Mal aimée, la voiture électrique à Bruxelles ? Pas chouchoute en tout cas ! Le verdict de la ministre de la Mobilité, Elke Van Den Brandt (Groen), est sans appel : " A Bruxelles, il y a urgence en matière de qualité de l'air. Alain Maron ( NDLR : ministre régional Ecolo de l'Environnement, du Climat et de l'Economie) et moi ne pouvons pas nous permettre d'attendre encore cinq ans pour trouver des solutions. Mais attention, il ne faut pas remplacer chaque voiture individuelle par une voiture électrique, cela ne résoudra pas les problèmes de congestion. Nous devons aussi diminuer le nombre de voitures en offrant des alternatives crédibles à celles-ci. "
...

Mal aimée, la voiture électrique à Bruxelles ? Pas chouchoute en tout cas ! Le verdict de la ministre de la Mobilité, Elke Van Den Brandt (Groen), est sans appel : " A Bruxelles, il y a urgence en matière de qualité de l'air. Alain Maron ( NDLR : ministre régional Ecolo de l'Environnement, du Climat et de l'Economie) et moi ne pouvons pas nous permettre d'attendre encore cinq ans pour trouver des solutions. Mais attention, il ne faut pas remplacer chaque voiture individuelle par une voiture électrique, cela ne résoudra pas les problèmes de congestion. Nous devons aussi diminuer le nombre de voitures en offrant des alternatives crédibles à celles-ci. " Si les voitures électriques bénéficient pour le moment d'un taux réduit sur la taxe de mise en circulation et la taxe de circulation, " la déclaration de politique régionale bruxelloise prévoit une réforme de la fiscalité automobile qui devra mieux intégrer différents critères tels que le poids, la puissance et les émissions de polluants dégagées par les véhicules ", annonce Elke Van Den Brandt. Aucune prime ne sera par ailleurs attribuée aux personnes souhaitant acquérir un véhicule électrique car " l'argent public ne doit pas servir à subsidier l'achat de voitures personnelles, dans une ville déjà saturée d'automobiles ", complète Alain Maron. On l'aura compris : l'avenir de la mobilité bruxelloise passera peu par la voiture électrique individuelle mais beaucoup par la mobilité douce (piétons, cyclistes) ainsi qu'une offre étoffée de transports en commun et de voitures partagées. L'optique ? Reléguer les voitures en dehors des voiries pour dégager de l'espace et créer des zones dédiées à la convivialité (pistes cyclables, terrasses, aires de jeux, parcs...). Elke Van Den Brandt tient à recadrer les critiques portant sur le retard de Bruxelles quant à l'installation de bornes de recharge destinées aux voitures électriques. " La Région bruxelloise compte actuellement près de 250 points de recharges accessibles au public. Ce n'est pas beaucoup mais il n'y a pas non plus beaucoup de voitures électriques à Bruxelles. En 2019, seulement 1 009 véhicules de ce type y ont été immatriculés. Cela dit, il est temps que la Région s'en occupe. Nous sommes en train de mettre en place, avec Pitpoint ( NDLR : une filiale de Total, qui fournit des carburants propres), un réseau primaire en voirie : 100 bornes semi-rapides (avec souvent deux points de recharge) seront installées avant l'été pour proposer une offre de base. " En parallèle, les particuliers qui ont ou veulent acquérir une voiture électrique peuvent demander l'installation d'une borne dans leur quartier (1). " Ce qui permettra d'avancer progressivement et de suivre la demande ", poursuit la ministre. Un des enjeux majeurs de ce projet : favoriser l'accès aux véhicules électriques pour les nombreux Bruxellois qui ne disposent ni de garage ni d'aucune possibilité de recharge à domicile. Refusant d'assumer le retard pris dans l'installation des bornes et le manque de stratégie du gouvernement précédent, la ministre de la Mobilité a par ailleurs, avec son confrère en charge de l'Environnement, mis sur pied une task force (2) dont la mission sera de définir une stratégie régionale claire du futur réseau de bornes de recharge. Le but : s'assurer que ce réseau réponde, entre autres, aux besoins des habitants et des secteurs public et privé. Les premières conclusions sont attendues pour 2021. Pas avant. Les professionnels de l'automobile, en sont convaincus : " Le nouveau gouvernement fait peu de cas des voitures électriques. " Voilà, en substance, ce que pense Serge Istas, secrétaire général de Traxio (la fédération du secteur automobile et des secteurs connexes, ex-Federauto) pour la Wallonie et Bruxelles, de la Déclaration de politique régionale. " Le souci, c'est la sortie des carburants fossiles prévue à l'horizon 2030. On y met bien en avant le développement des transports en commun, de la marche à pied et du vélo, mais rien en ce qui concerne la voiture électrique. " Chez Traxio, poursuit-il, " nous sommes conscients de l'utilité de réduire les engorgements et les problèmes de qualité de l'air et de climat. Mais la seule option acceptable est de proposer des solutions alternatives à mettre en place avant toute mesure restrictive. Or, il semble clairement que les moyens à mettre en oeuvre pour atteindre l'objectif que la Région se fixe n'existent pas. Nous redoutons donc que la phase restrictive soit mise en place (restriction du nombre de places de parking, passage à 30 km/h...) sans qu'aucune alternative de qualité soit offerte aux riverains mais aussi aux entreprises et aux clients qui sillonnent Bruxelles tous les jours. " Par Annabelle Duaut.