Novembre 2015. Les jours qui suivent les attentats à Paris, l'inspecteur malinois et expert en radicalisation Hamid A. tente, malgré son congé maladie, de récolter des informations dans un biotope qu'il est un des seuls agents à connaître : la communauté maghrébine de Malines et celle de la zone du canal à Bruxelles. Ses recherches se révèlent fructueuses. Plus de quatre mois avant l'arrestation de Salah Abdeslam, l'un des terroristes impliqués dans les attentats, il découvre sa cachette. Il détient également des informations au sujet d'une "petite visite" à Anderlecht de Tarik Chadlioui, un collecteur de fonds pour la Syrie. Et il récolte des renseignements sur N., une Franco-Algérienne radicalisée de Jette qui pourrait jouer un rôle important dans l'EI et qui résidait régulièrement dans le village français où vivait Hasna Aït Boulahcen, la cousine d'Abdelhamid Abaaoud (Boulahcen et Abaaoud étaient impliqués dans les attentats). Finalement, Hamid A. découvre les tentatives de l'imam malinois Khalid Ouchan d'obtenir une attestation qui révélait que son frère radicalisé Jawad était un "bon musulman".
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Novembre 2015. Les jours qui suivent les attentats à Paris, l'inspecteur malinois et expert en radicalisation Hamid A. tente, malgré son congé maladie, de récolter des informations dans un biotope qu'il est un des seuls agents à connaître : la communauté maghrébine de Malines et celle de la zone du canal à Bruxelles. Ses recherches se révèlent fructueuses. Plus de quatre mois avant l'arrestation de Salah Abdeslam, l'un des terroristes impliqués dans les attentats, il découvre sa cachette. Il détient également des informations au sujet d'une "petite visite" à Anderlecht de Tarik Chadlioui, un collecteur de fonds pour la Syrie. Et il récolte des renseignements sur N., une Franco-Algérienne radicalisée de Jette qui pourrait jouer un rôle important dans l'EI et qui résidait régulièrement dans le village français où vivait Hasna Aït Boulahcen, la cousine d'Abdelhamid Abaaoud (Boulahcen et Abaaoud étaient impliqués dans les attentats). Finalement, Hamid A. découvre les tentatives de l'imam malinois Khalid Ouchan d'obtenir une attestation qui révélait que son frère radicalisé Jawad était un "bon musulman".Fin novembre et début décembre 2015, Hamid A. transmet son information à J.M., commissaire de la police de Malines. Ce dernier rédige immédiatement trois rapports d'informations. Mais c'est après que la situation tourne mal. Contrairement à ce que prescrit le règlement de police, la plupart des rapports ne sont pas repris dans la Banque de données Nationale générale (BNG) de la police. Les recherches du Comité P révèlent que la responsabilité incombe en premier lieu au chef de corps Yves Bogaerts et à son adjoint de l'époque Johan Geentjens. Le 8 décembre 2015, on demande à l'inspecteur chargé d'encoder les données dans le BNG de mettre trois rapports de côté "en attendant le point de vue du chef de corps Bogaerts". Ce même mois, deux autres rapports sont mis en attente à la demande du commandement de corps. Un de ces rapports a également été écrit après un indice d'Hamid A., un inspecteur qui d'après son commandement, livrait des informations peu fiables "au niveau du contenu et de la source" et ne méritait pas de place dans la banque de données de la police.Les rapports "peu crédibles"Entre-temps, il s'est avéré que les informations d'Hamid A. sont tout sauf peu fiables. Peu après les attentats à Zaventem et à Bruxelles, un de "ses rapports" a fuité dans la presse : le rapport qui contenait un indice vers la cachette possible de Salah Abdeslam - cette histoire a atteint la presse mondiale. Mais qu'en est-il des quatre autres rapports mis en attente par le commandement de corps ? Une enquête de Knack révèle que ces documents auraient mérité l'attention de la police. Le premier rapport mentionne Tarik Chadlioui. Le prédicateur de haine notoire a été, lit-on, aperçu dans la salle de fête Salle Dubaï Palace à Anderlecht, peut-être pour lever des fonds pour la Syrie -au mécontentement d'un certain nombre de musulmans présents. Le deuxième rapport concerne un jeune Marocain (le fils de Mohamed) de la Rue de la Savonnerie à Molenbeek qui se réunirait tous les mercredis dans une salle près de la piscine de Saint-Josse-ten-Noode.Le troisième rapport fait mention de l'imam Khalid Ouchan et de son jeune frère Jawad, membre du mouvement salafiste The Way of Life, le successeur de Sharia4Belgium. Le rapport précise que l'imam avait demandé l'attestation pour Jawad au président de la mosquée Al Buraq à Malines. Celui-ci avait refusé, et les deux hommes s'étaient violemment disputés. La semaine dernière, Khalid Ouchan et l'expert en jihad Montasser AlDe'emeh ont été condamnés dans une affaire similaire.Le dernier rapport n'a pas été établi sur base des recherches d'Hamid A. L'indicateur du rapport est une dame qui avait été informée par des amies marocaines qu'on exaltait les attentats de Paris dans la mosquée malinoise Al-Ikhlaas. Le rapport, rédigé par un collègue d'Hamid A., a pratiquement tout de suite, et pour des raisons imprécises, été qualifié de "peu crédible" par le commissaire adjoint Geentjes. Histoire décousue Le chef de corps Yves Bogaerts a toujours attribué les erreurs dans ce dossier à l'inspecteur Hamid A. Selon lui, ce dernier refusait de révéler ses sources, ce qui l'obligeait à qualifier les informations de "non fiables". Des sources au sein de la police de Malines qualifient cet argument d'absurde. Elles soulignent que l'indication de la source n'est obligatoire que depuis 2014, et surtout pour les indices de l'inspecteur Hamid A. Le Comité P. ne se contente pas non plus de la déclaration de Bogaerts. Il reproche une "attitude rigide" au commandement de corps. Ce dernier aurait consacré trop d'attention au conflit avec l'inspecteur Hamid A., et trop peu à l'essentiel : l'information elle-même.Et les critiques vont plus loin. Bogaerts a toujours prétendu qu'il comptait reprendre ces informations dans le BNG, mais qu'elles n'ont pas été encodées suite à l'erreur d'un collaborateur par ailleurs irréprochable : celui-ci n'aurait pas donné suite à la demande écrite du chef du corps. L'enquête du Comité P. révèle que l'histoire est décousue. Par ailleurs, on ignore toujours pourquoi le chef de corps n'a jamais demandé d'encoder les quatre autres rapports dans la banque de données.Malgré tous ces points d'interrogation, le procureur du Roi d'Anvers Anne-Marie Gepts ne voit pas de raison de sanctionner le commandement de corps. L'enquête criminelle a récemment été suspendue "par manque d'intention délictueuse". Cela ne signifie pas que le parquet anversois n'estime pas qu'il n'y ait pas eu d'erreurs. Le parquet souligne les "tensions internes et la communication défaillante" au sein du corps, et estime que la responsabilité incombe en premier lieu au commandement du corps. Le bourgmestre de Malines Bart Somers (Open VLD) ne souhaite réagir ni au rapport du Comité, ni au jugement du parquet. Johan Geentjens, entre-temps promu directeur du service central de Terrorisme de la police fédérale, n'a pas voulu commenter.Les prochaines semaines, la commission d'enquête sur les attentats de Bruxelles dirigée par Patrick Dewael (Open VLD) se penchera sur le fonctionnement du corps malinois. L'inspecteur Hamid A. a également porté plainte contre le chef de commandement malinois pour diffamation.