Dès 1948, au congrès du Mouvement européen de La Haye, quelques idéalistes rêvent déjà d'un mégascrutin. Trois ans plus tard, sur les fonts baptismaux de la Communauté européenne du charbon et de l'acier, une " Assemblée commune " voit le jour. Mais pour l'heure, cette autorité de contrôle n'est composée que de délégués des parlements nationaux. Et elle ne dispose pas de grands pouvoirs.
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Dès 1948, au congrès du Mouvement européen de La Haye, quelques idéalistes rêvent déjà d'un mégascrutin. Trois ans plus tard, sur les fonts baptismaux de la Communauté européenne du charbon et de l'acier, une " Assemblée commune " voit le jour. Mais pour l'heure, cette autorité de contrôle n'est composée que de délégués des parlements nationaux. Et elle ne dispose pas de grands pouvoirs. En 1958, à la suite des Traités de Rome, l'instance devient " Assemblée parlementaire européenne ". Mieux : elle se voit chargée de réfléchir à une future élection au suffrage universel. En mai 1960, l'assemblée vote une résolution en ce sens. Le rapport de Fernand Dehousse - un Belge ! - est très clair : " Ce qui fait défaut aux Communautés européennes, c'est le soutien populaire, le sentiment partagé que le cadre national est trop étroit et que c'est dans les Communautés que va prendre forme l'avenir, si l'Europe doit avoir un avenir. " Le texte est joli. Mais il est superbement ignoré par les ministres nationaux. Légère compensation : l'assemblée change de nom. Et devient " Parlement européen ". L'idée d'un scrutin direct rejaillit à la fin des années 1960. Et encore au milieu des années 1970. Objectif : redonner du souffle à une construction qui s'épuise. Mais les difficultés ne manquent pas. Combien de sièges offrir à chaque Etat ? Et comment, pratiquement, organiser le vote ? Prévues au printemps 1978, les premières élections ne se tiendront finalement qu'en juin 1979. L'objectif consiste clairement à favoriser le sentiment européen. Mais dans les faits, c'est compliqué. Pour l'heure, il n'existe pas de véritable formation politique transnationale. Ni de réels programmes intégrés. Et encore moins de dispositions électorales communes. Selon les Etats, le scrutin sera majoritaire ou proportionnel, libre ou obligatoire, organisé dans des circonscriptions uniques ou multiples... Surtout, dans bien des pays, ce sont les préoccupations intérieures qui guideront les électeurs. Le jeudi 7 juin, Néerlandais, Britanniques, Irlandais et Danois ouvrent le bal. Trois jours plus tard, les citoyens des cinq autres Etats membres suivent. Au total, plus de 110 millions d'Européens s'expriment. Proportionnellement, les Italiens sont les plus nombreux à se mobiliser (85,5 % de taux de participation), et les Britanniques les moins motivés à sortir de chez eux (32,6 %). En Belgique, le traumatisme postpacte d'Egmont colore le scrutin. L'ancien Premier ministre Leo Tindemans réalise un carton et entre dans l'histoire comme " Monsieur 1 million de voix ". A ses côtés, parmi les élus, on trouve Charles-Ferdinand Nothomb, Antoinette Spaak ou Anne-Marie Lizin. Fort de ses 410 membres et de sa légitimité démocratique, le Parlement européen élargira, au fil du temps, le champ de ses compétences. Mais il ne parviendra jamais totalement à combler le fossé entre Bruxelles et les Européens.