Elles ont aussi fait vaciller un gouvernement qui, jusque-là, avait plutôt tiré profit de la situation d'alerte créée par les attentats de Paris, en novembre dernier. Et qui pensait avoir fait le plus dur en capturant Salah Abdeslam, trois jours avant la tragédie bruxelloise.
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Elles ont aussi fait vaciller un gouvernement qui, jusque-là, avait plutôt tiré profit de la situation d'alerte créée par les attentats de Paris, en novembre dernier. Et qui pensait avoir fait le plus dur en capturant Salah Abdeslam, trois jours avant la tragédie bruxelloise. Les trois bombes ont envoyé l'équipe Michel dans les cordes. Elles auraient dû faire démissionner les deux ministres de tutelle, le N-VA Jan Jambon et le CD&V Koen Geens, confondus par les dysfonctionnements entre leurs services. Elles auront éliminé Jacqueline Galant, maillon de plus en plus faible de la suédoise, emportée par le dossier de la sécurité de l'aéroport. N'empêche : ce gouvernement demeure chancelant. Divisé, coutumier de sorties pyromanes de sa phalange la plus puissante (la N-VA, avec Bart De Wever et Liesbeth Homans au lance-flammes depuis l'extérieur, et avec Jan Jambon en poseur de mines depuis le coeur de la forteresse), l'état-major fédéral n'en mène pas large. Après un an et demi de législature, c'est peu dire que l'exécutif MR - N-VA - CD&V - Open VLD a perdu beaucoup de sa crédibilité. Pas sûr que l'opposition traditionnelle y gagne : le PS n'a pas à pavoiser, coresponsable qu'il est de la mauvaise (voire de l'absence de) politique "en matière d'immigration" menée en Belgique ou, à tout le moins, à Bruxelles ; le CDH est sous assistance respiratoire ; DéFI fait ce qu'il peut ; et Ecolo reste un parti luttant contre une longue maladie, qui le ronge de l'intérieur.Dans ce contexte, ils sont de moins en moins, dans ce pays, à danser sur les tables. C'est pour ça, entre autres, que la parole des humoristes semble plus forte. Plus fréquente. Plus écoutée. Plus entendue même. Celle, en tout cas, de ceux qui débarquent sur scène, à l'antenne, sur le Web, dans les pages, comme on monte sur un ring. Pour cogner, sur tout ce qui fait déjà mal. Pour dire ce qu'on ne veut plus que les politiques, les juges, les journalistes, les philosophes disent. Ils étaient plutôt des alibis, des sas de décompression. Les voici derniers moralistes. Et nouveaux leaders d'opinion. Pas sûr qu'il n'y ait qu'à s'en réjouir. Mais clair qu'il n'y a pas qu'à s'en plaindre. Parce que, si c'est pour contribuer à ce que ce pays retrouve ses sens, à tous les étages et dans toutes ses composantes, allez ! que les bouffons prennent le pouvoir.C'est à eux, à leur impact, qu'est consacré le premier dossier de couverture de ce Vif/L'Express nouvelle formule. Sa mise en page est, vous le constaterez, plus aérée. Pas pour que le vide s'installe. Pour qu'y circule encore mieux ce que nous considérons être de l'intelligence et ce que nous revendiquons comme de l'indépendance et de l'impartialité. Vous le vérifierez, espérons-nous, au fil des rubriques. Les nouvelles comme les anciennes. Merci de nous lire !