L'Allemande de 31 ans est devenue une figure internationale depuis qu'elle a tenu tête, en juin dernier, aux autorités italiennes, forçant le 29 juin l'entrée au port de Lampedusa du Sea-Watch 3, le navire qu'elle commandait, pour y débarquer la quarantaine de migrants qui y séjournaient encore depuis un sauvetage opéré le 12 juin au large de la Libye. Durant les longues journées de blocage en mer, face aux ports italiens fermés, "il était dur pour moi d'être une citoyenne européenne, j'en avais honte", a-t-elle affirmé devant les parlementaires. "Aucune de mes précédentes expériences n'a été aussi disruptive et frustrante que celle de rester coincée sur le Sea-Watch 3 pendant 17 jours, devant expliquer aux survivants récupérés qu'un pays en paix ne les voulait pas, que l'Europe, le soi-disant berceau des droits humains et des libertés civiles, ne considérait pas utile de les accueillir". Une fois entrée dans le port de Lampedusa, la capitaine a été arrêtée par les forces de l'ordre italiennes. "J'ai été accueillie comme si je conduisais un bateau pestiféré plutôt qu'un navire humanitaire transportant des personnes vulnérables et épuisées", a-t-elle dénoncé jeudi, dans une allocution sobre mais intense. "J'ai reçu beaucoup d'attention, entre autres d'institutions européennes, après avoir atteint le port, mais où étiez-vous quand nous demandions de l'aide via tous les canaux juridiques, diplomatiques possibles? Où étiez-vous à l'époque? La seule réponse que nous avons reçue à nos appels de débarquement était celle de Tripoli. On nous renvoyait là tout en sachant que ces personnes, si elles y débarquaient, seraient victimes de violations systématiques des droits de l'homme". "Je n'avais pas d'autres possibilités" que de finalement débarquer à Lampedusa malgré l'interdiction maintenue par le ministre italien Matteo Salvini, a-t-elle répété. "J'ai essayé de demander le soutien des autorités sans discontinuer pendant 17 jours et finalement, j'ai dû prendre cette décision seule. Alors que la situation aurait pu être résolue beaucoup plus rapidement, car le lendemain du sauvetage, une municipalité allemande avait proposé d'accueillir nos réfugiés, ce qui montre que l'accueil est toujours possible". Sur le plan politique, Carola Rackete a surtout souligné qu'il est inefficace d'organiser les débarquements de migrants via des négociations au cas par cas, "sur base de la seule volonté des Etats-membres à titre individuel et reposant parfois sur des intérêts cachés". "Le système doit changer", a-t-elle conclu, avec en priorité une réforme du règlement de Dublin. Ce règlement européen renvoie au premier pays d'entrée sur le continent de tout migrant, la responsabilité de sa demande d'asile. Une telle réforme ne sera cependant pas suffisante, a-t-elle souligné: "il faut organiser une relocalisation rapide depuis les ports de débarquement, et créer des couloirs humanitaires depuis la Libye, des points de passage sûrs vers l'Europe". La réforme du système d'asile européen, et du règlement de Dublin, est actuellement ralentie, voire bloquée, par l'incapacité des Etats européens de se mettre d'accord sur un mécanisme structurel et à long terme de répartition des migrants arrivés aux frontières et sur les côtes du continent. (Belga)