Le quatrième cycle de négociations avec Bruxelles commençant lundi, l'allocution de vendredi à Florence de la Première ministre britannique est censée débloquer une situation au point mort - faute de propositions concrètes de Londres, selon le négociateur en chef européen Michel Barnier.
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Le quatrième cycle de négociations avec Bruxelles commençant lundi, l'allocution de vendredi à Florence de la Première ministre britannique est censée débloquer une situation au point mort - faute de propositions concrètes de Londres, selon le négociateur en chef européen Michel Barnier.L'Union européenne a peur qu'une Theresa May très affaiblie ne puisse être capable de tenir les promesses qu'elle fera lors de ce discours majeur sur le Brexit, révèle le secrétaire d'Etat fantôme au Brexit Keir Starmer. Le député est en effet membre du cabinet fantôme Corbyn, constitué par des membres du parti d'opposition, le Labour, et est en charge de suivre les avancées sur la sortie du Royaume-Uni de l'UE. Starmer a rencontré les acteurs majeurs de l'équipe de négociation de l'Union européenne. Il rapporte que les attentes des Européens vis-à-vis de ce discours crucial sont "élevées", mais que l'enthousiasme est tempéré par des inquiétudes au sujet de la faiblesse de la Première ministre britannique. C'est en tout cas ce qu'a déclaré le "shadow Brexit secretary" au Guardian. Selon lui, les personnes qu'il a rencontrées à Bruxelles, dont le négociateur du Brexit pour l'UE Michel Barnier et le chef de cabinet de Jean-Claude Juncker, étaient "profondément sceptiques" quant à la capacité de May d'aller jusqu'au bout de chacune de ses promesses. "Ils veulent voir des progrès réels (...) Par un discours et rien d'autre", assure-t-il. Les dirigeants européens souhaitent une vraie prise de position britannique. En outre, ils s'attendent à ce que la Première ministre britannique parle d'argent. Mercredi, le Financial Times rapportait que l'Allemagne avait été informée par le gouvernement britannique que Theresa May allait proposer cette semaine de combler le gap budgétaire post-Brexit avec un montant d'au moins 20 milliards d'euros. Afin de briser la glace, des responsables britanniques ont assuré qu'aucun Etat membre ne devra payer davantage pour le budget de l'UE, ou recevoir moins, jusqu'en 2020. Cette promesse financière donnerait un nouvel élan aux négociations mais il est fort probable que ça ne réponde pas aux exigences de l'UE. Cela permet d'avoir une base pour discuter plus en détail du règlement financier. Une des inconnues est l'attitude du ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson. Theresa May doit arriver à surmonter les doutes de son ministre : "Elle devra affronter Boris Johnson et son fantasme du Brexit, surtout en ce qui concerne les passifs financiers. Et elle doit abandonner certaines de ses inflexibles lignes rouges. La pire issue serait qu'elle ne dise rien, enflamme la situation, rendant les progrès moins possibles".Boris Johnson, prenant le contre-pied de ce qu'elle est censée annoncer, a réclamé dans une tribune reproduite par le Telegraph une rupture franche avec l'UE, sans période de transition, convaincu qu'un "avenir prospère" attend son pays hors de l'UE. Après la mini-tempête provoquée par son intervention, il a fait mine de rentrer dans le rang, affirmant qu'il soutenait la stratégie de Theresa May et qu'il n'avait nullement l'intention de démissionner du gouvernement. Mais son intervention ne peut que fragiliser davantage l'autorité de May, déjà mise à mal par son échec aux législatives anticipées de juin à l'issue desquelles son Parti conservateur n'a obtenu qu'une faible majorité parlementaire, ni effacer le soupçon qu'il ambitionne son poste.Pour le Labour, il est indispensable que le gouvernement britannique fournisse à l'UE des lignes claires sur ce qu'il est prêt à payer. "Nous avons toujours dit que le Royaume-Uni devrait respecter ses obligations internationales. Je pense que le gouvernement a raison de ne pas donner un chiffre, je ne pense pas que le gouvernement ou l'UE devrait le faire, et je n'ai d'ailleurs jamais contesté David Davis (ndlr : le ministre britannique du Brexit) là-dessus. Mais il est primordial qu'un cadre soit convenu. A l'heure actuelle, il n'y a pas de clarté sur l'approche que le Royaume-Uni va adopter. Une méthodologie est nécessaire et il faut absolument que ça soit la semaine prochaine", poursuit Starmer. Selon les médias britanniques, la cheffe du gouvernement s'apprête à annoncer vendredi qu'elle souhaite une période de transition après le 29 mars 2019, date à laquelle le Royaume-Uni sortira de l'UE. Elle se rangerait ainsi à la position défendue par son ministre des Finances Philip Hammond et les milieux économiques, qui craignent dans le cas contraire des conséquences catastrophiques pour l'économie du Royaume-Uni. Cette période de transition, qu'elle voudrait la plus courte possible, permettrait à son pays de continuer à avoir accès au marché européen, le temps d'aboutir à un nouvel accord commercial.