L'ex-secrétaire d'État à l'Asile et la Migration Theo Francken était interrogé ce mercredi en commission de l'Intérieur de la Chambre sur le trafic présumé de visas humanitaires dans le cadre de sa politique de relocalisation de chrétiens de Syrie.
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L'ex-secrétaire d'État à l'Asile et la Migration Theo Francken était interrogé ce mercredi en commission de l'Intérieur de la Chambre sur le trafic présumé de visas humanitaires dans le cadre de sa politique de relocalisation de chrétiens de Syrie.Un membre du Parlement interrogé par d'autres membres du Parlement, la situation n'est pas banale. Beaucoup de choses ont été débattues pendant ces heures et demie de commentaires et de questions. Francken a dirigé le secrétariat d'État à l'Asile et aux Migrations pendant des années. C'est sous sa responsabilité que Melikan Kucam, conseiller communal N-VA à Malines, s'est probablement fait beaucoup d'argent en aidant quelque 200 chrétiens d'Orient à obtenir un visa humanitaire pour fuir la Syrie. Des sommes de 2.000 à 10.000 euros sont évoquées. Kucam agissait comme une personne de confiance. Résultat : la liste de noms des chrétiens a été approuvée par le cabinet Francken sans trop de vérifications. Entretemps, Kucam est en prison. Mardi, on apprenait que son arrestation était en fait l'aboutissement d'une enquête à grande échelle sur le crime organisé. L'audition de mercredi était d'autant plus d'actualité. Le député écologiste Wouter De Vriendt a immédiatement lancé à l'ex-secrétaire d'Etat : " Si vous étiez encore membre du gouvernement, vous auriez dû démissionner."Mais Francken ne s'est pas laissé impressionner. Il avait bien préparé sa défense. Le membre de la N-VA a montré deux visages. D'une part, il s'est présenté comme l'homme politique déterminé de l'ex- gouvernement Michel que nous connaissons depuis quatre ans. Il a demandé aux parlementaires de " ne pas calomnier " sa déclaration selon laquelle la Belgique avait " sauvé ces personnes des griffes de l'IS et d'Al-Nusra".Francken s'est défendu de tout favoritisme, même s'il assume le choix d'avoir rapatrié des chrétiens. "Les plus vulnérables parmi les minorités religieuses en Syrie", a-t-il souligné, s'appuyant sur les résolutions du parlement en faveur des minorités. Francken avoue que la manière dont il a agi, en faisant appel à des intermédiaires, était vulnérable. Il a répété l'adage qu'il avait déjà fait circuler sur les médias sociaux : "La pire chose que j'ai faite dans ma vie, c'est de faire confiance aux gens. Et la meilleure chose que j'ai faite dans ma vie, c'est de faire confiance aux gens."Si les éléments découlant de l'enquête au sujet de Melikan Kucam sont avérés, c'est "impardonnable" mais "je défends à 100% ma politique", a indiqué Francken, avouant toutefois se poser de nombreuses interrogations. "Ai-je fait une erreur ?", demande-t-il à voix haute. Le membre de la N-VA a donc planché sur des points d'amélioration de la procédure en mettant la priorité sur le "screening" plus approfondi des intermédiaires dans la procédure d'octroi des visas humanitaires. Car il est évident que son cabinet n'a pas explicitement effectué ce contrôle. Tout cela remonte à la première personne qui a ouvert le corridor humanitaire: l'ancien diplomate Mark Geleyn. Francken pensait que ce serait absurde de "screener" un homme d'un tel statut, avec comme conséquence que des personnes comme Melikan Kucam sont entrées dans la danse. "J'aurais peut-être dû approfondir l'examen de leur profil de toute façon ", concède Francken. "Ne serait-ce que pour me couvrir politiquement". A partir de là, Theo Francken montre ses deux visages : l'un assume pleinement sa méthode, l'autre y décèle d'importantes lacunes.Les parlementaires n'ont pas été satisfaits des arguments de l'ancien Secrétaire d'État. Francken est certes toujours le politicien le plus populaire de Flandre, mais aussi vu comme un mouton noir. De nombreux députés ont pris le temps d'émettre leurs commentaires et Francken n'a eu que peu de temps pour y répondre.Les questions les plus importantes concernaient les rumeurs entendues dans le courant du mois d'octobre et décembre au sujet d'un tel trafic de visas. Pourquoi le membre de la N-VA n'est-il pas immédiatement allé au tribunal ou à la police pour le dénoncer ? Après tout, c'était de son propre service qu'il s'agissait. A la grande frustration des politiciens, Francken n'a pas pu répondre à ces questions. "Après avoir consulté mon avocat, j'ai décidé de ne pas y répondre afin de ne pas entraver l'enquête."La manière dont Melikan Kucam est entré en contact avec le cabinet Francken reste aussi une question sans réponse, ainsi que la raison pour laquelle il n'y a pratiquement pas eu de contrôle sur la 'vulnérabilité' des personnes qui figuraient sur la liste de Kucam. Cependant, le contrôle a bien été effectué avec les personnes qui ont été rapatriées en Belgique par l'organisation Sant'Egidio.A l'issue de cette audition, de nombreux parlementaires sont restés sur leur faim. La tempête politique autour de l'affaire des visas s'est largement calmée. A l'heure actuelle, l'attention est davantage portée sur les marches climatiques des jeunes et le débat citoyen sur le climat. Pourtant, l'histoire n'est pas encore tout à fait terminée et il y a toujours cette enquête judiciaire en cours. Maggie De Block (Open VLD), qui succède à Francken, mène également sa propre enquête administrative interne sur ses méthodes de travail. Cette enquête suit son cours, De Block paraîtra la semaine prochaine en session parlementaire. Patrick Dewael, de l'Open VLD, a même suggéré qu'une deuxième audition avec Theo Francken serait programmée si l'enquête de la ministre De Block donnait des résultats. Pas anodin à l'approche des élections du 26 mai. Autre élément important à souligner: Maggie De Block est une concurrente directe de Theo Francken dans le Brabant flamand. En d'autres mots, l'enjeu politique est grand.