Pour Damien Ernst, spécialiste des réseaux électriques intelligents (" smart grids ") et professeur au département de génie électrique et informatique de l'ULg, la transition énergétique des villes à l'horizon 2030 doit se concentrer sur deux axes : la mobilité et la consommation énergétique des bâtiments. " L'enjeu des postes d'éclairage se résout peu à peu de lui-même avec les lampes LED ", explique le chercheur. Pour le chauffage et l'air conditionné, c'est autre chose.
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Pour Damien Ernst, spécialiste des réseaux électriques intelligents (" smart grids ") et professeur au département de génie électrique et informatique de l'ULg, la transition énergétique des villes à l'horizon 2030 doit se concentrer sur deux axes : la mobilité et la consommation énergétique des bâtiments. " L'enjeu des postes d'éclairage se résout peu à peu de lui-même avec les lampes LED ", explique le chercheur. Pour le chauffage et l'air conditionné, c'est autre chose. " Il y a très peu de développement d'énergie renouvelable dans les villes, et cela est lié au contexte régulatoire. Dans les immeubles à appartements, nombreux dans les villes, il faut non seulement que la copropriété se mette d'accord pour installer des solutions de capture de l'énergie solaire mais, surtout, que les habitants puissent se regrouper au sein d'une coopérative énergétique. Mais pour l'instant, ce n'est pas possible puisqu'on ne peut pas légalement avoir un compteur unique pour l'immeuble comme avec l'eau. C'est un frein à l'autoconsommation ; or, la partie autoconsommée est la plus intéressante d'un point de vue financier... Il y a donc d'abord un changement régulatoire à opérer. " Une condition simple pour booster la transition énergétique que les politiques semblent nombreux à ne pas connaître... même si Damien Ernst s'est chargé de glisser l'idée à l'oreille du bourgmestre Willy Demeyer (PS). " Ne nous leurrons pas : 2030, c'est demain ! rappelle le chercheur. On ne va pas pouvoir d'ici là opérer une isolation massive de tous les immeubles et de toutes les maisons à Liège. Il faut donc aussi miser sur les cogénératrices en remplacement des chaudières au gaz. " Dans le cadre de la dynamique " Réinventons Liège " , la Ville a par ailleurs proposé la création de ZBE (zones de basses émissions), dans lesquelles les véhicules ne pourraient pénétrer que s'ils respectent certaines conditions en matière d'émission de particules fines. Pour Damien Ernst, il faudrait tout bonnement envisager l'interdiction des véhicules à essence dès 2025. " Les raisons pour lesquelles les gens fuient les centres urbains, c'est en grande partie la pollution et le bruit. Or, un véhicule électrique ne pollue pas et fait beaucoup moins de bruit qu'un véhicule à essence. Pour la ville, la voiture électrique est une occasion unique de gommer un des désavantages qu'elle avait par rapport à la campagne. " L'installation dans les caves des immeubles de batteries capables de stocker l'électricité fournie par des panneaux solaires ou par le réseau électrique au moment où le prix est le plus bas serait alors nécessaire. " Admettons même qu'on mette des bornes de recharge partout : le réseau électrique ne suivra pas forcément. Les batteries dans les caves permettent, elles, de produire localement de l'électricité et d'entrer dans une stratégie de recharge smart ". De la cave au toit, les bâtiments publics devraient donner le la. " Travailler sur l'enveloppe de ces bâtiments est plutôt bienvenu à Liège puisque la plupart d'entre eux ont été construits dans les années 1960-1970 avec des performances énergétiques très mauvaises et une architecture un peu douteuse... ", estime Damien Ernst. " Les normes actuelles de construction exigent de toute manière de très hauts standards énergétiques pour les nouveaux bâtiments. Le véritable enjeu concerne donc les rénovations. "