Dans les prochaines heures, la Région bruxelloise sera la deuxième entité du pays, après la Communauté germanophone, à composer officiellement son gouvernement, un bon mois et demi après les élections du 26 mai dernier. Socialistes, écologistes, DéFi et libéraux flamands composent un attelage asymétrique, au sein duquel les verts ont tout simplement pris la place occupée par les humanistes lors de la précédente législature. Leur projet renforce celui des cinq années écoulées, avec la volonté affirmée d'approfondir l'identité bruxelloise et de mettre la priorité sur les habitants face aux navetteurs. Cet idéal urbain et écologique veut continuer à panser les vieilles plaies d'une ville trop longtemps laissée entre les mains des promoteurs et de responsables qui ne l'aimaient pas.

Cette démonstration d'autonomie est évidemment légitime. Rudi Vervoort (PS) peut être fier de présider son gouvernement troisième du nom. Tous ses partenaires, Bernard Clerfayt (DéFi) en tête, s'accordent sur l'importance de défendre la spécificité bruxelloise dans cette Belgique de plus en plus complexe. La Région est un laboratoire de cohabitation entre communautés, qui montre la capacité à s'entendre au sein d'une Belgique trop souvent paralysée. Délaissée, devenue Région à part entière en 1989, près de dix ans après les autres, Bruxelles est devenue une entité politiquement mâture et montre désormais l'exemple aux autres entités fédérées. Chapeau bas. Pendant ce temps, ailleurs, on patine. En Flandre, la N-VA prend trop de temps à mettre fin à la parenthèse - très contestable, bien que rendue incontournable par les résultats électoraux - des discussions avec le Vlaams Belang. En Wallonie, socialistes et écologistes entament à reculons leur pré-dialogue avec le MR. Au fédéral, rien de neuf sous le soleil : les informateurs Didier Reynders (MR) et Johan Vande Lanotte (SP.A) occupent le terrain jusqu'au 29 juillet en attendant l'improbable moment où N-VA et PS se mettront à table. A Bruxelles, au moins, on se prépare à gouverner - c'est ce que l'on attend des politiques !

Il y a finalement quelque chose d'éminemment symbolique à ce que les deux niveaux de pouvoir les plus menacés par une éventuelle évolution confédérale façon N-VA, au sein de laquelle germanophones et Bruxellois seraient marginalisés, soient les deux premiers à disposer d'un nouvel exécutif. Ces deux petits Poucets confirment que l'évolution institutionnelle du pays devra tenir compte de ce fait majeur : ces deux entités sont celles qui ont le plus progressé, dans l'adversité, sur la nécessité de mettre en place un projet fort et autonome. En Flandre, on perd du terrain. En Wallonie, on ne cesse de tergiverser alors que les urgences sont pourtant gigantesques. A contrario, Bruxelles semble revivre.

Champagne dans la capitale, donc. La Région est devenue un phare dans la nuit belge. Mais un drôle de phare, tout de même, révélateur du malaise belge. Et tend à négliger son rôle de capitale.

Laurette Onkelinx (PS), négociatrice en chef du PS dans la capitale, a certes raison de rappeler que la Région est autonome et qu'elle ne doit pas subir les diktats venus de l'extérieur. Mais cette ville doit aussi songer à sa responsabilité pour le pays. Ce laboratoire de cohabitation doit être un moteur pour les deux principales communautés du pays. Or, par moments, on a l'impression que ses responsables politiques l'oublient, obnubilés par leur combat pour défendre leur citadelle assiégée et/ou par leur volonté idéologique d'exclure les libéraux francophones - le fruit d'une législature marquée par une polarisation exacerbée, sans doute, mais ce fut déjà le cas en 2014. Bien sûr, la logique de majorités asymétriques d'un niveau de pouvoir à l'autre est inévitable et saine dans un Etat pleinement fédéral. Mais des voix se sont élevées ces derniers jours en Wallonie, en faveur de la recherche d'un large consensus et d'une vision à long terme - y compris au sein d'Ecolo et du PS : au vu de la complexité de la situation actuelle, cela eut été opportun de les prendre en considération.

Dans la dernière ligne droite, Charles Michel et Didier Reynders ont exercé une forte pression sur leurs homologues flamands de l'Open VLD pour tenter de rentrer quand bien même dans la majorité, retardant l'avènement du gouvernement. Baroud d'honneur, logique partisane ou raison d'Etat ? Cela démontre en tout état de cause que la dynamique asymétrique génère des effets pervers.

Lorsque l'on évoque les futures politiques régionales, il convient de la même manière de saluer les efforts entrepris pour améliorer la qualité de vie en ville. La généralisation de la zone 30 sur le territoire régional va dans ce sens. Bruxelles veut progressivement s'imposer comme une cité modèle en matière environnementale, c'est une priorité incontestable au vu du retard accumulé et les autres villes européennes ayant le vent en poupe ont toutes fait un choix similaire. Mais là encore, si la mobilité est bien l'urgence numéro un, les négociateurs semblent oublier l'indispensable coopération avec les autres Régions pour résoudre cette question.

On ne peut s'empêcher de cultiver le sentiment que Bruxelles reste une capitale mal aimée qui a tendance à se replier sur elle-même. La faute initiale revient à la Flandre, à la Wallonie et au fédéral, qui ne sont parvenus à percevoir pleinement cette ville pour ce qu'elle est, un poumon économique et un aimant d'attractivité. Mais la capitale, blessée dans son orgueil, est aussi devenu l'instrument de sa propre marginalisation- la triste saga du Stade national l'a démontré ces dernières années.

Il n'est pas trop tard pour que les choses changent. La démonstration de maturité de la Région bruxelloise, en se dotant d'un gouvernement avant les deux autres Régions, est - aussi - un appel à se faire respecter par les deux autres Régions. Peut-être suffirait-il d'une déclaration d'amour en retour pour que Bruxelles redevienne le phare belge qu'elle devrait être, sans réserve. Le risque est toutefois réel que la naissance d'un Vervoort III soit - malheureusement - une nouvelle pierre dans un jardin belge devenu, plus souvent qu'à son tour, une zone d'affrontements et de blocages.

Dans les prochaines heures, la Région bruxelloise sera la deuxième entité du pays, après la Communauté germanophone, à composer officiellement son gouvernement, un bon mois et demi après les élections du 26 mai dernier. Socialistes, écologistes, DéFi et libéraux flamands composent un attelage asymétrique, au sein duquel les verts ont tout simplement pris la place occupée par les humanistes lors de la précédente législature. Leur projet renforce celui des cinq années écoulées, avec la volonté affirmée d'approfondir l'identité bruxelloise et de mettre la priorité sur les habitants face aux navetteurs. Cet idéal urbain et écologique veut continuer à panser les vieilles plaies d'une ville trop longtemps laissée entre les mains des promoteurs et de responsables qui ne l'aimaient pas.Cette démonstration d'autonomie est évidemment légitime. Rudi Vervoort (PS) peut être fier de présider son gouvernement troisième du nom. Tous ses partenaires, Bernard Clerfayt (DéFi) en tête, s'accordent sur l'importance de défendre la spécificité bruxelloise dans cette Belgique de plus en plus complexe. La Région est un laboratoire de cohabitation entre communautés, qui montre la capacité à s'entendre au sein d'une Belgique trop souvent paralysée. Délaissée, devenue Région à part entière en 1989, près de dix ans après les autres, Bruxelles est devenue une entité politiquement mâture et montre désormais l'exemple aux autres entités fédérées. Chapeau bas. Pendant ce temps, ailleurs, on patine. En Flandre, la N-VA prend trop de temps à mettre fin à la parenthèse - très contestable, bien que rendue incontournable par les résultats électoraux - des discussions avec le Vlaams Belang. En Wallonie, socialistes et écologistes entament à reculons leur pré-dialogue avec le MR. Au fédéral, rien de neuf sous le soleil : les informateurs Didier Reynders (MR) et Johan Vande Lanotte (SP.A) occupent le terrain jusqu'au 29 juillet en attendant l'improbable moment où N-VA et PS se mettront à table. A Bruxelles, au moins, on se prépare à gouverner - c'est ce que l'on attend des politiques !Il y a finalement quelque chose d'éminemment symbolique à ce que les deux niveaux de pouvoir les plus menacés par une éventuelle évolution confédérale façon N-VA, au sein de laquelle germanophones et Bruxellois seraient marginalisés, soient les deux premiers à disposer d'un nouvel exécutif. Ces deux petits Poucets confirment que l'évolution institutionnelle du pays devra tenir compte de ce fait majeur : ces deux entités sont celles qui ont le plus progressé, dans l'adversité, sur la nécessité de mettre en place un projet fort et autonome. En Flandre, on perd du terrain. En Wallonie, on ne cesse de tergiverser alors que les urgences sont pourtant gigantesques. A contrario, Bruxelles semble revivre.Champagne dans la capitale, donc. La Région est devenue un phare dans la nuit belge. Mais un drôle de phare, tout de même, révélateur du malaise belge. Et tend à négliger son rôle de capitale.Laurette Onkelinx (PS), négociatrice en chef du PS dans la capitale, a certes raison de rappeler que la Région est autonome et qu'elle ne doit pas subir les diktats venus de l'extérieur. Mais cette ville doit aussi songer à sa responsabilité pour le pays. Ce laboratoire de cohabitation doit être un moteur pour les deux principales communautés du pays. Or, par moments, on a l'impression que ses responsables politiques l'oublient, obnubilés par leur combat pour défendre leur citadelle assiégée et/ou par leur volonté idéologique d'exclure les libéraux francophones - le fruit d'une législature marquée par une polarisation exacerbée, sans doute, mais ce fut déjà le cas en 2014. Bien sûr, la logique de majorités asymétriques d'un niveau de pouvoir à l'autre est inévitable et saine dans un Etat pleinement fédéral. Mais des voix se sont élevées ces derniers jours en Wallonie, en faveur de la recherche d'un large consensus et d'une vision à long terme - y compris au sein d'Ecolo et du PS : au vu de la complexité de la situation actuelle, cela eut été opportun de les prendre en considération.Dans la dernière ligne droite, Charles Michel et Didier Reynders ont exercé une forte pression sur leurs homologues flamands de l'Open VLD pour tenter de rentrer quand bien même dans la majorité, retardant l'avènement du gouvernement. Baroud d'honneur, logique partisane ou raison d'Etat ? Cela démontre en tout état de cause que la dynamique asymétrique génère des effets pervers.Lorsque l'on évoque les futures politiques régionales, il convient de la même manière de saluer les efforts entrepris pour améliorer la qualité de vie en ville. La généralisation de la zone 30 sur le territoire régional va dans ce sens. Bruxelles veut progressivement s'imposer comme une cité modèle en matière environnementale, c'est une priorité incontestable au vu du retard accumulé et les autres villes européennes ayant le vent en poupe ont toutes fait un choix similaire. Mais là encore, si la mobilité est bien l'urgence numéro un, les négociateurs semblent oublier l'indispensable coopération avec les autres Régions pour résoudre cette question. On ne peut s'empêcher de cultiver le sentiment que Bruxelles reste une capitale mal aimée qui a tendance à se replier sur elle-même. La faute initiale revient à la Flandre, à la Wallonie et au fédéral, qui ne sont parvenus à percevoir pleinement cette ville pour ce qu'elle est, un poumon économique et un aimant d'attractivité. Mais la capitale, blessée dans son orgueil, est aussi devenu l'instrument de sa propre marginalisation- la triste saga du Stade national l'a démontré ces dernières années.Il n'est pas trop tard pour que les choses changent. La démonstration de maturité de la Région bruxelloise, en se dotant d'un gouvernement avant les deux autres Régions, est - aussi - un appel à se faire respecter par les deux autres Régions. Peut-être suffirait-il d'une déclaration d'amour en retour pour que Bruxelles redevienne le phare belge qu'elle devrait être, sans réserve. Le risque est toutefois réel que la naissance d'un Vervoort III soit - malheureusement - une nouvelle pierre dans un jardin belge devenu, plus souvent qu'à son tour, une zone d'affrontements et de blocages.