"Nous devons oser affirmer que la Convention de Genève constitue une partie du problème" a déclaré le président de la N-VA Bart De Wever. "La Convention de Genève date de 1951, mais elle est toujours appliquée" a expliqué Bart De Wever. "Mais on ne peut comparer la sécurité sociale de l'époque à la situation d'aujourd'hui".
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"Nous devons oser affirmer que la Convention de Genève constitue une partie du problème" a déclaré le président de la N-VA Bart De Wever. "La Convention de Genève date de 1951, mais elle est toujours appliquée" a expliqué Bart De Wever. "Mais on ne peut comparer la sécurité sociale de l'époque à la situation d'aujourd'hui". Il s'est emparé de l'occasion pour expliquer les propositions de la N-VA, fort critiquées ces dernières semaines. Il a ainsi déclaré à propos de la proposition de loi de la députée Sarah Smeyers d'attribuer les allocations familiales après seulement quatre ans : "Ils font ça au Danemark aussi. "Sur la possibilité de mener une politique de refoulement : "C'est ce qu'ils font en Espagne. On l'a fait en Italie jusqu'en 2011". De Wever sélectionne soigneusement les exemples étrangers qui cadrent dans son discours, mais n'explique pas comment les appliquer concrètement en Belgique. Indépendamment de ces exemples, pour un politique de la trempe de Bart De Wever un discours d'une heure et demie représente une occasion exceptionnelle de réfuter les oppositions à sa politique par ses propres raisonnements. Une occasion que De Wever a saisie des deux mains. Il a ainsi réfuté l'argument que lors de la Première Guerre mondiale, les Belges étaient également des réfugiés. "On a reçu la facture après coup". Que De Wever soit historien, illustre une nouvelle fois à quel point il est difficile de tracer des parallèles avec la situation actuelle. Autant la gauche que la droite s'accusent mutuellement de se servir sélectivement de l'histoire. Le bourgmestre d'Anvers n'a pas épargné non plus les critiques à l'égard du gouvernement Syriza en Grèce qui ne surveille pas les frontières de Schengen. "Les portes sont ouvertes. On s'en prend toujours à Viktor Orban en Hongrie, mais il ne s'agit pas là de la racine du problème. Si tout le monde adoptait l'attitude grecque, le problème serait encore beaucoup plus important". "Schengen est cliniquement mort" dit-il. De Wever ne comprend pas non plus que certains pays qui érigent des clôtures sont critiqués et qu'on ne parle pas d'autres états qui font la même chose. Grâce à son talent d'orateur, De Wever réussit bien mieux que beaucoup de ses collègues politiques à devancer l'opposition. "Une grande partie de ce qu'il raconte sonne bien en théorie, mais je pense qu'il sait que la plupart de ses projets ne sont pas réalisables en pratique. En réfléchissant, j'ai tout de même des questions" explique un étudiant en politologue à l'issue du discours. "L'epic fail de Mutti Merkel"De Wever a également décoché quelques flèches à Angela Merkel. S'il a loué la chancelière allemande pour son attitude face à la crise grecque, il n'en a pas été de même pour sa conduite à l'égard des réfugiés. "La déclaration 'Wir schaffen das' s'est révélée un epic fail (un plantage monumental)' a affirmé De Wever, adaptant son langage au jeune public. "Elle a invité le monde entier. En théorie, les soixante millions de réfugiés peuvent venir". De Wever a répété à plusieurs reprises que les réfugiés, aidés de leur smartphone, suivent un compas économique. D'après lui, ils partent à la recherche de la situation la plus favorable. "Nous ne pouvons pas nous montrer naïfs". Il a profité de l'occasion pour soutenir le Secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration, Theo Francken, qui a parlé du "camp de tentes" douillet du parc Maximilien. "Après un voyage de milliers de kilomètres de Bagdad à l'Office des Étrangers à Bruxelles, ils ne réussissent pas à trouver le préaccueil situé à deux bâtiments de là".De Wever a également souligné le grand nombre de demandes d'asile de jeunes hommes célibataires de Bagdad. "Là-bas, il n'y a pas de guerre. C'est une économie de réfugiés. Toute une famille paie pour envoyer une personne en Europe, de sorte que celle-ci puisse lui envoyer de l'argent. C'est ce qui est en train de se passer". Il conclut par une hypothèse : "Je ne serais pas étonné que beaucoup de Syriens qui se présentent soient en fait des Irakiens. Il faut examiner cette question". "La tolérance en Europe est en jeu"Enfin, De Wever joue sur une certaine angoisse que ressentent beaucoup de gens, une peur irrationnelle, que le président de la N-VA traduit mieux que personne. "Il y a un sentiment croissant de malaise. Et cette peur risque d'avoir raison de la tolérance qui règne en Europe". D'après De Wever cette tolérance est non seulement matérielle, mais aussi culturelle. "Nos villes sont très diverses, et il y a beaucoup de pauvreté importée. La chaîne de l'intégration est brisée. La troisième génération est toujours qualifiée d'allochtone. Il n'y a pas de problème avec l'islam, il y a un problème dans l'islam". D'après De Wever, on ne parle pas de cette peur. Il trouve ça "naïf". C'est un mot qu'il utilise souvent, suivi de ce qu'il appelle un "reality check". "Les gens sont inquiets à propos de la citoyenneté et des idéaux des Lumières. Je le vois déjà à Anvers où il y a de plus en plus de gaybashing. En plus, le Centre de l'Égalité des Chances me reproche de ne pas laisser les femmes nager en burkini dans la piscine de la ville. Et ce alors que j'ai déjà une solution pragmatique, à savoir des heures de natation exclusivement destinées aux femmes. "Pourquoi ne peut-on pas dire en Europe: 'c'est interdit, parce qu'on n'en veut pas, parce que c'est une partie fondamentale de notre citoyenneté' ?" s'est demandé De Wever. Il est frappant que De Wever utilise cet argument dans de nombreux discours et interviews. Alors qu'il est une des voix dominantes du débat politique en Belgique, il répète souvent que certaines choses ne peuvent être dites, qu'il y a des tabous dont on ne peut pas parler. Et pourtant, c'est justement lui qui les aborde. C'est à nouveau le cas de la crise des réfugiés et de la Convention de Genève. Accusations envers les médias De Wever estime que les médias sont coresponsables. "Ils présentent l'actualité de façon à culpabiliser les gens". Il a ainsi critiqué la page Facebook de Björn Soenens, le rédacteur en chef du JT de la VRT. Sur sa page personnelle, le journaliste a publié une photo du petit Aylan échoué sur la plage. Selon De Wever, cette photo enfreint les directives du JT qui interdisent de montrer des images atroces de la propagande de l'EI. Aucun étudiant ne se demande si ces deux faits ont bien un rapport. Car la page personnelle Facebook d'un rédacteur en chef et un article sur un site web sont-ils bien la même chose.Ses attaques envers les médias, et le sourire avec lequel il les avance laissent à penser qu'il avait des comptes à régler. Reste à voir si c'est intelligent de jouer le jeu de telle façon et si en tant que président, il ne faut pas se mettre au-dessus de ces critiques. Cependant, les applaudissements prouvent que De Wever s'en tire bien. Si on suit le discours de Bart De Wever, jusqu'où faut-il aller? Est-il correct par exemple que le porte-parole du président du plus grand parti du pays cadenasse son profil Twitter ?