Quelle est l'histoire des caves de la Gestapo de l'avenue Louise ?
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Quelle est l'histoire des caves de la Gestapo de l'avenue Louise ? Lorsque Bruxelles est occupée durant la Deuxième Guerre mondiale, la Gestapo est à la recherche d'un bâtiment qui pourrait abriter son quartier général. Le commandement arrête son choix sur l'avenue Louise, et plus précisément ses numéros 453 et 347. Comme cela fut souvent le cas, la Gestapo va choisir l'un des bâtiments les plus imposants de la ville. Avec ses douze étages, il surplombait la ville. Par ailleurs, il était moderne et doté de toutes les commodités de l'époque. On ne peut pas en dire autant des cellules de tortures dans les caves. C'est là qu'étaient amenés les Bruxellois qui se trouvaient dans la lorgnette des Allemands. Le lieu avait tellement mauvaise réputation qu'il était craint dans toute la ville. Dans l'attente de leur interrogatoire, certaines personnes ont griffé des inscriptions sur les murs avec leurs ongles ou avec des objets pointus. Celles-ci sont désormais les caves d'appartements privés. On y voit des noms de femmes, des mots d'adieux ou d'amour. On y lit des suppliques ou des cris du coeur comme "Plutôt mourir debout que vivre à genoux!" Tous ces graffitis ont été écrits par des prisonniers durant les heures les plus sombres. Il y a aussi un autre témoignage émouvant qui est lié à ce bâtiment de la Gestapo. Celui de Jean de Selys Longchamps, qui a servi comme pilote belge dans la Royal Air Force. Le 20 janvier 1943, il avait bombardé toutes les installations ferroviaires entre Courtrai et Gand. Il donne l'ordre à son coéquipier de retourner vers l'Angleterre alors que lui poursuit sa route vers Bruxelles avec pour but de tenter un plan audacieux qu'il fomentait depuis un certain temps. Une expédition punitive contre le quartier général de la Gestapo, l'endroit où son père avait été torturé. Il connaissait la ville comme sa poche et trouve rapidement son objectif. Il plonge sur l'immeuble en tirant à tout va avec ses quatre canons de 20 millimètres. Une pluie de balles s'abat sur le bâtiment et tue, notamment, Muller, l'un des plus hauts gradés allemands à Bruxelles. C'est une histoire fantastique. Comment un homme seul a-t-il pu mettre une telle tripotée à la Gestapo ? Lorsque de Selys revient en Angleterre, l'histoire ne fera pourtant pas rire ses supérieurs qui vont le rétrograder. Il n'empêche que pour la population bruxelloise c'était un formidable symbole. C'était la preuve que les Allemands n'étaient pas invincibles. Une statue du buste du pilote et une plaquette sur la façade de cette statue rappellent cet acte héroïque. A la suite de cette attaque, la Gestapo déménagea vers la résidence Queen, jusqu'à la fin du conflit.Pourquoi est-il important de classer ces caves ? Parce qu'on ne doit pas oublier que de telles atrocités ont eu lieu en Belgique et que celles-ci peuvent se reproduire. Cela me surprend à chaque fois de voir à quel point les gens oublient vite. Lorsque j'ai visité le bâtiment, il y a plus ou moins trois ans, beaucoup de murs avaient été rénovés. Les inscriptions les moins profondes avaient déjà disparu. Cela m'a rendu triste et en colère. La grande majorité des propriétaires ne souhaitaient pas que les caves soient classées. Ils avaient peur que leur bien perde de leur valeur. Seule une femme anglaise croisée par hasard nous a fait visiter les caves et partageait ma déception. "C'est une honte que ces caves ne soient pas ouvertes au public. Ces témoignages ont une importance historique et les propriétaires devraient être obligés de les rendre accessibles". C'était exactement mon avis. Mon photographe s'est lui contenté d'un laconique "s'ils perdent leurs caves, où vont-ils mettre leurs poubelles ?". Sa remarque est juste, bien sûr. Mais je trouve tout de même que ces émouvants témoignages d'un passé pas si lointain sont tout de même plus importants. Je suis ravi qu'après des années celles-ci soient enfin protégées.