La majorité arc-en-ciel wallonne et francophone est née. Ce sont les troisième et quatrième gouvernements à voir le jour, après ceux de la Communauté germanophone et Bruxelles. Le visage de la Belgique pré-confédérale se concrétise peu à peu. On attend encore la Suédoise de Jan Jambon au nord du pays. Avant que l'on s'attaque, enfin, à l'insoluble crise fédérale.

Pour la Wallonie et la Communauté française, la législature qui s'ouvre est celle de tous les défis : il s'agit de convertir enfin l'essai du redressement économique avant l'échéance cruciale de 2025 - et le début de la fin d'une certaine forme de solidarité flamande - tout en prenant à bras le corps le défi écologique et en se soucient de ces 25% de la population qui décrochent socialement. MR, Ecolo et PS incarnent ces trois priorités. Mais le casting et la concrétisation seront-ils à la hauteur ?

L'erreur de casting. Elio Di Rupo à la ministre-présidence wallonne, c'est tout sauf un moteur de changement. On ne peut certes pas lui reprocher son engagement corps et âme pour le pays et la Wallonie. Son expérience est indéniable, de même que sa capacité à gérer une équipe. Il n'empêche que le signal, ultra-attendu, de sa nomination à la ministre-présidence de la Wallonie n'est pas le signal du renouveau attendu et donnera du grain à moudre de ceux qui craignent une nouvelle législature perdue. N'a-t-il pas déjà embrassé à deux fois ce destin sans que les résultats ne soient à la hauteur des espérances ? A 68 ans, le bourgmestre de Mons s'octroie là une dernière chance de marquer la destinée de sa Région en mobilisant toutes les énergies pour qu'elle redresse la tête. Le tout à un moment où l'avenir de la Belgique pourrait prendre un nouveau tournant. C'est peut-être un choix sage. Mais cela ne traduit pas un engouement, un nouvel élan. Un jeune comme Pierre-Yves Dermagne, une femme comme Christie Morreale ou une surprise du chef comme le président du PS en avait donné l'habitude aurait peut-être symbolisé une autre dynamique. Elio Di Rupo, c'est un orfèvre de la politique, un diplomate né, mais on lui a souvent reproché lorsqu'il était Premier ministre une certaine lenteur à générer des solutions - qui finissaient certes par arriver. Or, en Wallonie, l'urgence est de mise.

Les sacro-saint équilibres. Forcément, avec trois partenaires, on doit tenir compte de nombreux équilibres. Résultats ? Quelques occasions manquées. Le nombre de ministres reste de 8 en Wallonie et de 5 à la Communauté/Fédération, là où les libéraux auraient voulu envoyer un signal avec une équipe resserrée. La parité homme-femmes est pratiquement au rendez-vous si l'on tient compte des deux gouvernements (six femmes sur treize), mais aucune femme n'obtient de ministre-présidence. Les doubles casquettes Région / Communauté disparaissent à nouveau, avec le risque de compliquer les synergies - même si la nomination du régionaliste MR Pierre-Yves Jeholet à la ministre-présidence francophone avec des compétences ad hoc envoie le signal timide d'une volonté de réorganiser cet espace décidément trop complexe. Notons encore, à la marge, que Jean-Claude Marcourt, père du plan Marshall, passe à la trappe de ce casting et se voit chargé de mener à bien de biens aléatoires négociations fédérales : un signal aux autres partenaires et/ou un enterrement de première catégorie ?

Des promesses à confirmer. Dans ce casting où se conjuguent expérience et renouveau, de nouvelles têtes apparaissent, dont le libérale Valérie Glatigny. Céline Tellier, secrétaire générale d'Inter-Environnement Wallonie, est la surprise du chef dans les rangs écologistes. Elle est la confirmation d'une volonté de poursuivre la dynamique Coquelicot, initiée par le coprésident vert Jean-Marc Nollet pour intégrer la société civile. Initiée à la dynamique d'e-Change et des débats préélectoraux organisés par Le Vif-L'Express, elle épouse cette volonté ? C'est incontestablement une bonne nouvelle et un chemin à prolonger, voire même à développer. Toutes les forces vives wallonnes et francophones doivent servir à la cause de la transition économique, sociale et écologique. Les accords de gouvernement envoient d'ailleurs une série d'autres signaux positifs sous la forme d'ambitions à long terme et de volontés d'évaluer l'impact des politiques. Le casting est connu, ces hommes et ces femmes devront désormais prouver qu'ils portent de vraies priorités en mettant fin à l'insupportable saupoudrage wallon qui gaspille les énergies depuis des décennies. De même, dans un contexte budgétaire difficile, ils devront prouver que l'épure prometteuse couchée sur papier n'est pas une illusion. Car dès à présent, ils sont nombreux à douter de la capacité de cette équipe à redresser l'économie, diminuer la pauvreté, construire des milliers de kilomètres de haie, le tout en ne décidant d'aucune nouvelle taxe durant toute la législature. Cela, il faudra le voir pour le croire.