L'application en question est liée à la Plateforme intégrée d'opérations conjointes ("Integrated Joint Operations Platform", IJOP), qui est utilisée par la police du Xinjiang pour "collecter des données personnelles et signaler les individus jugés potentiellement menaçants", rapporte HRW. Parmi ces données sur les habitants de la région, qui compte 13 millions de musulmans turciques, se retrouve le groupe sanguin, la taille, l'affiliation politique ou religieuse. Des données biométriques, notamment des échantillons d'ADN, des empreintes digitales, des analyses de l'iris et des groupes sanguins des résidents de 12 à 65 ans, ont également été récoltées durant une campagne baptisée "Frapper fort". "Les autorités chinoises ont programmé l'IJOP de telle manière que de nombreuses activités ordinaires et légales sont traitées comme des indicateurs de comportements suspects", souligne l'ONG. Des vérifications des autorités chinoises via ce système portent notamment sur 51 applications mobiles, dont WhatsApp, Viber, Telegram et les réseaux privés virtuels (VPN), considérées "suspectes". "Pour la première fois, nos recherches démontrent que la police du Xinjiang recueille illégalement des informations sur des habitants même quand leurs activités sont tout à fait légales, afin de prendre des mesures contre certains d'entre eux", a déclaré Maya Wang, chercheuse senior sur la Chine auprès de la division Asie de Human Rights Watch. "Le gouvernement chinois surveille tous les aspects de la vie des habitants du Xinjiang, repère ceux dont le comportement lui semble suspect, et les guette de manière encore plus intense", commente-t-elle. Elle déplore "le régime répressif chinois devenu un cauchemar dystrophique pour les musulmans du Xinjiang". L'association de défense des droits de l'Homme dénonce des systèmes "particulièrement intrusifs" au Xinjiang mais signale aussi que "leur conception de base ne diffère pas de celles que la police élabore et utilise dans toute la Chine". Human Rights Watch estime que le gouvernement chinois devrait "immédiatement mettre fin à la plate-forme IJOP et supprimer toutes les données collectées auprès de résidents du Xinjiang" et que les gouvernements étrangers concernés devraient imposer des sanctions ciblées. En avril, un reportage du New York Times avait aussi révélé le système de reconnaissance faciale mis en place par les autorités chinoise au Xinjiang pour surveiller les mouvements des Ouïghoure à travers tout le pays. (Belga)