande, président du conseil d'administration. Dalle a également parlé, sans citer de noms, de personnes qui ont non seulement de grandes qualités, mais aussi des défauts. Selon le ministre des médias, il s'agit d'un problème qui doit être résolu au sein de l'organisation.La question est aujourd'hui de savoir comment vont réagir les quatre autres directeurs. Vont-ils démissionner ? Ou Hellemans parviendra-t-il à trouver une voie médiane qui permetra aux cinq directeurs d'encore travailler ensemble ? Il est également possible qu'il y ait un réaménagement des pouvoirs. Par exemple, en retirant certain portefeuille à Claes ce qui permettrait rétablir l'équilibre des pouvoirs au sein du comité exécutif. Une autre mission attend également Hellemans : s'atteler à l'accord de gestion - le contrat avec le gouvernement flamand qui détermine ce que la VRT doit faire et combien d'argent elle reçoit pour cela. Les négociations finales constitueront un premier test pour le nouveau PDG. "L'intention est de nommer un nouveau PDG avant l'été", a ainsi déclaré Dalle. "Cela lui donnera l'occasion de mettre son empreinte sur le nouvel accord de gestion". Il va également insister à plusieurs reprises sur le fait que les économies réalisées n'ont rien à voir avec la décision. Il n'empêche que la procédure de nomination qui sera lancée la semaine prochaine donnera au gouvernement Jambon une occasion unique de contrôler encore plus la radiodiffusion de service public.Si Leo Hellemans a pris la peine de préciser qu'il "n'était pas un gestionnaire de crise, parce que la VRT n'est pas en crise", on ne peut nier que les prochains jours risquent d'être encore houleux. D'autant plus que le personnel a directement pris la défense de Lembrechts et lancé un préavis de grève. "Paul Lembrechts s'est engagé sans équivoque à protéger l'avenir de la VRT contre les économies massives que le gouvernement flamand veut nous imposer", peut-on lire dans un communiqué de presse du front syndical. "La réaction du gouvernement flamand est de le licencier. Cela est inacceptable pour nous". "Un PDG qui s'oppose aux réductions sera licencié sans aucune participation du personnel, tandis que l'impasse autour d'un autre directeur demeure. Qui ose aujourd'hui prétendre qu'il ne s'agit pas d'une ingérence politique" a-t-on encore pu lire dans un autre communiqué interne. Hier à 14 heures, une partie du personnel a brièvement abandonné le travail en signe de protestation. D'autres actions suivront dans les jours et les semaines à venir. Lundi, il y aura une grève générale.