Le premier volet de cette nouvelle vaste introspection assène, comme on actionne un couperet, que 70 % de la population réclament aujourd'hui " un pouvoir fort ". Au vu du climat de plus en plus fielleux, au fil de ces quatre ou cinq dernières années, l'information n'est pas forcément surprenante. Elle confirme en fait, en avançant un chiffre, en permettant, hors élections, avec toutes les marges d'erreur à intégrer et toutes les nuances à conserver, d'esquisser une évaluation quantitative de l'étendue de l'aigreur ambiante.
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Le premier volet de cette nouvelle vaste introspection assène, comme on actionne un couperet, que 70 % de la population réclament aujourd'hui " un pouvoir fort ". Au vu du climat de plus en plus fielleux, au fil de ces quatre ou cinq dernières années, l'information n'est pas forcément surprenante. Elle confirme en fait, en avançant un chiffre, en permettant, hors élections, avec toutes les marges d'erreur à intégrer et toutes les nuances à conserver, d'esquisser une évaluation quantitative de l'étendue de l'aigreur ambiante. Elle n'en reste pas moins désolante. Même si personne ne peut, à ce stade, définir sans discussion possible, ce que signifie précisément ce " pouvoir fort " auquel une belle majorité d'entre nous semble donc aspirer. Certains ont estimé qu'il s'agissait d'" un pouvoir totalitaire ", d'autres ont parlé de " démocrature ", d'autres ont dressé à nouveau le parallèle avec " les années 1930 ", qui ont conduit aux inhumanités que l'on sait. En attendant de saisir, peut-être, un jour, ce qu'un peu moins de trois quarts des Belges entend par " pouvoir fort ", on ne peut qu'en imaginer la tonalité minimale : des dirigeants qui prennent des mesures dures. Contre ceux qui profitent, qui abusent, qui refusent notre modèle, qui nous inquiètent, qui nous défient, qui nous imposent leurs règles. Pour, probablement, comme nous l'expliquait avec rage et dépit un lecteur, dans un long courrier, après l'attaque au camion sur un marché de Noël à Berlin, que nous cessions de " nous contenter de nous donner la main en chantant pour nous opposer à ce qui veut nous tuer ", que nous arrêtions " de ramper ", que nous " déclarions la guerre à l'islam, une bonne fois, et qu'on la fasse ". On sait pourquoi on en est arrivé à ce qui apparaît désormais comme un véritable besoin, une urgence même, pour 7 Belges sur 10 : la longue crise économique, la globalisation et la technologisation qui ont creusé les inégalités alors qu'on nous les présentait comme moyens inespérés de rapprocher tout le monde, le refus de beaucoup d'authentiques démocrates d'aborder les failles et les effets pervers de la multiculturalité, l'échec partiel mais cinglant de " l'intégration ", l'avènement de la gouvernance mondiale financière, l'accroissement du nombre de migrants fuyant des conflits en cours ou recherchant (comme n'importe quel migrant, à n'importe quelle époque de notre histoire, sur n'importe quel continent) des conditions de vie meilleures, les attentats terroristes commis dans des villes comme Bruxelles, Paris, Berlin ou Nice. Mais, dites-nous, que changerait foncièrement " un pouvoir fort " ? Que nous garantirait-il réellement ? Davantage d'emplois ? Davantage de prospérité ? Davantage de sentiment de sécurité ? Davantage d'égalité ? De nouveaux marchés ? Ne nous mentons pas : la réponse est systématiquement " non ". La réalité, on l'a constatée hélas suffisamment par le passé, devenant même, toujours, pire, à plus ou moins long terme. Pour autant, la question reste posée, plus que jamais : dans quelle société voulons-nous vivre ? Une société qui vise à élever ou une société qui ne cherche qu'à limiter ? Personne ne peut raisonnablement prétendre qu'il préfère la seconde. L'enjeu (re)devient, dès lors, tout simple, en tout cas dans son énoncé : comment y parvenir ? Plutôt par un pouvoir cherchant à assurer, on l'a régulièrement écrit ici, le bien-être de l'ensemble de ses populations. Un pouvoir juste, donc.