Après une période où le MR jouissait d'une large visibilité du fait de son statut de seul francophone au fédéral et était en plus seul dans son espace politique de centre-droit, on peut dire qu'un score tournant aux alentours de 20% est plus un échec qu'une victoire. Beaucoup de gens ont voté pour le parti libéral, car c'était la seule alternative de centre-droit crédible, mais le coeur n'y était pas toujours. On a payé un manque de cohérence politique, une préparation beaucoup trop faible des élections et du programme et un manque de vision politique sur le long terme. La campagne interne a permis de mettre à nu une série de difficultés du terrain que le nouveau président devra résoudre. Elle en a été, pour cela, salutaire. L'objectif des 30% n'est pas irréaliste, il a déjà été atteint en 2007, sous l'ère de Didier Reynders avec un message clair et non dilué : "le changement du centre de gravité". Avec une équipe ressoudée, un leader charismatique, de nouvelles méthodes et un nouveau souffle, cet objectif peut de nouveau être atteint. Le tout sera d'être à nouveau capable de constituer un grand parti. Un parti qui, outre son socle fidèle de 20%, aille chercher les 140.000 voix laissées à la droite du MR, mais aussi des voix au PS, au PTB, au CDH, chez Défi... Et ce, non pas en diluant le message, mais en le solidifiant sur des fondamentaux. Le MR doit redevenir le grand parti des classes moyennes et populaires. Tel est le souhait de tous ceux notamment qui souhaitent que le travail soit mieux récompensé, l'école plus performante, et la solidarité généreuse, mais pas dispendieuse .

Georges-Louis Bouchez a déjà fait ses preuves sur le terrain. Il a été, en campagne électorale, une des voix qui portait le plus et, sans lui et son implication sur la stratégie de campagne dans les dernières semaines, la facture électorale eut été encore plus lourde. Il a senti, bien avant beaucoup et malgré certaines résistances en interne, qu'il fallait faire une campagne sur la défense des classes moyennes et mettre en avant toutes les mesures taxatoires d'Ecolo qui pourraient nuire durablement à cette classe moyenne. Sans ce feeling politique, les résultats n'auraient certainement pas été les mêmes.

Le nouveau président du MR va pouvoir apporter une cohérence politique. On peut l'aimer ou non, mais sa pensée est structurée, réfléchie, ciselée. Le MR a fait de très bonnes choses sous le gouvernement Michel, mais a parfois brouillé sa ligne politique. On ne peut à la fois dire rendre du pouvoir d'achat aux gens via le tax shift et en même temps augmenter les accises dans différents domaines et la TVA sur l'électricité. On ne peut à la fois dire vouloir défendre les indépendants et augmenter très fortement le précompte mobilier. On ne peut vouloir une énergie propre, créatrice d'emploi, bon marché, et courir derrière Ecolo sur la sortie du nucléaire, encore récemment mise en doute sur sa faisabilité et son intérêt par des académiques comme Damien Ernst ou Jean-Pascal Van Ypersele. On ne peut vouloir faire de la sécurité un thème majeur du programme et ne pas donner les moyens nécessaires à la justice de fonctionner. Aux élections, le MR a aussi payé un message brouillé sur ses fondamentaux. Le nouveau leader libéral va pouvoir restructurer le message du MR et apporter une plus grande cohérence à l'ensemble des décisions prises. Il a déjà confirmé qu'il voulait axer le message porté demain, sur la récompense du travail, du mérite. A la fois récompenser l'effort, mais veiller à l'égalité des chances notamment via l'école dont il veut faire un point central pour le parti libéral.

Georges-Louis Bouchez a aussi la capacité de vulgariser un message. C'est parfois sidérant de voir le nombre d'interviews de bon nombre de politiques où on se demande à la fin quel est en fait le message délivré. Louis Michel le résumait assez bien dans La Libre Belgique de ce week-end en disant : "Les partis se sont souvent laissés piéger : pour ne déplaire à personne, ils ont souvent cherché à plaire à tout le monde. Donc plus personne ne pouvait identifier les différentes thèses en présence". Le nouveau patron des bleus, c'est un peu l'inverse de ce constat, on comprend tout de suite le message véhiculé, c'est une force indéniable dans un monde médiatique qui demande de savoir résumer en peu de mots un message.

Enfin, le plus grand atout de Georges-Louis Bouchez, comme celui d'un Nicolas Sarkozy à l'époque, c'est qu'il vient de la base. Il comprend les militants, il l'a été. Il comprend les élus locaux, il l'a été. Il comprend les élus régionaux, il l'a été. Il sait les difficultés pour bousculer les idées reçues, pour faire émerger de nouveaux talents, pour convaincre les autorités du parti de tel ou tel changement, pour construire un programme non pas de façon technocratique, mais en lien avec la société civile. Le nouveau président du MR a certainement le talent pour amener le parti à 30%, mais il va devoir maintenant faire l'exercice difficile de renouveler certains cadres et de s'entourer des meilleurs pour porter le projet qu'il a en lui et le déployer. Il s'inspirera certainement pour cela de la machine de guerre créée par Elio Di Rupo au sein du parti socialiste, à savoir faire émerger des élus ou des ministres à lui capables de porter dans les médias le message du parti et renforcer considérablement les ressources humaines du parti avec une volonté accrue de suivre les dossiers, de pondre des argumentaires percutants, de coacher élus et militants, d'entretenir un réseau de la société civile. Dans tout cela, le MR a une guerre de retard sur le PS. Georges-Louis Bouchez a la passion et l'énergie pour le faire, c'est peut-être pour cela qu'il fait si peur à la gauche.