De quelles réalisations le CD&V est-il fier aujourd'hui ? De la réduction des charges pour la construction. Et d'une adaptation de la période d'essai. Heureusement que le vice-premier ministre CD&V Kris Peeters nous les a rappelées, car elles sont éclipsées par les accomplissements du MR, de l'Open VLD et de la N-VA : le tax shift et la baisse de l'impôt sur les sociétés. Le manque de réalisations du CD&V n'en est que plus douloureux : la solution pour les épargnants Arco, par exemple, promise depuis 2014. Ou la taxe sur les comptes-titres que le parti a exigée en échange de l'impôt sur les sociétés.
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De quelles réalisations le CD&V est-il fier aujourd'hui ? De la réduction des charges pour la construction. Et d'une adaptation de la période d'essai. Heureusement que le vice-premier ministre CD&V Kris Peeters nous les a rappelées, car elles sont éclipsées par les accomplissements du MR, de l'Open VLD et de la N-VA : le tax shift et la baisse de l'impôt sur les sociétés. Le manque de réalisations du CD&V n'en est que plus douloureux : la solution pour les épargnants Arco, par exemple, promise depuis 2014. Ou la taxe sur les comptes-titres que le parti a exigée en échange de l'impôt sur les sociétés.Cette taxe sur les comptes-titres était d'ailleurs déjà un cache-misère, car le CD&V oeuvre à une réforme approfondie de l'impôt sur les personnes, la dual income tax. Celle-ci permet, comme en Scandinavie, de taxer les revenus de travail et de la fortune de manière simple. Ce système est également plébiscité par de nombreux experts. Pourtant, le CD&V ne réussit pas à l'instaurer et ce ne sera pas pour cette législature : "Il reste trop peu de temps", déclare Kris Peeters. Il est d'ailleurs étonnant qu'à l'ère du gouvernement Di Rupo, quand ils livraient les ministres de Finances, ils n'aient pas mis la dual income tax à l'oeuvre. Les chrétiens-démocrates auraient pu se reposer pendant des années sur les lauriers d'une telle réforme de notre système fiscal. Tout comme le font l'Open VLD et la N-VA sur le tax shift et l'impôt sur les sociétés plus bas. Ces dernières semaines, le CD&V a poussé à la démission de Theo Francken (N-VA) après les révélations sur les tortures infligées à des Soudanais expulsés et de possibles déclarations mensongères du Secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration sur le sujet. "Votre crédibilité est votre bien le plus important", a déclaré le président du CD&V Wouter Beke. "Si celle-ci est atteinte, il faut en tirer ses conclusions." C'est ainsi qu'il fait de Francken un bouc émissaire, à l'incompréhension du coryphée sp.a Louis Tobback. "Si les choses tournent mal pour certaines de ces personnes renvoyées, cela relève de la responsabilité collective de toute la majorité. Donc de tout le gouvernement, de tous les ministres, et aussi de tous les parlementaires de la majorité qui ont laissé faire."Entre-temps, Rik Van Cauwelaert révélait au quotidien De Tijd qu'en novembre 2014 ledit Processus de Khartoum a été lancé lors d'une réunion ministérielle à Rome ; un an plus tard il a été confirmé lors du sommet Europe-Afrique sur la migration à La Valette à Malte, en présence de tous les ténors européens : sans aucune référence aux droits de l'homme "les bourreaux du régime du criminel de guerre soudanais Omar Hassan el-Bechir ont été engagés et payés pour freiner la vague de migration vers l'Europe". Les chefs de groupe des grandes familles politiques au Parlement européen ont laissé faire. Notre gouvernement fédéral l'a approuvé et le parlement n'a pas posé de questions. Cela n'a pas empêché le parlementaire européen Ivo Belet (CD&V) de répéter avec insistance à la VRT que "Francken aurait évidemment dû démissionner depuis longtemps". À la question évidente de la sortie du CD&V du gouvernement en cas de non-démission de Francken, il a répondu : "Il faut poser la question à Wouter Beke". Il a donc renvoyé la patate chaude à son président. Alors qu'il aurait pu simplement reprendre la communication affaiblie du parti : "Nous attendons le rapport de ce qui s'est passé au Soudan".Le président de la N-VA Bart De Wever a senti l'opportunité. Il a rapidement établi que si les autres partis de la majorité manoeuvrent de manière à provoquer la démission de Francken, la N-VA se retirera du gouvernement. Il a placé le CD&V dans un coin. Le parti ne peut qu'en sortir perdant. Soit il continue à insister pour que Francken démissionne, et la N-VA quitte le gouvernement. Alors, on ira vers des élections anticipées. Soit le CD&V n'insiste plus pour qu'il démissionne - et alors les déclarations récentes n'étaient que des menaces en l'air, et on attend le prochain incident."Votre crédibilité est votre bien principal" : cette déclaration vaut évidemment aussi pour le CD&V. Quand Hilde Crevits succédera à Wouter Beke, elle héritera d'un parti en triste état.