Une trentaine de pays, réunis au sein de la "High ambition coalition", ont co-signé mercredi à Katowice, où se tient la 24e Conférence de l'Onu sur les changements climatiques, une déclaration appelant à accélérer le tempo dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Si plusieurs pays voisins du nôtre, comme les Pays-Bas, le Luxembourg, la France ou l'Allemagne ont paraphé ce texte nullement contraignant d'un point de vue juridique, la Belgique, elle, n'a pas été en mesure de le faire, en l'absence d'accord du gouvernement flamand et ce, même si le fédéral, la Wallonie et Bruxelles avaient donné leur accord. L'absence de signature de la Belgique a été fustigée mercredi par les ONG et plusieurs parlementaires belges présents à Katowice.

L'exécutif flamand, réuni vendredi, a confirmé sa position. Un "niet" qui empêche donc la ministre fédérale Marie Christine Marghem de signer le document au nom de la Belgique. La Flandre justifie sa décision par sa volonté de voir d'abord le plan national énergie-climat (Pnec) être finalisé. Ce qui devrait être le cas d'ici la fin de l'année. Ce plan, concocté par le fédéral et les trois Régions à la demande de l'UE, doit permettre à la Belgique de respecter ses obligations climatiques à l'échéance 2030.

Mme Marghem a dit vendredi "prendre acte de la position flamande", que la ministre qualifie de "profondément regrettable". "Une fois de plus l'image de la Belgique est ternie à l'étranger à cause du manque total d'ambition d'une Région. De plus c'est une gifle pour le travail titanesque de l'ensemble de la délégation belge à Katowice", fustige la ministre fédérale de l'Environnement, de l'Energie et du Développement durable.

"La décision a le mérite de faire tomber les masques", a réagi vendredi le ministre wallon en charge du Climat, Jean-Luc Crucke, qui ne cache pas sa colère. "C'est dramatique de vouloir se mettre au ban de l'Europe et de la lutte contre le réchauffement climatique. J'ai l'impression que la planète est assiégée et que l'on discute du sexe des anges", déplore M. Crucke, rappelant l'urgence climatique soulevée par le dernier rapport du Giec et les 75.000 personnes ayant manifesté début décembre à Bruxelles pour le climat.

"La position de la N-VA est une fois de plus déplorable. Elle privilégie la seule compétitivité de la Région flamande et ce, même si cela porte préjudice au défi climatique et à notre respect indispensable de l'Accord de Paris", a pour sa part réagi Céline Fremault, la ministre bruxelloise de l'Environnement, soulignant le fait que le gouvernement bruxellois "a montré son ambition de rehausser les objectifs européens en passant de 40 à 55% de réduction des émissions de gaz à effet de serre en 2030 à travers la mise en place d'une task force spécifique". La ministre bruxelloise demande en outre au gouvernement flamand "de reconsidérer au plus vite ce rejet incompréhensible et d'emboîter le pas, avec les autres entités, des pays les plus ambitieux sur le plan climatique".

La déclaration des pays à l'ambition élevée qualifie d'"avertissement sérieux" le dernier rapport spécial du Giec, selon lequel une limitation du réchauffement à 1,5°C est encore possible mais passera par une réduction des gaz à effet de serre de près de 50% d'ici 2030 par rapport à 2010. Ses signataires se disent aussi déterminés, dans des termes dépourvus d'ambigüité, à augmenter leur ambition climatique d'ici 2020, à relever leur niveau d'action à court terme et à soutenir davantage encore les pays en voie de développement.