Les virologues belges s'inquiètent des éventuelles conséquences, sur les chiffres de l'épidémie de coronavirus de la manifestation contre le racisme qui a eu lieu à Bruxelles ce dimanche 7 juin.
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Les virologues belges s'inquiètent des éventuelles conséquences, sur les chiffres de l'épidémie de coronavirus de la manifestation contre le racisme qui a eu lieu à Bruxelles ce dimanche 7 juin. Selon le professeur en Santé publique à l'ULB, Yves Coppieters, même si la courbe épidémique diminue, ce bain de foule était, selon ses dires, "une très mauvaise idée ". "Cette manifestation est un évènement à risque élevé de transmission", nous explique-t-il.Suite à différentes études, il apparaît, en effet, de plus en plus évident que le Covid-19 se propage de manière optimale dans les chorales, les églises, les restaurants, les bars, ou encore, au cours de matchs de football. Des événements de foule qualifiés de "superpropagateurs", c'est-à-dire qu'une seule "superpropagation" peut infecter un grand nombre de personnes. "A ce stade du déconfinement, il est difficile de quantifier l'impact de la manifestation de ce dimanche sur l'épidémie. Il faudra attendre quelques semaines pour le savoir. Elle s'est déroulée à un moment où de nombreux autres secteurs rouvrent, l'horeca, les écoles, les entreprises, les salles de sport... C'est ici que le traçage des personnes contaminées va être crucial afin de pouvoir déterminer les foyers épidémiques à des endroits bien spécifiques. A ce stade, on doit être en mesure de savoir où des personnes ont éclaté, voire "super" éclaté leur bulle." Yves Coppieters enjoint les personnes présentes à la manifestation à être encore plus conscientes de leur état et de respecter au maximum les gestes barrière dans les 14 prochains jours, soit le temps de l'incubation. "Les personnes éventuellement porteuses du virus ont dû se 'dissoudre' dans la masse, mais il suffirait d'un 'super transmetteur' au sein de cette manifestation pour que de nombreuses personnes qui gravitaient autour de lui soient contaminées", prévient-il. "Il suffit d'un 'supertransmetteur'" Le professeur critique aussi l'endroit où s'est tenue la manifestation et le fait que les organisateurs ont été dépassés par le nombre de personnes présentes, beaucoup plus élevé que prévu. "La Place Poelaert n'est pas un endroit assez dégagé dans la situation actuelle. " Il salue toutefois la distribution de 4000 masques par les autorités de la Ville de Bruxelles et le fait que la plupart des manifestants en portaient un, même si la distanciation sociale est impossible dans ce type d'évènements.Il est en effet beaucoup plus difficile pour un virus de se propager dans l'air frais extérieur, où souffle généralement une légère brise, que dans des espaces confinés. Des études ont également démontré que le nouveau virus, comme le virus de la grippe, devient moins puissant lorsqu'il est exposé aux UV. Il est quand même possible d'attraper le virus en plein air en présence prolongée aux côtés d'une autre personne. Par ailleurs, un avantage possible de la manifestation de Black Lives Matters est que l'âge moyen des participants était relativement bas et que cet âge n'appartient pas au groupe à risque. D'autres experts belges ont donné leur avis et émis leur inquiétude suite à cette manifestation, sans pour autant en critiquer le message. C'est le cas du virologue Emmanuel André, ancien porte-parole du centre de crise dans le cadre de la pandémie de coronavirus qui vient de démissionner de son rôle de coordinateur du 'tracing'. Il a réagi avec le message suivant sur Twitter:"Mortel il y a deux mois"Le virologue Marc Van Ranst est lui plus catégorique. Il déclare au Morgen: "Aujourd'hui, nous pouvons nous permettre davantage de choses, mais certainement pas un rassemblement de 10.000 personnes. Il y aura certainement des gens malades à la suite de ces événements." "C'était un très grand risque. Je regrette que tant de gens se soient rassemblés. Epidémiologiquement, nous ne sommes pas prêts", a de son côté commenté Erika Vlieghe, la présidente du GEES, le groupe d'experts qui préside au déconfinement du pays. Erika Vlieghe prévient que de telles réunions de masse ne peuvent être répétées. "C'est un risque très important. On peut le constater dans le nombre d'infections.""Evènement exceptionnel"Quant à l'épidémiologiste Marius Gilbert, s'il admet qu'il y a bien un risque, "il n'est pas lié qu'à cet événement. Il y a une série d'activités qui reprennent ce lundi". "De façon plus générale, je pense que tout l'enjeu de ce déconfinement jusqu'à présent n'a jamais été d'être à un risque zéro. On cherche toujours à équilibrer un risque sanitaire avec la reprise d'un certain nombre d'activités", a-t-il expliqué à la RTBF. "Je pense que l'exercice de valeurs démocratiques fondamentales en fait partie. Il ne faut pas toujours s'emparer d'arguments sanitaires pour en faire des questions politiques", a poursuivi Marius Gilbert. "Le fait d'autoriser ou non une telle manifestation est évidemment une question éminemment politique, plus qu'une question sanitaire. La recommandation d'éviter les grands groupes est toujours en cours. Et le rassemblement de dimanche allait à l'encontre de cela. Mais il faut quand même admettre que du point de vue des valeurs démocratiques, il y avait un événement exceptionnel", a-t-il conclu.Des hommes politiques, tels que la ministre de la Santé Maggie De Block (Open VLD) et le ministre-président flamand Jan Jambon (N-VA) ont utilisé les mots "dangereux" et "irresponsable" pour qualifier cette manifestation. Philippe Close (PS), bourgmestre de la Ville de Bruxelles, est fortement critiqué par les libéraux pour l'avoir autorisée. Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, et la Première ministre, Sophie Wilmès, se sont étonnés de la tenue d'un tel rassemblement alors que cela reste toujours interdit en raison de l'épidémie de coronavirus.Aux États-Unis, où les protestations contre le racisme durent depuis un peu plus longtemps, les experts s'attendent à une première hausse des chiffres cette semaine.