Le déconfinement progressif de la Belgique se poursuit, à un rythme parfois déroutant, au gré de l'évolution de la situation sanitaire, de conseils particuliers - et des pressions, aussi. Le prochain Conseil national de sécurité est programmé le mercredi 3 juin, en vue de décider et de détailler le contenu de la prochaine grande étape, fixée au 8 juin. On doit s'attendre à ce que figurent au menu l'horeca, la culture, le sport, les rencontres privées, les vacances à l'étranger... Un Comité de concertation, réunissant fédéral et entités fédérées, balisera déjà le chemin ce jeudi soir.
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Le déconfinement progressif de la Belgique se poursuit, à un rythme parfois déroutant, au gré de l'évolution de la situation sanitaire, de conseils particuliers - et des pressions, aussi. Le prochain Conseil national de sécurité est programmé le mercredi 3 juin, en vue de décider et de détailler le contenu de la prochaine grande étape, fixée au 8 juin. On doit s'attendre à ce que figurent au menu l'horeca, la culture, le sport, les rencontres privées, les vacances à l'étranger... Un Comité de concertation, réunissant fédéral et entités fédérées, balisera déjà le chemin ce jeudi soir.Un délai de trois semaines avait été préconisé par les experts afin de prendre le temps d'évaluer les étapes précédentes concernant les entreprises, les commerces et les écoles. Mais d'autres étapes ont déjà été annoncées auparavant, au compte-gouttes, souvent à l'initiative de la Flandre, désireuse de faire redémarrer les activités. Et la cohérence globale du plan n'est plus toujours perceptible. "Les mesures de déconfinement se suivent et c'est sans doute très bien, commentait mardi Yves Coppieters, professeurs de Santé publique à l'ULB, mais il manque une communication scientifique et politique plus claire sur le bénéfice/risque de chaque mesure, surtout sur les hésitations et incertitudes (assumées ou pas)." En tout état de cause, et la Première ministre Sophie Wilmès (MR) l'avait prédit, chaque nouvelle phase du déconfinement progressif soulève son lot de débats. Même si la ligne globale de décision reste la même : il s'agit d'éviter de précipiter des contacts sociaux trop nombreux et de maîtriser autant que possible les "bulles" pour tracer les contaminations éventuelles.Tout a bien mal commencé, le vendredi 24 avril, par une conférence de presse tardive et épique, à l'issue d'un Conseil national de sécurité entamé en début d'après-midi. La Première ministre, Sophie Wilmès, armée d'un Power Point mal maîtrisé, présente longuement un plan de déconfinement progressif, touffu et confus, avec des phases 1A, 1B et 2. Sa communication a été, en outre, court-circuitée par la fuite dans les médias d'une version non finalisée du rapport d'experts sur lequel le Conseil se penche. Un élément est rapidement critiqué : l'absence de mesures permettant des réunions privées alors que ledit rapport, prématuré, en prévoyait. Plusieurs partis dénoncent un "manque d'humanité" et une priorité accordée à l'économique. Deux semaine plus tard, le Conseil national de sécurité change son fusil d'épaule et permet les rencontres à quatre en plus de la réouverture des commerces. la Première ministre tire ausi les leçons du couc: plus de Power Point et début du Conseil en matinée afin de communiquer plus tôt.Rapidement, après le Conseil de sécurité du 13 mai, qui confirme la réouverture partielle des écoles, de nombreuses voix, - singulièrement en Flandre, à la côte et à la N-VA, mais aussi dans les Ardennes - s'étonnent du maintien de l'interdiction des séjours dans les résidences secondaires. Alors qu'il figurait au menu, le sujet n'avait même pas été évoqué. Comment le justifier, s'étonnait-on, alors que d'autres déplacements non essentiels étaient possibles pour les visites à quatre ? Le 20 mai, les séjours dans les résidences secondaires sont autorisés. Une mesure annoncée "en primeur" par le ministre-président Jan Jambon (N-VA) et quelque peu moquée sur les réseaux sociaux : encore une fois, les "nantis"sont privilégiés, les plaines de jeu restant fermées. Quelques jours plus tard, on annonce que le verrou des plaines de jeux saute, lui aussi, à partir du 27 mai. Comme une réponse aux critiques, mais sans informations très précises données aux principaux intéressés, qui restent démunis. Cet épisode n'est pas sans rappeler le premier couac, en version miniature.L'annonce anticipée de l'autorisation des camps d'été, pour des groupes de 50 personnes, rassure quant à elle les mouvements de jeunesse. En partie, seulement : certains décident d'annuler, malgré tout.La réouverture partielle des établissements scolaires, le 18 mai, devait être définitive avant la rentrée de septembre. Mais le débat est rapidement relancé. Aussi, la reprise des maternelles, le 2 juin, puis des primaires le 8 juin, qui vient d'être annoncée mercredi 27 mai en soirée, était prévisible. Mais elle a fait l'objet d'un parcours politique étrange et d'une... double réunion ministérielle, mardi 26 et mercredi 27 mai, avant qu'elle ne soit communiquée. La ministre francophone de l'Education, Caroline Désir (PS), s'était déclarée favorable à une réouverture des classes maternelles à terme, peu après la première séquence d'ouverture partielle des établissements scolaires, le 11 mai. Le ministre flamand de l'Enseignement, Ben Weyts (N-VA), l'avait énoncé de façon plus forte avant le Comité de concertation décisif entre fédéral et entités fédérées, cette semaine, suscitant l'exaspération du ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Pierre-Yves Jeholet (MR). Selon lui, la Flandre met trop souvent le dialogue fédéral devant le fait accompli et une "rentrée complète" n'était pas souhaitable d'ici septembre. Finalement, il s'en est félicité: "Les citoyens ont besoin de ces assouplissements après tant d'efforts". Erika Vlieghe, présidente du groupe d'experts chargés du déconfinement, insiste sur le fait que la pression des politiques n'a joué aucun rôle : ce sont les avis des pédiatres, craignant l'impact psychologique sur les enfants, et de nouvelles données sur le caractère moins contagieux des plus jeunes, qui ont été déterminants. Mais ce bras de fer communautaire est quand même éloquentEt les débats restent nombreux. Des pouvoirs organisateurs s'étonnent d'un délai aussi court pour la réouverture des maternelles le 2 juin. Des directions s'arrachent les cheveux au sujet des modalités pratiques. Les syndicats enseignants se demandent s'il est légitime de "prendre de tels risques" pour deux ou trois semaines. Des observateurs s'étonnent de l'abandon des règles de distanciation physique pour les maternelles et primaires. Le caractère non contraignant de la décision, laissant in fine le libre choix aux parents, accentue le caractère désarçonnant du dispositif.Le Conseil national de sécurité du 3 juin devrait assouplir encore les règles, au vu de l'évolution sanitaire favorable. Deux secteurs en particulier ont multiplié les lettres et actions de protestation devant l'incertitude à laquelle ils sont soumis: l'horeca et la culture devraient enfin en savoir plus sur leur avenir proche. Le secteur horeca devrait être autorisé à reprendre progressivement à partir du 8 juin, mais avec un cahier des charges à ce point contraignant que l'inquiétude continuera à l'étreindre. Un Comité de concertation devrait déjà s'entendre à ce sujet ce jeudi soir. Certains craignent déjà pour leur avenir, faute de rentabilité, tandis que d'autres soupirent à l'idée de voir leur convivialité ressembler désormais à celle d'un hôpital. Dans la culture, le même sentiment prévaut. A part la réouverture des musées et du patrimoine, peu de lumière à l'horizon pour les cinémas, le théâtre, la musique, tous les lieux de rencontres. Là aussi, avec une bonne dose d'insatisfaction à la clé, car les ministres communautaires de la Culture avaient, balisé le terrain, en vain. Cette semaine, le sujet est enfin apparu à l'agenda politique. Le sport, enfin, n'est pas loin du même cas de figure, pour ne pas parler de l'événementiel.Les contacts sociaux pourraient quant à eux étre élargis, à partir du 8 juin également. Le groupe d'experts chargé de la stratégie de déconfinement (GEES) souhaite mettre les règles en matière de "bulle de contacts" sociaux sur la table du prochain Conseil national de sécurité (CNS) prévu le 3 juin, afin de voir si elles peuvent être aménagées, a indiqué l'infectiologue à la tête du GEES, Erika Vlieghe. l'annonce laisse préfigurer d'une aération plus grande desrelations familiales et amicales, attendue avec hâte par de nombreux Belges et... au sujet desquelles de plus en plus d'entorses sont constatées.Le Comité de concertation de ce jeudi 28 mai devrait aussi se pencher sur les vacances. Là encore, que de confusion, surtout due à un manque de concertation initiale au niveau européen. Plusieurs pays européens, dont l'Italie, ont annoncé la réouverture de leurs frontières, tandis que la Belgique restait prudente. "Pas question de ruiner les efforts des Belges", disait en substance le ministre des Affaires étrangères, Philippe Goffin (MR). Des réunions bilatérales avec les pays frontaliers de la Belgique ont eu lieu, ainsi que des contacts européens. Il est désormais question d'un "D day" pour le tourisme continental le 15 juin mais l'Espagne, par exemple, n'autorise la venue d'étrangers que le 1er juillet. Et à l'heure où l'on parle, les frontières belges sont toujours fermées pour des déplacements qui ne sont pas d'ordre professionnel.Dans une séquence du JT de la RTBF, mardi soir, des Namurois profitaient pourtant des premières terrasses rouvertes au Grand-Duché de Luxembourg.Vous avez dit chaotique?