Entre verts des villes et écolos des champs, les écologistes francophones, portés par le vent de bons sondages, aidés du souffle puissant de thématiques qui leur sont porteuses, comme la bonne gouvernance, voient arriver les élections communales du 14 octobre avec un gourmand mélange d'espoir et de certitude.
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Entre verts des villes et écolos des champs, les écologistes francophones, portés par le vent de bons sondages, aidés du souffle puissant de thématiques qui leur sont porteuses, comme la bonne gouvernance, voient arriver les élections communales du 14 octobre avec un gourmand mélange d'espoir et de certitude. Certitude d'avoir musclé une implantation locale jadis encore malingre, d'abord : " De nombreuses locales sont cependant actuellement en grande difficulté, voire totalement inactives, et celles qui sont dynamiques se disent épuisées et souvent isolées : submergées de réunions, refermées sur elles-mêmes et parfois peu conviviales ", déploraient ensemble Ronny Balcaen, Magali Plovie, Mohssin El Ghabri, Christine Boileau et Abraham Franssen, fin 2014, dans un rapport, " Re-génération ", commandé par le parti pour tirer les leçons de l'échec électoral des dernières élections législatives, régionales et européennes. Ce temps-là, veut-on croire de la base au sommet du parti, est révolu. Et espoir, ensuite, pour la coprésidence de Patrick Dupriez et Zakia Khattabi, que la stratégie imprimée localement porte des fruits municipaux dès l'automne prochain et, surtout, qu'elle offre de plantureuses récoltes dès mai 2019 et au-delà. Car réussir cette campagne communale est sans doute encore plus important pour Ecolo que pour ses concurrents : ce qui rend le vote écologiste instable, outre les caprices de l'air du temps, c'est l'absence de matelas tissé d'un réseau de places fortes communales, celui-là même qui a pu sembler soutenir le CDH alors que le ressort sociologique catholique s'épuisait. " Un renforcement de l'enracinement local d'Ecolo est indispensable pour lui donner une assise électorale plus solide. Les prochaines communales seront le tremplin pour les élections suivantes, et nous entendons dans un premier temps faire du soutien aux locales et aux élus locaux une priorité du parti ", disaient d'ailleurs, en janvier 2015, dans leur déclaration de candidature à la coprésidence, Patrick Dupriez et Zakia Khattabi. C'était il y a trois ans et demi, quelques lignes après avoir rangé " consolider une série de majorités locales en 2018 " parmi les priorités stratégiques.Nous y voilà. Dans les communes où ils exercent le pouvoir depuis une, deux ou plusieurs législatures, souvent dans des majorités qui versèrent des mastodontes dans l'opposition (Laurette Onkelinx en 2006 à Schaerbeek, le PS à Namur en 2006 ou à Courcelles en 2012), les écologistes ont, presque toujours, déjà annoncé souhaiter poursuivre. C'est le cas à Courcelles, à Schaerbeek et à Namur, mais aussi à Etterbeek (avec le MR et le PS), ou à Ottignies-Louvain-la-Neuve (avec le MR et le PS). Les statuts du parti, il est vrai, obligent à révéler l'existence d'un accord préélectoral. Et il s'agit de montrer que là où l'on gouverne, on le fait si bien que personne n'y voit de raison de s'arrêter. Mais on pourra aussi trouver dans ces professions de foi la volonté d'un peu forcer la main au " partenaire senior " de la coalition, comme à Courcelles et à Molenbeek, où, respectivement, Caroline Taquin et Françoise Schepmans (MR) tireront une " liste du bourgmestre " par essence à vocation majoritaire. Et il y a, aussi, parfois, une part de bluff, comme à Forest, où la mandature du socialiste Marc-Jean Ghijsels a été chahutée, voire à Namur, où, même si la reconduction de la coalition CDH-Ecolo-MR que mène Maxime Prévot est dans l'air, la nouvelle tête de liste verte, le président du CPAS Philippe Noël, devra se donner des apparences d'indépendance, histoire de ne pas trop avoir l'air de s'installer dans les pantoufles des échevins sortants, Arnaud Gavroy et Patricia Grandchamps, bien décidés à prolonger leur bail à l'hôtel de ville. Ces déclarations ne démontrent en rien que l'argent noir retiré par Philippe Leroy durant sa liaison avec Noémie N., d'abord avec les cartes discrètes fournies par un certain Manuel Rocaspana (de décembre 2006 à septembre 2007), ensuite avec un second jeu de cartes tout aussi furtives vendues par la banque Invik (de septembre 2007 à octobre 2008), aurait été utilisé pour " entretenir sa maîtresse ". Et rien de tel n'est établi dans le dossier. Agités par Alain Mathot, le pactole et les lingots introuvables de Philippe Leroy, ainsi que sa " ruineuse " maîtresse, ne doivent en tout cas pas occulter les éléments matériels qui accréditent la version de Leroy mis au jour par l'instruction judiciaire. Les relevés téléphoniques de Mathot et Leroy ont en effet révélé que les deux hommes ont eu 71 contacts entre 2006 et 2008, alors que Mathot déclarait, au début de l'enquête, à peine connaître Leroy. Sur cette période, Leroy affirme avoir remis à Mathot une douzaine d'enveloppes de cash dans des hôtels à Paris. Or, le député-bourgmestre a payé avec sa carte Visa huit séjours express dans de tels hôtels, et a eu des contacts avec Leroy durant quatre de ces séjours. C'est de cela, et de ses quelque 180 000 euros de dépenses cash d'origine inconnue, que le bourgmestre de Seraing devra peut-être s'expliquer, un jour, devant le tribunal. Il sait en tout cas déjà qui sera dans le fond de la salle." Consolider " est nécessaire pour s'étendre. Mais pas suffisant. Dans de nombreuses petites communes wallonnes où de pas très costaudes locales écologistes n'étaient portées que par une poignée de militants, les verts ont fait le choix de se fondre dans un cartel. Cela sera le cas dans 24 municipalités (voir infographie, p. 16). Ceux-ci, fatalement annoncés, eux aussi, avant les élections, préservent de l'embarras de présenter une liste incomplète, tout en assurant presque systématiquement de la perspective d'un ou de plusieurs sièges de conseiller. Parfois, même, comme à Fauvillers, à Frameries, à Fleurus, à Fontaine-l'Evêque ou à Gerpinnes, ces cartels offrent l'espoir d'une participation à une majorité, et donc de l'installation d'échevins. Sur les 24 actes de mariage officialisés - il ne devrait pas y en avoir d'autre -, 16 le sont avec...le CDH, parti dont le président Benoît Lutgen n'a pourtant de cesse de dénoncer le " populisme vert ". " Cela montre à quel point les sections locales sont autonomes, même chez eux ", s'amuse Zakia Khattabi, qui fait remarquer qu'à Bastogne, ses troupes ont intégré une liste de rassemblement citoyen d'opposition au bourgmestre Lutgen. Un nouvel indice de la porosité entre les électorats de partis qui, tous deux, se déclarent post-matérialistes et qui, surtout, se disputent sans le dire l'héritage politique et sociologique de la démocratie chrétienne plutôt que de deux formations qui viseraient à se fondre dans un e-change à la Jean-Michel Javaux... Multiplier ces initiatives avec des humanistes plutôt qu'avec des réformateurs ou, encore plus rarement, avec des socialistes, témoigne " de la volonté de nos locales de s'ériger contre les partis dominants une scène communale, souvent le PS ou le MR, mais parfois aussi le CDH, comme à Bastogne ", explique la coprésidente. Et puis, même si " chez Ecolo, la souveraineté des sections est absolue sur ces questions ", insiste-t-elle, elles permettent de ne pas s'enfermer dans le scénario des " convergences à gauche " appelé par la FGTB wallonne et dénoncé par le MR. Densifier dans les petites est donc au programme. Mais il s'agit, aussi, de se donner une chance dans les grandes... sans s'aliéner de potentiels partenaires à d'autres niveaux de pouvoir. A Mons, Charleroi ou Wavre, par exemple, " les partis dominants de la scène communale " auraient pu se vexer d'une coalition des opposants à laquelle les verts seraient partie. Là, mais aussi à Liège, voire à Ixelles ou à Bruxelles, ils veulent " renforcer leur enracinement " en entrant dans des majorités, mais après les élections. Histoire d'encore bien profiter du jeu de cartes de l'arbitre.