Cigales et fourmis à la fois, c'est rare !
vendredi 27 janvier 2012 à 06h53
«AUSTÉRITÉ, ÇA SENT LE PAVÉ. » LA MENACE EST À PEINE voilée. « Je vous souhaite une bonne année, une bonne santé et surtout beaucoup de courage.

Christine Laurent - Rédactrice en chef du Vif/L'Express
Car nous sommes en guerre », a lancé à ses troupes, à la fin de la semaine dernière, Manuel Castro, président des métallos FGTB du Brabant. « Victoria o muerte », a-t-il ajouté. Bigre ! La journée de grève du 30 janvier s'annonce donc « sanglante ». Tout le pays devrait être paralysé. Une image qui cogne au moment même où se réunit un énième sommet européen censé trouver des pistes originales pour sortir la zone euro du bourbier de la crise. Une manifestation qui n'est qu'un antipasti, si l'on en croit le responsable syndical qui a vivement encouragé ses affiliés à faire des économies dans la perspective d'actions futures tout aussi musclées.
Voilà qui ne va pas faciliter la tâche de Di Rupo Ier en quête de 2 milliards d'ici au 25 février prochain. « Mais qu'est-ce que les socialistes foutent dans ce gouvernement ? » s'est encore interrogé Manuel Castro. Bonne question. Car les temps sont durs et les pronostics bien sombres pour le PS. Impossible, désormais, de maintenir un modèle social entretenu par la dette. L'Europe veille au grain. Fini le temps des promesses intenables, les travailleurs sont sous tension. C'est qu'on le paie drôlement cher le laxisme budgétaire des années 2007-2008, laxisme renforcé encore par la conviction des politiques d'alors (pour rappel, hormis le SP.A, les mêmes qui sont aux manettes en 2012) que la croissance permettrait de sauter sans problème par-dessus les gouffres financiers béants. Une fuite en avant qui, aujourd'hui encore, donne le vertige.
Le constat mille fois posé, reste à trouver, dans le brouillard le plus opaque, des esquisses de solutions. Quel sera donc le chapelet de mesures que nous égrènera Elio Di Rupo dans un mois ? Que mijote-t-il ? Un réformisme brouillon ou de vraies décisions, courageuses et responsables ? Pas simple, tant il s'avance sur un fil bien ténu et que tous les partis de la coalition, jusqu'ici, ont fait la preuve qu'ils maîtrisaient davantage les politiques à court plutôt qu'à long terme. Les voilà cigales et fourmis à la fois, c'est rare !
Comment résoudre l'impossible équation qui vise la relève du pouvoir d'achat, la diminution du coût du travail sans toucher aux salaires, le maintien d'investissements stratégiques et les indispensables coupes budgétaires ? Où trouver le juste équilibre entre recettes et dépenses sans casser la dynamique économique ?
Nul ne le sait apparemment. On tend désespérément des micros à des experts bien désemparés, qui n'ont rien vu venir et qui affirment tout et son contraire. Qui croire, tant les arguments des uns et des autres peuvent être en totale opposition ? A qui se fier ? Selon Daniel Kahneman, Prix Nobel d'économie en 2002, les experts, économistes et politologues en tête, se trompent plus souvent que le commun des mortels. Ils auraient tout faux six fois sur dix, dépassant les lois de la statistique qui voudraient que l'on ne se trompe qu'une fois sur deux. La raison ? Ils seraient, selon Kahneman, trop prisonniers de théories et modèles figés qui les rendent incapables d'absorber des informations nouvelles et les changements du monde.
Il faudra donc admettre que l'économie est imprévisible par définition. Or, par temps d'orage, chacun veut savoir ce qui l'attend. Mais à l'impossible nul n'est tenu. Foi de Woody Allen pour qui « prévoir est un exercice bien aléatoire surtout lorsqu'il s'agit de l'avenir ».
CHRISTINE LAURENT
Réactions
De quels "experts" parle-t-on quand le taux d'erreur est aussi important !? On devrait dire "soi-disant experts" dans un tel cas !!! Ensuite, A propos de la statistique qui démontrerait " que l'on ne se trompe qu'une fois sur deux" cela voudrait dire très (trop?) simplement que l'on est pris dans un système strictement hasardeux : on se "planterait" ou on réussirait une fois sur deux. La réalité est, fort heureusement, bien loin de là et il y a aussi des lois de la nature qui explique comment sortir de cette approche peu optimiste :-)))
On tourne en rond, devant une solution évidente: la Belgique n'a PAS les moyens de se payer la régionalisation, tout simplement... SVP calculez combien nous coûte le passage de 15 ministères + 2 chambres ( "avant") à 57 ministères et secrétariats d'état + 7 chambres ! J'ai fait le calcul: en 30 ans, avec frais de gestion et intérêts composés (on a emprunté cet argent...) cela nous a coûté plus du double de notre dette publique (350 milliards). Nos sois-disant querelles linguistiques, qui ne sont en réalité que des querelles de chefs, n'existent pas sur le terrain: allez vous balader à Durbuy, à la côte, à Eupen: le peuple fraternise dans la bonne humeur et la débrouille. Le commerce et les entreprises marchent bien et on n'en a rien à cirer des querelles de chefs. Mais alors, quel est le sens de ce chaos organisé? La réponse est simple: diviser le pays a multiplié par 4 les mandats juteux à se partager ! Là est la clef de lecture de ce gaspillage, pas ailleurs ! Le hic est que nous n'avons pas les moyens de se payer 1 ministère par tranche de 190.000 citoyens. Pas un seul pays ne résisterait à ça....
Oui Mme Laurent, l'Economie est imprévisible, comme les actions des hommes; mais elle est assez prévisible pour les sociétés ayant un consensus autour du rapport du citoyen au travail (assiduité et engagement à l'ouvrage) et des devoirs envers la société, aussi bien des gouvernés que des gouvernants. Ors, il semble que seuls les pays Nordiques ont cette vision de leur société. Parmi les Latins (et bcp d'autres), on travaille "pour le patron", le patron se sent "volé" par l'état, et les politiciens (et ceux de gauche souvent éblouis par un certain luxe) paradent avec des privilèges d'une caste qui n'ont rien à voir avec les sacrifices qu'ils demandent aux populations.
« Bon appétit, messieurs ! – Ô ministres intègres ! Conseillers vertueux ! Voilà votre façon De servir, serviteurs qui pillez la maison ! Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure, (………………………………………………………) Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts Que remplir votre poche et vous enfuir après ! (…………………………………………………………… …………………………………………………………) Quel remède à cela ? – l’état est indigent, L’état est épuisé de troupes et d’argent ; (……………………………………………………..) Et vous osez ! … – messieurs, en vingt ans, songez-y, Le peuple, – j’en ai fait le compte, et c’est ainsi ! – Portant sa charge énorme et sous laquelle il ploie, Pour vous, pour vos plaisirs, pour vos filles de joie, Le peuple misérable, et qu’on pressure encor, À sué quatre cent trente millions d’or ! Et ce n’est pas assez ! Et vous voulez, mes maîtres ! … – Ah ! J’ai honte pour vous ! (…………………….. ………………………………………………………) Tout se fait par intrigue et rien par loyauté. (………………………………………………….) L’alguazil, dur au pauvre, au riche s’attendrit. La nuit on assassine, et chacun crie : à l’aide ! – Hier on m’a volé, moi, près du pont de Tolède ! – La moitié de Madrid pille l’autre moitié. Tous les juges vendus. (………………………. ……………………………………………….) L’état s’est ruiné dans ce siècle funeste, Et vous vous disputez à qui prendra le reste. »
Notre pays- ce qu'il en reste- compte pour du beurre. C'est l'Europe qui est en danger et qui assiste impassible à un déclin accéléré sur fond de crise du libéralisme économique. Le plus étrange est cette volonté de plonger vers le fond des océans avec des généraux européens ne connaissant qu'une seule tactique:le libéralisme !
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