Sinardet : "supprimer les subsides aux voitures de société servirait la mobilité et l'emploi"
vendredi 03 février 2012 à 07h16
Depuis des semaines, les criItiques pleuvent sur les mesures budgétaires du gouvernement. Une pluie acide de réactions assez prévisibles qui dépassent rarement les intérêts (supposés) de l'arrière-ban.

© Thinktock
Ceci ne vaut pas seulement pour les syndicats qui ont été durement critiqués. Selon l'interlocuteur, la note sera payée par les indépendants, les Flamands, les grandes entreprises, les travailleurs, les PME, les chômeurs, les médecins... Et surtout par les classes moyennes, bien entendu : une notion manifestement fort élastique et, donc, très populaire, parce que quasi tout le monde s'y reconnaît.
Naturellement, il y a des mesures désagréables pour tous. Mais peut-on faire autrement s'il faut mettre en £uvre les plus importantes économies budgétaires de ces dernières décennies ? Que le mécontentement provienne de tous côtés (encore que les syndicats soient plus négatifs que les employeurs) indique qu'un certain équilibre a été atteint. Cela n'est pas étonnant, car, à la table des négociations gouvernementales, tous ces intérêts étaient représentés par six partis allant de la gauche à la droite.
Le problème de ce budget n'est pas tellement qu'il est déséquilibré, comme on le soutient aussi bien à droite qu'à gauche, mais plutôt qu'il est trop équilibré. Il se trouve engoncé dans le carcan des équilibres entre logiques et intérêts traditionnels et ne comporte pas de réformes qui sortent de ce cadre.
Un exemple : les voitures de société. Pendant les négociations en novembre, on a discuté pendant des semaines si on économiserait 100 ou 500 millions d'euros dans ce domaine. Mais aucun parti n'a eu l'idée de revoir le système en profondeur. Ce qui s'impose pourtant.
Alors que l'on s'adonne si volontiers aux comparaisons avec le reste de l'Europe, personne ne semble se soucier du fait que la Belgique est le pays où les voitures de société sont le plus subsidiées par le contribuable (à raison de 4 milliards d'euros par an). Ainsi, disposer et faire usage d'une voiture de société est fortement stimulé par l'Etat. Un système dont l'absurdité est fustigée depuis longtemps déjà par les experts en mobilité. Ainsi, d'après une étude de l'université d'Anvers, une diminution, fût-elle faible, du nombre de voitures de société atténuerait déjà les embouteillages. Le contribuable paie donc pour les embouteillages dans lesquels il se trouve paralysé et pour les particules fines qu'il inhale. Mieux vaudrait abolir ce système.
Il est vrai que, pour les entreprises et leurs collaborateurs, les voitures de société assurent un substitut bon marché à des augmentations de salaire, les charges fiscales pesant sur l'emploi étant trop élevées dans notre pays. Or il serait parfaitement possible de supprimer les voitures de société en consacrant la totalité des milliards économisés à la réduction du coût du travail. D'une pierre deux coups ! Ce serait là une audacieuse réforme servant l'intérêt général. La santé publique, la mobilité et l'emploi y gagneraient beaucoup.
Il va de soi que pareille opération nécessite de solides études préparatoires. Or le temps a manqué pendant les négociations. C'est qu'il a d'abord fallu 485 jours pour s'accorder sur la réforme de l'Etat, qui, elle aussi, est restée suspendue aux intérêts traditionnels et aux raisonnements caducs. Bref, les partis politiques ne semblent pas capables de s'écarter des schémas préétablis. Mais il faut ajouter que souvent ils n'y sont pas encouragés par ceux qui les mettent sous pression.
Dave Sinardet, Politologue à la VUB et à l'université d'Anvers
Réactions
Quand un indépendant travaille en "noir", l'état ne subsidie rien en la matière mais il y a quand même un manque à gagner en matière fiscale... C'est pareil pour les voitures de société. Il est certain qu'il faut réduire le parc automobile et investir dans les transports en commun et la réduction des avantages liés aux voitures de société est un bon moyen! Il est quand même complètement aberrant que des voitures ne soient occupées que par un seul passager alors qu'elles se rendent dans le même coin!!! Ceci n'excuse évidemment en rien la mauvaise utilisation de nos impôts par le pouvoir politique mais se concentrer sur "sa petite personne" ne fera certainement pas avancer les choses. Au contraire... il faut lui demander des comptes et manifester son mécontentement le plus souvent possible et pas uniquement lors des élections! Mais là... il n'y a plus personne car se comporter en citoyen responsable cela demande des efforts que la plupart d'entre nous ne sont pas capables de fournir... tout engoncés qu'ils sont dans leur petit confort.
@ FrankP : N'allez pas trop vite pour tirer sur le pianiste! Il faut savoir que pendant une demi-siècle, les princes qui nous gouvernent ont tout misé sur la reine Bagnole et ont massivement investi dans le réseau routier, négligeant en même temps honteusement les transports publics, pratiquement laissé à l'abandon. Et maintenant que cette pléthore de véhicules routiers, voitures de société en tête, paralysent le réseau, tout le monde voudrait qu'en deux coups de cuillère à pot, les transports publics deviennent soudainement performants et confortables. Soyons réaliste : on ne rattrape pas 50 ans d'incurie et d'incompétence en trois ans! Cela dit, la SNCB a absorbé une augmentation de 50% du nombre de ses usagers en dix ans et investit, avec les budgets qu'on veut bien lui octroyer, dans la multiplicationet la modernisation de son matériel roulant. Par ailleurs la mise en service du RER améliorera considérablement la capacité de transport et la vitesse commerciale du rail. Juste un epu de patience! Quant aux esprits chagrins qui rouspètent parce qu'ils trouvent les trains insuffisamment confortables et bondés, je leur conseille de s'abstenir de se comporter comme des enfants gâtés qui croient que tout leur est dû. Et qu'ils se disent aussi que l'adage "ma voiture, c'est ma liberté", c'est fi-ni ! Il faut oeuvrer pour une meilleure mobilité. Cela passe obligatoirement par un transfert modal du transport individuel vers les transports en commun et, dans cet ordre d'idée, la voiture de société n'est plus la bienvenue. Qu'elle dégage avant l'orage ...
Bon, raisonnons de manière inverse: si demain tous ceux qui travaillent à Bruxelles prenaient les transports en commun pour aller travailler, que se passerait-il??? Ce serait aussi le chaos avec la moitié des voyageurs qui resteraient sur les quais faute de place dans les trains, dans les bus, dans le métro ! J'ai dû faire le trajet Liège / Bruxelles pendant un mois, car mon Père était en soins intensifs au Botanique... Surréaliste: le retour vers 16:30 / 17:00... Pas de place assise,.. J'ai essayé la première Classe, un peu mieux mais aussi bondé et pas toujours de place assise avant Louvain... De qui on rigole? Qu'est-ce qui aurait empêché d'investir dans deux ou trois voiture de plus? alors, oser parler de diminuer le nombre de voiture de la part des "autorités", c'est lamentable, c'est même de la provocation avec un pointe de sadisme, de la part de ceux auxquels nous payons une voiture avec chauffeur, SANS que leur soit compté un avantage fiscal !
Les fins analystes intervenus dans ce débat n'ont manifestement pas compris que la réflexion de D. Sinardet se situe essentiellement sur le plan de la mobilité, et non celui des avantages fiscaux, lesquels, soit dit en passant, sont bien réels. Les voitures de société constituent 40 % du parc automobile belge. Ces bagnoles (qui ne servent pas pour l'exercice de la profession), avec leur conducteur seul à bord, se retrouvent sur le réseau routier -principalement en étoile vers Bruxelles- et sont à l'origine des dizaines de kilomètres de bouchons quotidiens. Chacun de ces conducteurs (appelés autosolistes) confisquent ainsi 18 m² au sol pour le transport de sa petite personne. Multipliez cela par le nombre de ces autosolistes et vous comprendrez pourquoi Bruxelles et ses environs sont chaque jour paralysés par le trafic routier. Supprimer les avantages fiscaux liés à l'usage des voitures de société, c'est donc oeuvrer en faveur d'une meilleure mobilité, d'un meilleur respect de l'environnement et, partant, en faveur d'un allègement des coûts pharaoniques que le trafic routier génère en matière de santé publique. La réflexion du politologue est dès lors parfaitement pertinente et le gouvernement ferait bien de s'en inspirer.
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