Yvan Mayeur est connu pour ne pas avoir sa langue en poche. Il irrite ses pairs, jusque dans les rangs de son propre parti, en raison de son caractère fort et de son ambition démesurée. La Ville de Bruxelles tue-t-elle la Région? L'entretien qu'il nous accorde témoigne au moins d'une chose : il tient à son pouvoir communal comme à la prunelle de ses yeux.
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Yvan Mayeur est connu pour ne pas avoir sa langue en poche. Il irrite ses pairs, jusque dans les rangs de son propre parti, en raison de son caractère fort et de son ambition démesurée. La Ville de Bruxelles tue-t-elle la Région? L'entretien qu'il nous accorde témoigne au moins d'une chose : il tient à son pouvoir communal comme à la prunelle de ses yeux. Comment vont les relations entre la Ville et la Région ?(Silence) La réponse n'est pas manichéenne. Il y a des choses où ça fonctionne très bien, où il y a une forme de complicité. Il y a des matières où on joue à cache-cache et d'autres où on tâtonne. Objectivement, le fait que la Région existe est plutôt un atout pour la Ville par rapport à l'époque où nous dépendions du fédéral. Désormais, nous parlons avec des gens qui connaissent la situation. Quand nous parlons de mobilité, ce n'est pas facile parce qu'il n'y a pas de solution évidente, d'autant que ça dépend notamment du RER. Mais si on devait aborder ces questions avec un ministre d'Audenaerde ou de la région liégeoise, on se soucierait davantage des navetteurs que des Bruxellois.Le ministre Didier Gosuin (DéFI) rappelait quand même que vous aviez annoncé le piétonnier sans prévenir la Région...C'est faux ! Le débat du piétonnier est très ancien, et date de bien avant que Didier Gosuin devienne ministre. Il y a eu des débats durant la campagne électorale, ici, ce n'était pas un secret. Une majorité s'est dégagée, nous prenons nos responsabilités dans sa concrétisation. Nous avons été chercher des collaborations avec le fédéral et les Régions. Le travail le plus lourd dans ce projet, c'est l'étanchéisation du métro. Donc, bien sûr que la Région est concertée ! Ce qui grippe, c'est quand il y a des majorités différentes à la Ville et à la Région. L'un ou l'autre cherche à profiter d'un dossier pour se profiler politiquement.Est-il difficile d'avoir une ambition pour la Ville, face à la Région?Nous avons une ambition, ça c'est sûr... Nous sommes là pour faire le boulot pour lequel nous avons été élu, non ? Pourquoi y renoncerions-nous ? Est-ce difficile ? Les choses se sont améliorées au fil du temps mais on n'a pas encore trouvé la juste mesure de la relation entre la Région, la Ville et les autres communes. Personnellement, je plaide pour qu'il y ait davantage de Ville de Bruxelles dans la Région bruxelloise... Nous avons une taille critique, un territoire et une population qui nous permettent de mener des actions dans l'intérêt de tout le monde. Nous offrons notre espace public pour la Zinneke Parade, les Plaisirs d'hiver, la Pride ou les manifestations syndicales... Nous devrions avoir davantage de communes bruxelloises ayant une telle taille critique.Vous souhaitez des fusions de communes?C'est un débat qu'on doit mener sereinement entre Bruxellois. Il y a des disproportions évidentes et il serait sain de s'interroger à ce sujet. Il faut trouver ce point d'équilibre entre Ville, communes et Région. Je ne désespère pas que l'on y arrive.Ce débat existe-t-il?Pas encore en tant que tel, mais il se pose de fait quand on aborde un certain nombre de questions. Je suis de même dans une logique où l'on devait davantage clarifier les compétences. Le vrai problème, c'est ça ! A la Région, ils ne sont pas contents parce que j'ai émis des critiques sur la gestion des tunnels. Je ne mets pas en cause le gouvernement ni des ministres, mais une histoire. Le pire, c'est qu'on nous met tout sur le dos. En ville, on m'a attaqué pour la fermeture du tunnel Stéphanie. Or, je ne suis pas compétent pour ça... On devrait établir une répartition plus cohérente et plus lisible pour les citoyens, mais aussi pour les politiques. Qui assume quoi ?Faut-il davantage de pouvoir régional?Je ne suis pas dans cette logique... Je suis favorable à ce que cela soit clarifié dans le sens de la qualité du service offert. Il y a quelques années, il y a eu un débat sur la nécessité de régionaliser les hôpitaux bruxellois. Pourquoi changer quelque chose qui fonctionne ? Nous les gérons bien et nous soignons des dizaines et des dizaines de milliers de patients chaque année. Nous avons plaidé en ce sens et nous avons obtenu gain de cause. Ce qu'il faut faire, c'est prendre chaque compétence et voir si ça marche bien ou pas. Très honnêtement, ce serait incohérent de remplacer la Stib par des sociétés de transport communales. Mais il ne faut pas oublier non plus un critère important : le pouvoir régional est géré avec une obligation de parité linguistique, ce qui n'est pas le cas dans les communes. Cela permet d'éviter des blocages, le cas échéant. Soyons toutefois de bon compte : après vingt ans de Région, ça ne fonctionne quand même pas si mal.Mais le dialogue semble quand compliqué, non?Ce n'est pas toujours simple, c'est vrai, même s'il faut s'efforcer d'y arriver. Je vais prendre un exemple de la législature précédente : Brigitte Grouwels (CD&V), en charge de la Mobilité, s'est échinée à faire une voie pour les vélos sur la petite ceinture du côté ouest, sans aucune concertation avec la Ville. Or, nous voulions reporter une partie du trafic de ce côté dans la perspective de notre projet de piétonnier. Je plaide pour qu'à l'avenir, on intègre davantage les projets d'avenir en prenant de telles décisions. Autre exemple : sept élus d'Ixelles et d'Uccle réclament une régionalisation du Bois de La Cambre. Ça, c'est non ! C'est débile ! Pourquoi devrait-on perdre un morceau de territoire qu'on estime bien géré ? Franchement, ce n'est pas comme ça qu'on va y arriver. Parce que ce n'est pas très respectueux de la Ville ! Mais il y a des exemples positifs. Comme l'aménagement de la porte de Ninove : il y a eu un dialogue très constructif entre la Ville, Molenbeek, la Région et Beliris,l'Accord de coopération entre l'Etat et la Région. Ça prouve qu'on peut arriver à un point d'équilibre.