L'étoffe d'un héros
vendredi 23 juillet 2010 à 11h00
Un décor qui gondole, un sol qui se dérobe... le diagnostic est sans appel, ça tangue sérieusement au MR. Voix discordantes, petites phrases assassines, soupçons, méfiance, combats de coqs.

Christine Laurent - Rédactrice en chef du Vif/L'Express
Par Christine laurent
Après les crisettes, la crise. Officiellement, tout va bien. L'air du déni nous est chanté sur tous les tons. Normal, trop de bisbilles, trop de bruit et de fureur et voilà les maigres chances de participer au prochain gouvernement fédéral définitivement enterrées. Il faut donc la jouer fine, minimiser le malaise général. Pas simple. Car les amis-ennemis d'hier ne sont pas mieux intentionnés aujourd'hui. Pourquoi le seraient-ils d'ailleurs quand on sait que les racines du mal sont profondes et que la débandade électorale du 13 juin a définitivement écaillé le maigre vernis hâtivement badigeonné en surface.
Un parti fourre-tout inachevé, des idées qui ont tout pour plaire mais ne rassurent pas, une reconquête de Bruxelles manquée, un isolement persistant sur l'échiquier francophone, un FDF qui n'en fait qu'à sa tête... la vie du MR n'est pas un long fleuve tranquille. Trop à gauche pour certains, trop à droite pour d'autres, il flotte entre plusieurs eaux. Même la base est vacillante. Pour s'en convaincre, il suffit de remonter le cours de l'histoire. Comment, aujourd'hui, maintenir soudés trois courants aux intérêts souvent si divergents, le PRL, le FDF et le MCC et rassemblés artificiellement en 2002 ?
Une alliance contre nature, une position « schizophrénique », affirmait déjà à l'époque le socialiste Paul Magnette, alors politologue. « Refusant de se dire de droite, les libéraux défendent des opinions plus progressistes que les démocrates-chrétiens sur les questions éthiques, et oscillent sur le plan socio-économique entre rigueur libérale et libéralisme social. »
Dans ce contexte, les escarmouches répétées entre Olivier Maingain et Gérard Deprez apparaissent bien dérisoires. Tout comme la vendetta larvée du groupe « Renaissance » il y a quelques mois, quand la grogne anonyme avait enfin pris un, voire plusieurs visages. La rancoeur, les frustrations, les colères éclataient au grand jour. Des semaines calamiteuses, certes, mais qui ont permis un coming out pour certains bien salutaire. C£ur de cible, on s'en souvient, Didier Reynders et sa garde liégeoise rapprochée. Absence de démocratie interne, de programme, de stratégie électorale, de perspectives, arrogance, la charge de la fronde était lourde. Et l'affrontement, dévastateur.
Bloquées le temps des élections, les vannes du mécontentement sont aujourd'hui à nouveau ouvertes et le flot monte. A diagnostic sévère, remède de choc. Mais qui pour l'administrer ? Le président déchu ? Il est sur le départ. Louis Michel ? Il a fait son temps, dit-on. Charles Michel ? De l'expérience, certes, mais encore un peu tendre, affirment ses adversaires. Sabine Laruelle ? Pas assez diplomate, trop psychorigide, dénoncent ceux qui ne l'aiment guère. Daniel Bacquelaine, celui qui se rêve en « sauveur » ? Aucune chance, c'est un « reyndersien ». Olivier Maingain ? « Imbuvable » pour les libéraux wallons.
Parti en déshérence cherche désespérément leader charismatique, visionnaire, rassembleur. Non pas un bricoleur qui viendrait juste recoller les morceaux épars d'un mouvement dangereusement centrifuge, mais un bâtisseur, fin politique, au caractère bien trempé, capable de mener non pas une rénovation, mais une véritable révolution. Un sauveur-guérisseur. Un héros. Bref, l'oiseau rarissime.
Réactions
@thierryluc: eh oui... D'ailleurs, si on cherche une clef de lecture pour expliquer la régionalisation et la "privatisation" des services publics, la multiplication des "parvenus" pour renforcer notre "nomenklatura" est une explication tentante! Sur le terrain, le peuple s'entend bien.. Le combat "des chefs" a explosé par 3 les frais de gestion de l'état: passer de 15 à 45 ministères et de 2 à 7 chambres, c'est surréaliste et ruineux! On l'a pourtant fait! Dans le privé, on y est aussi passé: là où il y avait une seule cie d'électricité, il y en a maintenant au moins 10, avec 10 directeurs, 10 conseils d'administration, 10 administrations pour les justifier alors qu'en rue il y a toujours un seul fil... Résultat: les frais de gestion de l'état, l'énergie, etc... tout cela ne peut que coûter plus cher, et sans rien produire de plus... Par contre, notre "nomenklatura" s'y retrouve car elle a vu ses mandats se multiplier de manière exponentielle! Du jamais vu... 1 ministère pour 200.000 habitants: un record mondial! Alors on nous dit qu'il faudra travailler après 65 ans, que 45 de carrière complète ne suffira plus.. Nos "parvenus", eux, ont toujours leur pension complète à 52 ans, après 20 ans de service. Comme hypocrisie, on ne fait pas mieux... A quand une révolution française de plus? Seul un retour à un état sobre, unitaire, peut nous sortir de la banqueroute... Je préconise une étude ISO9000 pour déterminer les structures de gestion minimum pour être efficace. La différence serait affectée pour 1/2 pour résorber le déficit de l'état, et l'autre ristournée en réduction d'impôts sur le revenu. C'est ce que ferait une grande entreprise en crise: c'est ce que nous devrions faire.. se serrer les coudes, mais TOUT le monde !
@FrankP : superbe analyse, j'y adhère à 100%. Mais aussi révélatrice que c'est tout un système qui ne fonctionne plus. (Presque?) Tous les politiciens de (presque?) tous les partis ne sont plus que des marchands de tapis qui se battent, non pour la population qu'ils sont sensés représenter et dont ils devraient défendre les intérêts, mais bien pour obtenir les postes les mieux payés. Voyez le chantage de "groen" pour obtenir un poste de ministre...
Le vif, parti en déshérence, cherche désespérément redac chef charismatique, visionnaire, rassembleur et intelligent !
Plus facile de trouver un leader au PS il suffit de savoir mentir ... et de faire la vierge éffarouchée a chaque fois que le MR dit quelque chose
Le problème du MR c'est que derrière Reynders, il n'y a personne qui a une personnalité forte et qui suscite le respect de tous. Il manque des figures comme dans le passé, Gol, Poswick, Toussaint, Louis Michel etc qui savaient de quoi ils parlaient. Peut-être que Willy Borsu fera son chemin, j'ai eu l'occasion d'écoutere ses réactions lors d'un débat politique et il semble connaître les problèmes et les solutions qui doivent y être apportés pour le bien de la wallonie et de tous. Le problème n'existe pas qu'au MR, les autres partis manquent de gens sérieux et compétents. Ce n'est pas en engageant des personnes médiatiquement connues, et qui font des voix, que les partis vont se relever et notamment le MR. Dommage qu'il soit au PS car Magnette est quelqu'un de bien.
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