Didier Reynders a eu beaucoup de surnoms, mais aucun de flatteur. Lorsqu'il était étudiant en droit à l'Université de Liège, on l'appelait déjà Bébé Requin, d'après une chanson de France Gall. Au fil des ans, Teflon Didier, le Machiavel de la politique belge, l'Iceberg cynique et Smiling Assassin, se sont ajoutés. Pendant vingt ans, le libéral francophone a été ministre sans interruption, d'abord des Finances (1999 - 2011) puis des Affaires étrangères (à partir de 2011). Il est vice-premier ministre depuis 2004. Et maintenant, il est nommé commissaire européen par le gouvernement - il a enfin décroché son poste très convoité au plus haut niveau international. Reynders aurait-il la perspective d'un beau portefeuille et entre-t-il en ligne de compte pour la vice-présidence de la Commission européenne ?
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Didier Reynders a eu beaucoup de surnoms, mais aucun de flatteur. Lorsqu'il était étudiant en droit à l'Université de Liège, on l'appelait déjà Bébé Requin, d'après une chanson de France Gall. Au fil des ans, Teflon Didier, le Machiavel de la politique belge, l'Iceberg cynique et Smiling Assassin, se sont ajoutés. Pendant vingt ans, le libéral francophone a été ministre sans interruption, d'abord des Finances (1999 - 2011) puis des Affaires étrangères (à partir de 2011). Il est vice-premier ministre depuis 2004. Et maintenant, il est nommé commissaire européen par le gouvernement - il a enfin décroché son poste très convoité au plus haut niveau international. Reynders aurait-il la perspective d'un beau portefeuille et entre-t-il en ligne de compte pour la vice-présidence de la Commission européenne ?Reynders est décrit par les observateurs comme "le meilleur candidat que la Belgique puisse présenter". Aussi les autres candidats cités étaient-ils extrêmement faibles. Laurette Onkelinx (PS) a annoncé son départ de la politique il y a deux ans. Lui donner un emploi de fin de carrière de 20.000 euros bruts par mois, plus une compensation, était déjà déplacé. Et depuis sa lourde défaite électorale à Anvers, la réputation de Kris Peeters (CD&V) est ternie. Et Gwendolyn Rutten (Open VLD) ne pèse pas assez dans la balance. Mais bien sûr, ils avaient une chance quand on sait que Marianne Thyssen (CD&V) a été autorisée à devenir commissaire européenne il y a cinq ans pour sa fidélité à son parti tout au long de sa carrière.C'est facile à oublier aujourd'hui, mais au poste de ministre des Finances Reynders a eu un parcours semé d'embûches. Sous sa politique, il y a eu un déficit fiscal de 883 millions d'euros dû à une erreur de calcul. Il a toujours surestimé les recettes fiscales, a délibérément fourni trop peu d'auditeurs et n'a pas évité l'échec grandiose de l'informatisation du fisc. Tout lui a glissé dessus comme l'eau sur les plumes d'un canard.En tant que ministre des Affaires étrangères, il a également été attaqué à plusieurs reprises. Il a été mentionné dans le Kazakhgate, par exemple. Son collègue de parti Armand Dedecker devait y jouer le garçon de courses de l'ancien président français Nicolas Sarkozy pour aider le milliardaire ouzbek Patokh Chodiev, naturalisé belge, à se libérer des poursuites à son encontre. Reynders aurait été au courant. Reynders était d'ailleurs un très bon ami de Sarkozy. On prétend que pendant la crise bancaire, il a été très indulgent envers le président français, tant dans l'acquisition de Fortis Banque par la BNP Paribas française que dans la liquidation du dossier Dexia. Sarkozy nommera plus tard Reynders commandant de la Légion d'honneur, la plus haute distinction nationale française.Mieux que quiconque, Reynders réussissait à promouvoir ses chefs de cabinet à des postes stratégiques dans les entreprises et les services publics, ainsi que dans le secteur financier, même s'il roulait surtout pour lui-même. Lorsque son rival de parti, Charles Michel, est devenu Premier ministre il y a cinq ans, Reynders s'est rendu compte que cet honneur ne lui reviendrait probablement jamais. Il voulait devenir commissaire européen à l'époque, mais il n'a pas pu le faire. Par la suite, il a été candidat à presque tous les postes internationaux de haut niveau. Maintenant que Michel est nommé président du Conseil de l'Union européenne, Reynders deviendra commissaire européen. Il y a au moins un soupçon de conflit d'intérêts au sujet de cette nomination, car Reynders, de concert avec Johan Vande Lanotte (SP.A), est maintenant informateur pour un nouveau gouvernement fédéral. Vande Lanotte a dit un jour à propos de Reynders : "La collaboration avec lui est bonne, à condition de ne jamais lui faire confiance".Michel et Reynders partent donc pour l'Europe et abandonnent le MR, et ce en pleine formation wallonne et fédérale. Ils laissent aussi derrière eux un pays qui, en partie à cause d'eux, est devenu pratiquement ingouvernable. On murmure même dans les cénacles libéraux que la nomination de Reynders fait partie d'un accord plus large : Reynders et Van de Lanotte prépareraient un gouvernement de libéraux, de socialistes et de N-VA. On prétend mordicus qu'ils sont déjà plus avancés que beaucoup le pensent. Et Vande Lanotte deviendrait Premier ministre. On dit qu'on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même, mais cet adage vaut aussi pour Vande Lanotte.