Pour faire court : Mouammar Kadhafi, renversé et lynché le 20 octobre 2011, a placé sa fortune (400 milliards de dollars) à travers le monde ; sept mois avant la chute du chef de l'Etat libyen, le Conseil de sécurité de l'ONU décrète le gel international de ses avoirs ; l'équivalent d'au moins 14 milliards d'euros, en titres et cash, sont dès lors bloqués en Belgique, dans quatre institutions bancaires (BNP Paribas Fortis, ING, KBC et surtout Euroclear Bank), jusqu'à nouvel ordre ; en mars dernier, Le Vif/L'Express révèle que la justice belge a voulu saisir, le 23 octobre 2017, l'intégralité des milliards gelés (qu'elle suspect...

Pour faire court : Mouammar Kadhafi, renversé et lynché le 20 octobre 2011, a placé sa fortune (400 milliards de dollars) à travers le monde ; sept mois avant la chute du chef de l'Etat libyen, le Conseil de sécurité de l'ONU décrète le gel international de ses avoirs ; l'équivalent d'au moins 14 milliards d'euros, en titres et cash, sont dès lors bloqués en Belgique, dans quatre institutions bancaires (BNP Paribas Fortis, ING, KBC et surtout Euroclear Bank), jusqu'à nouvel ordre ; en mars dernier, Le Vif/L'Express révèle que la justice belge a voulu saisir, le 23 octobre 2017, l'intégralité des milliards gelés (qu'elle suspecte de blanchiment), mais qu'il n'y en avait plus que cinq ; en mai, des experts de l'ONU débarquent à Bruxelles, pour vérifier si l'argent ainsi que ses intérêts et dividendes sont toujours bien gelés ; et en ce mois de septembre, les experts concluent que la Belgique a violé les sanctions des Nations unies en ayant libéré, depuis sept ans (sous les gouvernement Di Rupo et Michel donc), un total de 1,5 milliard d'euros, au moins, au bénéfice de la Libyan Investment Authority (LIA), le fond souverain libyen contrôlé à l'époque par le clan Kadhafi et qui apparaît aujourd'hui infiltré par l'un des deux principaux groupes armés se déchirant à Tripoli ; ces mêmes experts considèrent que, au vu de l'instabilité régnant en Libye (plus de 100 morts et 400 blessés depuis un mois rien que dans la capitale, dans des combats entre différentes factions), de l'existence de différends portant sur l'autorité de la LIA et de l'absence de mécanisme de surveillance, " cette situation peut engendrer des malversations ou des détournements de fonds ". Interrogé après la publication de nos informations, il y a six mois, Didier Reynders, ministre MR des Affaires étrangères, s'était borné à les qualifier de " fake news ". Son collègue aux Finances, le N-VA Johan Van Overtveldt, se retranche, lui, derrière une interprétation différente des règlements internationaux. L'opposition parle d'" affaire d'Etat ". Et les questions restent sans réponses : qui a décrété le dégel de ces intérêts ? Pourquoi ? Entre les mains de qui ont-ils précisément abouti, alors que la France souhaite que le Conseil de sécurité de l'ONU impose des sanctions aux milices qui s'affrontent à Tripoli ? Où se sont évaporés les dix milliards que la justice belge n'a pu saisir ? Quel rôle a joué et joue réellement Didier Reynders, lui qui était aux... Finances en 2011 ? Une commission d'enquête parlementaire peut signifier l'enterrement de première classe d'un dossier délicat, plus souvent qu'elle ne permet d'en dévoiler toutes les vérités. Mais, dans ce cas-ci, l'importance des sommes dégelées et disparues, leurs origines et leurs nouvelles destinations, le poids des enjeux libyens (en matière de traite de migrants, notamment) et le manque flagrant de transparence fourni par deux des hommes forts du gouvernement belge sont tels qu'il semble d'ores et déjà indispensable d'en constituer une. Sans attendre la prochaine législature.