mardi 19 février 2013 à 15h08
- Par amour pour sa grand-mère dépressive, le photographe Sacha Goldberger a décidé de l’immortaliser dans les situations les plus incongrues. Le succès a été quasi immédiat. Frederika Goldberger alias Mamika a désormais des amis aux quatre coins du monde.
Vous imaginez votre grand-mère la tête sous un abat-jour, une mitraillette à la main, tout schuss en haut d’un escalier, repassant un chien, fumant une saucisse, allumant une banane ou se brossant les dents avec des gants de boxe ? Pas certain hein ? Le photographe Sacha Goldberger doit être certainement l’un des rares sur terre à avoir réalisé ce fantasme.
Depuis sept ans, ce dernier a décidé de prendre des clichés très drôles de sa mamika (petite mamie en hongrois) dans des scénarios toujours plus loufoques. «Nous venons d’une famille juive d’Europe centrale. On a beaucoup d’autodérision. Dans l’humour juif, il y a une omniprésence de la mère et de la grand-mère», explique le photographe à son domicile parisien. «je trouvais cela plus rigolo de le faire de manière décalée.»
Cette expérience dans le mannequinat a eu le mérite de permettre à Frederika de reprendre goût à la vie car lorsque Sacha a décidé de lancer l’aventure, sa grand-mère n’allait pas bien. Cette femme «très active», selon les dires de son petit-fils, a travaillé jusqu’à 80 ans et s’était retrouvée comme beaucoup d’autres retraités en manque d’activité et très vite déprimée. «Les séances de shooting lui ont redonné la pêche et elle s’est prise au jeu en me suggérant des idées. Vieillir n’est pas forcément drôle. Je voulais sortir de ce cliché. Je voulais montrer qu’on peut continuer à rire même quand on est vieux.»
Comme Kate Moss, Naomi Campbell ou Gisele Bündchen, Mamika a aussi ses fans (21 000 amis) qui lui écrivent toujours plus nombreux sur son profil Facebook. Mieux, quatorze expositions et deux ouvrages lui ont déjà été consacrés. «Elle a fait cela pour me faire plaisir. C’était un petit truc de famille qui symbolisait l’amour entre moi et ma grand-mère. On a été surpris par l’ampleur que ça a pris.»
A Brooklyn avec d’autres super-héros
Récemment, Frederika s’est muée en super-héroïne lors d’une nouvelle série de photos. Vêtue d’une cape, d’un casque et de baskets dernier cri, Super Mamika est accompagnée par d’autres octogénaires et nonagénaires (Super Papika, Dark Papouka, Dark Mamika, Super Ava) dans les rues de New York : le berceau des super-héros. «Je voulais faire une série sur les super-héros à la retraite. Que deviennent-ils une fois qu’ils vieillissent ? C’est plus intéressant de les montrer fragile et avec de l’humanité.»
D’autant que tous ces personnages ont eux-aussi accompli plusieurs actions héroïques durant leur longue existence. Alexandre Halaunbrenner (Dark Poukaka) fut par exemple l’un des artisans de l’arrestation de Klaus Barbie, le chef de la Gestapo lyonnaise : la police politique du Troisième Reich. Mamika n’est pas en reste puisqu’avec son mari elle a caché et sauvé la vie de 11 personnes durant la Seconde Guerre mondiale. «Ma grand-mère a fui le nazisme et le communisme, c’est aussi est une super-héroïne», s’exclame l’artiste. Ce projet montre qu’il faut respecter les anciens et les choses qu’ils ont faites. Ce n’est pas parce qu’ils sont âgés qu’il faut tout jeter à la poubelle.» Dans une société qui a tendance à porter aux nues le jeunisme, Mamika jeune fille de 94 ans est bien la preuve vivante qu’on peut avoir une vie rock’n’roll même après la retraite.
Jacques Besnard

