Cher Bart De Wever,

Lors de la présentation du livre de votre collègue de parti André Gantman il y a quelques jours (NDLR : Gantman, dont le grand-père a été assassiné à Auschwitz vient d'écrire un livre sur l'antisémitisme intitulé Het Auschwitz-gen), vous avez dénoncé les caricatures juives du carnaval d'Alost qui ont suscité une controverse l'année dernière. Vous les avez qualifiées de "maladroites" et avez dit qu'elles "devaient tenir compte du sentiment au sein de la communauté juive".

Ce faisant, vous réfutez l'idée que "nous devrions pouvoir rire de tout", qui prévaut chez une grande partie de vos partisans et membres de parti. Pensez au bourgmestre d'Alost, Christoph D'Haese, qui a défendu la tradition du Carnaval dans sa ville en déclarant que "le ridicule et la satire doivent être protégés de la censure". Cependant, le ministre-président flamand Jan Jambon, qui a déclaré lors de sa récente visite à Auschwitz que les caricatures n'auraient pas dû avoir lieu, se rallie à votre avis.

Quel monde de différence quand les victimes de stéréotypes et d'insultes grossières ne sont pas juives, mais musulmanes. En 2015, une semaine après les attaques scandaleuses contre Charlie Hebdo, vous avez publié sur Twitter une caricature à propos de vous, légendée "être insulté est le prix de la liberté, et nous sommes heureux de le payer".

Il n'y avait alors aucune référence à une quelconque sensibilité à l'égard du "sentiment au sein de la communauté musulmane".

Monsieur De Wever, aussi loin que je m'en souvienne, votre parti et de ses sympathisants disent que je ne comprends rien à la "culture occidentale supérieure" et aux "valeurs des Lumières" parce que je trouvais les caricatures du prophète offensantes. Ici, en Flandre, on se moque de tout, et celui qui veut faire partie de notre société doit l'accepter, c'est ce qu'on a pu entendre. De nombreuses personnes ont alors déjà fait remarquer que notre culture comporte également un certain nombre de tabous dans l'atmosphère humoristique, en particulier lorsqu'il s'agit des juifs et de l'Holocauste. Cette objection était invariablement rejetée comme une absurdité : tous les groupes de la société doivent subir le même sort. Aujourd'hui, nous constatons que ce n'est pas le cas.

L'humour n'est certainement pas le seul domaine où la N-VA applique deux poids, deux mesures. Qu'il s'agisse des controverses sur les poignées de main avec le sexe opposé, des écoles religieuses où l'on enseigne des points de vue moraux conservateurs ou des coiffes féminines, ce sont toujours les musulmans qui sont désavantagés et les juifs qui sont protégés. Vous confirmez ce que les observateurs compétents savent depuis longtemps : que pour votre parti il ne s'agit pas de droits des femmes, de ségrégation ou de liberté d'expression, mais que vous voulez simplement discriminer les musulmans et les exclure avec des excuses bon marché.

Vous semblez avoir une image apocalyptique de l'islam comme étant intrinsèquement expansionniste, hostile et étranger. "Contrairement aux musulmans, les juifs n'essaient pas de convertir qui que ce soit, il n'y a pas de mouvement aux vues extrémistes au sein du judaïsme. De plus, les juifs sont absents de toutes les statistiques sur la criminalité et les nuisances", avez-vous déclaré après l'échec de la candidature d'Aron Berger sur la liste CD&V d'Anvers en 2018. C'est précisément ce type d'ultra-nationalisme exclusif qui voit les minorités à la lumière d'une lutte cosmique entre les civilisations qui a conduit aux épisodes les plus atroces du siècle dernier.

Car, Monsieur De Wever, tout ce qui, selon vous, nous distinguerait tant des fuifs a également été dit d'eux dans le passé. Aux 19e et 20e siècles, l'image du "judaïsme international" qui "érodait" et "dominait" les "nations européennes" qui le composaient était omniprésente. Par le biais de publications telles que les Protocoles des Sages de Sion, l'idée s'est répandue que les juifs voulaient dominer l'Europe, qu'ils étaient un "élément étranger" dans le corps populaire qui menaçait "notre culture" et que des mesures devaient être prises contre elle. Cela a conduit directement à l'Holocauste.

Ce n'est que très récemment que les juifs ont été acceptés comme membres de la nation par les plus grands mouvements ultra-nationalistes : durant une bonne partie du 20e siècle, ils étaient l'ennemi public numéro un des partis d'extrême droite. Les raisons de ce revirement sont variées. Dans votre cas, la dimension électorale joue probablement un rôle majeur, mais il y a aussi des sentiments de culpabilité (justifiés) concernant la terrible histoire de la persécution des Juifs. Mais pourquoi ne pas en tirer des leçons afin d'avoir le même respect fondamental pour les autres minorités ?

L'humour et ses limites sont un test décisif pour le respect que vous et votre parti êtes prêts à manifester envers les minorités. Tant que vous condamnez les caricatures juives, mais pas les caricatures musulmanes, personne ne peut prendre au sérieux votre rhétorique sur le nationalisme inclusif.

Veuillez agréer l'expression de ma profonde considération,

Othman El Hammouchi

Cher Bart De Wever,Lors de la présentation du livre de votre collègue de parti André Gantman il y a quelques jours (NDLR : Gantman, dont le grand-père a été assassiné à Auschwitz vient d'écrire un livre sur l'antisémitisme intitulé Het Auschwitz-gen), vous avez dénoncé les caricatures juives du carnaval d'Alost qui ont suscité une controverse l'année dernière. Vous les avez qualifiées de "maladroites" et avez dit qu'elles "devaient tenir compte du sentiment au sein de la communauté juive".Ce faisant, vous réfutez l'idée que "nous devrions pouvoir rire de tout", qui prévaut chez une grande partie de vos partisans et membres de parti. Pensez au bourgmestre d'Alost, Christoph D'Haese, qui a défendu la tradition du Carnaval dans sa ville en déclarant que "le ridicule et la satire doivent être protégés de la censure". Cependant, le ministre-président flamand Jan Jambon, qui a déclaré lors de sa récente visite à Auschwitz que les caricatures n'auraient pas dû avoir lieu, se rallie à votre avis.Quel monde de différence quand les victimes de stéréotypes et d'insultes grossières ne sont pas juives, mais musulmanes. En 2015, une semaine après les attaques scandaleuses contre Charlie Hebdo, vous avez publié sur Twitter une caricature à propos de vous, légendée "être insulté est le prix de la liberté, et nous sommes heureux de le payer".Il n'y avait alors aucune référence à une quelconque sensibilité à l'égard du "sentiment au sein de la communauté musulmane".Monsieur De Wever, aussi loin que je m'en souvienne, votre parti et de ses sympathisants disent que je ne comprends rien à la "culture occidentale supérieure" et aux "valeurs des Lumières" parce que je trouvais les caricatures du prophète offensantes. Ici, en Flandre, on se moque de tout, et celui qui veut faire partie de notre société doit l'accepter, c'est ce qu'on a pu entendre. De nombreuses personnes ont alors déjà fait remarquer que notre culture comporte également un certain nombre de tabous dans l'atmosphère humoristique, en particulier lorsqu'il s'agit des juifs et de l'Holocauste. Cette objection était invariablement rejetée comme une absurdité : tous les groupes de la société doivent subir le même sort. Aujourd'hui, nous constatons que ce n'est pas le cas.L'humour n'est certainement pas le seul domaine où la N-VA applique deux poids, deux mesures. Qu'il s'agisse des controverses sur les poignées de main avec le sexe opposé, des écoles religieuses où l'on enseigne des points de vue moraux conservateurs ou des coiffes féminines, ce sont toujours les musulmans qui sont désavantagés et les juifs qui sont protégés. Vous confirmez ce que les observateurs compétents savent depuis longtemps : que pour votre parti il ne s'agit pas de droits des femmes, de ségrégation ou de liberté d'expression, mais que vous voulez simplement discriminer les musulmans et les exclure avec des excuses bon marché.Vous semblez avoir une image apocalyptique de l'islam comme étant intrinsèquement expansionniste, hostile et étranger. "Contrairement aux musulmans, les juifs n'essaient pas de convertir qui que ce soit, il n'y a pas de mouvement aux vues extrémistes au sein du judaïsme. De plus, les juifs sont absents de toutes les statistiques sur la criminalité et les nuisances", avez-vous déclaré après l'échec de la candidature d'Aron Berger sur la liste CD&V d'Anvers en 2018. C'est précisément ce type d'ultra-nationalisme exclusif qui voit les minorités à la lumière d'une lutte cosmique entre les civilisations qui a conduit aux épisodes les plus atroces du siècle dernier.Car, Monsieur De Wever, tout ce qui, selon vous, nous distinguerait tant des fuifs a également été dit d'eux dans le passé. Aux 19e et 20e siècles, l'image du "judaïsme international" qui "érodait" et "dominait" les "nations européennes" qui le composaient était omniprésente. Par le biais de publications telles que les Protocoles des Sages de Sion, l'idée s'est répandue que les juifs voulaient dominer l'Europe, qu'ils étaient un "élément étranger" dans le corps populaire qui menaçait "notre culture" et que des mesures devaient être prises contre elle. Cela a conduit directement à l'Holocauste.Ce n'est que très récemment que les juifs ont été acceptés comme membres de la nation par les plus grands mouvements ultra-nationalistes : durant une bonne partie du 20e siècle, ils étaient l'ennemi public numéro un des partis d'extrême droite. Les raisons de ce revirement sont variées. Dans votre cas, la dimension électorale joue probablement un rôle majeur, mais il y a aussi des sentiments de culpabilité (justifiés) concernant la terrible histoire de la persécution des Juifs. Mais pourquoi ne pas en tirer des leçons afin d'avoir le même respect fondamental pour les autres minorités ?L'humour et ses limites sont un test décisif pour le respect que vous et votre parti êtes prêts à manifester envers les minorités. Tant que vous condamnez les caricatures juives, mais pas les caricatures musulmanes, personne ne peut prendre au sérieux votre rhétorique sur le nationalisme inclusif.Veuillez agréer l'expression de ma profonde considération,Othman El Hammouchi