Supporters des Diables Rouges et aficionados de la Champions League, c'est elle qui vous accueille le soir sur le petit écran. Une femme, oui. " Mais je ne veux en aucun cas être un symbole, déclare tout de go Anne Ruwet. Je veux qu'on me juge sur mes qualités, c'est tout, et je travaille énormément pour être crédible. " Cette Liégeoise, qui vit aujourd'hui à Bruxelles, a démarré sa carrière à Standard TV. Elle est arrivée à RTL-TVI sur recommandation de Stéphane Pauwels. Elle y occupe le devant de la scène depuis la rentrée, en raison des ennuis judiciaires de son mentor. De cela, pas un mot, car le sujet est devenu un tabou au sein de la chaîne privée. Au sujet du foot, en revanche, elle est intarissable.
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Supporters des Diables Rouges et aficionados de la Champions League, c'est elle qui vous accueille le soir sur le petit écran. Une femme, oui. " Mais je ne veux en aucun cas être un symbole, déclare tout de go Anne Ruwet. Je veux qu'on me juge sur mes qualités, c'est tout, et je travaille énormément pour être crédible. " Cette Liégeoise, qui vit aujourd'hui à Bruxelles, a démarré sa carrière à Standard TV. Elle est arrivée à RTL-TVI sur recommandation de Stéphane Pauwels. Elle y occupe le devant de la scène depuis la rentrée, en raison des ennuis judiciaires de son mentor. De cela, pas un mot, car le sujet est devenu un tabou au sein de la chaîne privée. Au sujet du foot, en revanche, elle est intarissable. " Le football, c'est ma passion depuis toute petite, grâce à ma famille. Mes parents étaient des inconditionnels du Standard. Et mon arrière-grand-mère tricotait déjà des écharpes rouge et blanc ! On l'a dans le sang. Mon papa était très doué pour ce sport, mais mon grand-père l'a freiné parce qu'il considérait que le foot, ce n'était pas un métier. A l'époque, ça pouvait se comprendre. Il a donc travaillé dans les assurances, mais en gardant le sentiment qu'il aurait pu jouer à un haut niveau. " Dès ses 12 ans, Anne Ruwet se rend tous les quinze jours au stade de Sclessin avec ses parents et sa soeur, et effectue parfois en car les déplacements pour les matchs à l'extérieur. Certains leur font parfois remarquer que ce n'est pas un milieu pour deux petites filles. " Mais c'est une aventure familiale qui nous a soudés. Et nous avons reçu une éducation à côté de ça, nous ne sommes pas devenues des sauvages pour autant. Mon compagnon ( NDLR : Thibaut Roland, journaliste à la RTBF) est lui aussi un passionné de ballon rond. " La jeune Anne décide de faire des études de journalisme pour travailler dans le domaine du sport. " A mes yeux, c'était un milieu générateur d'émotions fantastiques, où des gens de tous horizons, de tous âges, vibrent au même moment. Je voulais absolument en savoir plus. Mes parents m'ont toujours soutenue. Mais mes débuts n'ont pas été faciles parce qu'il n'y a pas beaucoup de femmes dans ce milieu, il n'y avait pas vraiment d'exemples à suivre et j'ai dû me battre. Pendant mes études, quand il s'agissait de choisir un stage, on me demandait si je n'opterais pas pour un autre créneau que le sport alors que, non, c'est ce que je voulais vraiment faire ! Ce qui est compliqué aussi, en tant que femme, c'est qu'on n'a vraiment pas le droit à l'erreur lorsqu'on est à l'antenne. Avec les réseaux sociaux, aujourd'hui, en plus... Quand je croise des jeunes filles qui veulent exercer ce métier, je leur conseille de commencer sur une télé locale et de gravir les échelons petit à petit. " Anne Ruwet évoque alors ses premiers pas à Standard TV. " Je m'y suis pris les claques du début, sans trop de pression, et j'ai pu progresser. " Elle avoue, en outre, être du genre à se remettre " tout le temps en question. Je ne travaille jamais sur mes acquis. J'essaie de réunir un maximum de statistiques et de données pertinentes pour préparer les émissions et avoir de la juste répartie face à nos consultants. " Qui sont, eux, tous des hommes. Une femme, insiste-t-elle, ne doit pas être un symbole. " J'ai toujours trouvé gênant le système de quotas, lors des élections par exemple. Il est sain qu'on choisisse quelqu'un pour ses compétences et pas pour son sexe. " Il en va de même pour le sport féminin à la télévision : ce ne doit pas être un prétexte, il doit être diffusé lorsqu'il rencontre un public. " Je ne suis absolument pas féministe pour être féministe. Ce n'est vraiment pas ma personnalité. Il faut arrêter de focaliser l'attention sur la femme à la télé. Si on le fait, c'est qu'il y a un problème. " Le foot ? C'est devenu un phénomène. Lors du dernier Islande-Belgique, le 11 septembre, un homme belge sur deux a regardé la rencontre. " Les gens ont sans doute besoin de rêver parce que leur quotidien est un peu délicat. Mais les matchs de foot, ce sont les scénarios les plus incroyables. Ce que je préfère, c'est ce qui se passe en amont. J'aime me demander comment Romelu Lukaku se sent quand il n'a plus marqué depuis quatre matchs, comment un entraîneur réagit lorsqu'il est sur la sellette. Voilà ce qui fait l'essence du football, qui est un jeu, mais aussi une grande épopée humaine. Cette dramatisation est prodigieuse, elle peut mettre le public dans des états inimaginables. Un but cristallise tout. " Et de poursuivre : " Je me souviens de moments fabuleux, quand le Standard a tenu bon face à Liverpool en Ligue des champions, en 2008. Les petits Belges se sont soudain rendu compte qu'ils pouvaient faire trembler les géants. J'ai apprécié de vivre ça de l'intérieur. De jeunes joueurs, comme Fellaini ou Witsel, restaient pourtant d'un calme, d'une zen attitude... Ils jouaient aux cartes dans le car du retour. La Coupe du monde en Russie et la victoire contre le Brésil, l'été dernier, ont aussi prouvé qu'on pouvait faire de grandes choses. Ça montre à la population belge et à la jeunesse qu'on peut se redresser, être fiers. Je pense vraiment que le football est plus qu'un sport. Quand j'étais au Standard, on disait même que les ouvriers de Cockerill travaillaient mieux au lendemain d'une victoire des Rouches. Jean-Michel Saive, notre champion de ping-pong, racontait récemment sur notre plateau que les succès des Diables Rouges ont eu un effet boule de neige sur les autres sports. " En athlétisme, en basket, en hockey, ce n'est pas un hasard si les sportifs belges multiplient aujourd'hui les exploits. Anne Ruwet ne se lasse jamais de ce spectacle. Elle suit assidûment le championnat de Belgique tous les week-ends. " Il y a une proximité très agréable et une dramatisation tout aussi forte. Même si je comprends que les gens soient attachés à la Champions League parce que là, il y a des stars... " Ses étoiles à elles ne sont pas forcément les génies du ballon, mais plutôt des artisans qui se surpassent. " J'ai du respect pour ceux qui se battent avec leurs armes, qui mouillent leur maillot et qui sont l'âme d'un club. On critique pour leur système de jeu des entraîneurs comme Diego Simeone, de l'Atletico Madrid, mais sur le bord du terrain, ce sont eux qui font le spectacle ! Roberto Martinez, l'entraîneur des Diables, lui, j'aimerais le voir chanter La Brabançonne, s'énerver sur le banc et sortir de ce cadre très contrôlé de dandy qui est le sien. Ça participe à la magie du sport. " Parmi les biographies de sportifs qu'elle a dévorées, la journaliste cite Ma vie pour une étoile, d'Aimé Jacquet, entraîneur de l'équipe de France qui a remporté la Coupe du monde 1998. " C'était intéressant de faire le parallèle avec le sélectionneur actuel, Didier Deschamps. Jacquet raconte, avec le recul, comment il a vécu le fait d'avoir été fortement critiqué au départ pour la gestion de son groupe, comment il avait dû faire des choix de sélection difficiles, notamment en écartant Eric Cantona. " En guise de préface, Aimé Jacquet résume la philosophie de ce récit : " Je n'ai qu'un souhait, si mon nom reste associé à ces moments magiques. Que l'on dise plus tard que cet honnête homme a bien fait son travail. " L'attrait de l'étranger et de l'argent a changé le sport. " C'est le reflet de notre société. Tout, aujourd'hui, semble trop accessible. Prenez la téléréalité : on a l'impression que les jeunes n'ont qu'à claquer des doigts pour paraître sur le petit écran. C'est la même chose pour les joueurs de foot. Il faut rappeler aux jeunes qu'il faut garder les pieds sur terre, qu'il faut beaucoup de travail pour réussir. Récemment, un stagiaire nous demandait quand il passerait à l'antenne. Mais ça ne se passe pas comme ça : il faut des projets, arriver au bon endroit et au bon moment. " Inévitablement, on pense aussi à la récente interview de Lukaku accordée à The Players Tribune, dans laquelle il racontait la pauvreté du milieu familial dans lequel il a grandi. " On ne souhaite à personne de vivre ça. Mais ça permet peut-être d'être confronté à la réalité. " Les écoles de football et les entraîneurs, souligne Anne Ruwet, ont un vrai rôle à jouer au vu des masses d'argent qui circulent. " Je peux comprendre ceux qui trouvent ça malsain, qui se demandent quand on va dire stop. Mais moi, j'oublie la facette business du foot, j'ai envie de garder un côté naïf, je ne veux pas polluer mon esprit avec ça. " C'est vrai, le contact avec les joueurs n'est plus le même qu'avant, reconnaît-elle. " Des journalistes regrettent cette époque où on menait des interviews dans les vestiaires. Il faut vivre avec son temps. Il y a de plus en plus de caméras, de médias avec le Web... Tout journaliste sportif devrait passer par un club pour comprendre pourquoi ceux-ci mettent des limites. Quand la presse ou des supporters critiquent sèchement un joueur, ils ne sont pas forcément conscients que ses faibles prestations sont peut-être dues au fait qu'il vit des moments familiaux difficiles. Le football doit rester un sport. Peut-être est-ce ma sensibilité féminine qui me fait réagir comme ça, mais je tente de rester respectueuse. Et je suis consciente de l'énorme chance que j'ai de vivre ce que je vis en ce moment. La pression est forte avec les réseaux sociaux mais, pour l'instant, je suis épargnée. Quand je vois comment certains se font détruire, je ne sais pas comment ils résistent. Bien que certains aiment sans doute qu'on parle d'eux, que ce soit en positif ou en négatif. " La marque de fabrique d'un certain Stéphane Pauwels. Hors des studios, Anne Ruwet est aussi une sportive " compulsive ", de l'avis même de ses collègues de plateau. " Je n'ai jamais voulu pratiquer un sport collectif. Sans doute parce qu'une émission de télévision, c'est déjà un travail collectif énorme, avec une interaction incessante. On n'y est rien sans personne. Voilà peut-être pourquoi je ne pratique que des sports individuels. Et j'ai des cycles : du kick-boxing durant quelques mois, quand je vivais des moments plus difficiles avec certains collègues, du spinning, de l'aquabike et, pour l'instant, du body sculpt (qui n'est jamais qu'un autre nom pour l'aérobic). C'est un moyen de se défouler, de se donner un maximum au niveau cardio et d'atteindre un certain équilibre. Pendant quelques heures, je mets mon cerveau en mode off et je ne pense qu'à moi, je me retrouve dans ma bulle. C'est essentiel dans ma vie. Ça me permet aussi de me muscler parce que je suis assez petite, assez fine, et j'ai envie d'avoir une certaine carrure pour m'imposer dans ce milieu masculin. C'est peut-être aussi une manière de travailler ma confiance en moi. Je dois arrêter de me poser en permanence quinze mille questions. " Le doute, elle le sait, est aussi ce qui permet d'avancer dans la vie, quand il ne paralyse pas. " C'est aussi essentiel dans ce milieu. Parce que la télé peut faire perdre la tête à certains. " Pour autant, Anne Ruwet ne cherche pas la performance. " L'aspect compétitif et rigoureux, je le laisse pour mon travail. Le sport, c'est un moyen de lâcher prise. Je ne veux pas avoir l'obligation de courir à tout prix huit kilomètres pour préparer un marathon. Si j'ai envie de le faire, je le fais... " Mais le sport, conclut-elle, " c'est 100 % de ma vie ".