2012 : annus mirabilis
vendredi 30 décembre 2011 à 05h53
Pour les esprits chagrins, il sent déjà le sapin. L'euro serait en effet moribond, tout prêt à basculer dans son cercueil. Et les mêmes de se réjouir d'une débâcle annoncée, du chaos prévisible.

Christine Laurent - Rédactrice en chef du Vif/L'Express
L'euro, bouc émissaire pour justifier toutes les dérives : le nationalisme, l'euroscepticisme, le repli communautaire, rien ne nous est épargné. C'est bien connu, le populisme gigote dans les cauchemars de la crise qui nourrit la radicalité et la peur. Pour ses économies, son avenir. Un regard de myope, de borgne, d'aveugle proche de l'obscurantisme.
Et les chevaliers blancs de pointer leur nez. De brandir toute la panoplie pour « sauver » la monnaie unique, bien sûr, et nous tous dans la foulée. Le décor est planté, place à la théâtralisation pour faire monter d'un cran, voire de plusieurs, les tensions autour des sempiternels sommets de Bruxelles. En scène, les « courageux » chefs d'Etat et ministres des Finances des 17 pour des négociations jusqu'au bout de la nuit de préférence, histoire de dramatiser la situation davantage encore ! Clou du spectacle, les incontournables conférences de presse du couple Merkel-Sarkozy, les yeux tirés, la mine grave, et les bisous ambigus. Un scénario usé pour spectateurs fatigués.
Oui, 2011 fut une année horribilis pour l'Europe. Mais pour mieux laisser la place à 2012, l'année mirabilis. Si le Vieux Continent a touché le fond, les fédéralistes, eux, ont osé donner de la voix. Même la redoutable agence de notation Standard & Poor's leur a fourni un coup de main. Avec son avertissement aux pays notés AAA, c'est le manque d'union entre les 17 qu'elle a judicieusement pointé. Que veut-on à la fin ? Les Nations unies d'Europe, au risque de disparaître et de s'appauvrir à terme, ou bien les Etats-Unis d'Europe, qui seuls peuvent apporter des réponses au tsunami financier et économique qui nous submerge ? Le monde globalisé entre par portes et fenêtres. Tant mieux, il permet de favoriser les échanges et de créer de la richesse. Il peut porter notre croissance, pour autant que nous épousions ses courants, une fois franchi le pas décisif d'une meilleure intégration fiscale, économique, politique et financière.
Mission impossible ? Non. Difficile ? Sans aucun doute. Elle exige, une fois de plus, de la volonté et du courage de la part de nos dirigeants. Ce qu'on leur demande ? De cesser de courir après l'électeur, et de développer une vision. Et dans ce contexte, comme l'a souligné Guy Verhofstadt dans l'édition du Vif/L'Express du 23 décembre dernier, la Belgique a bel et bien un rôle à jouer en fédérant des pays comme la Pologne, l'Italie, la Finlande, les Pays-Bas et le Luxembourg. Un véritable contre-pouvoir au duo Merkozy. Un chemin passionnant pour accrocher définitivement son avenir aux étoiles de l'euro, tourner le dos aux égoïsmes, retrouver le sens du collectif et de la solidarité.
« C'est l'esprit de discorde et non celui de la concorde qui a fourni chez tous les peuples les énergies les plus passionnées. [...] Seuls les idéaux qui ne se sont point réalisés, et qui, ainsi, sont restés purs, continuent de fournir à chaque génération un élément de progrès moral, ceux-là seuls sont éternels », écrivait, en 1935, Stefan Zweig dans son remarquable portrait d'Erasme. 1935 : l'entre-deux-guerres hanté par le souvenir douloureux du conflit de 1914-1918 et la menace hitlérienne qui planait, alors, sur l'Europe. La réflexion de Zweig se voulait une méditation sur l'humanisme. Un livre de chevet pour les douze mois à venir.
CHRISTINE LAURENT
Réactions
Pourquoi reportez-vous les problèmes liés à l'euro et aux dettes, aux seuls politiques? Personne pour penser qu'ils pourraient provenir en grande partie de vos voisins , dirigeants de banque, actionnaires aux rendements sans cesse croissants, pdg délocalisant leurs services pour augmenter leurs marges ? et de nos habitudes d'achat 'aux meilleurs prix', 'les plus bas',... pour des produits fabriqués dans des conditions que nous refuserions, mais cautionnons par leurs achats? Les politiques détiennent peut-être les solutions, mais les laissons-nous les appliquer, les aidons-nous ? Si nous, citoyens, montrons courage et volonté, il est clair que nos politiques suivront. Personnellement, je perçois la crise sociale et financière actuelle comme la conséquence de notre individualisme.
Volonté et courage! Chère Christine LAURENT, pour vous c'est le remède pour sauver l'euro! Alors,vous enterrez l'euro prestement, car s'il faut de la volonté et du courage, vous demandez tout simplement l'impossible. Comme cette volonté et ce courage n'existent pas, l'euro va crouler.Soit on prépare avec simplement un soupçon de sagesse cette disparition ( nous l'encadrons autant que puisse se faire), soit, c'est l'écroulement panique, catastrophique. Voyez-vous, Chère Christine LAURENT, l'euro n'est pas au bord du gouffre comme nos élites tentent de le faire croire (Si le Japon avec ces 200% de dettes entrait dans l'euro, celui-ci deviendrait plus fort que maintenant, alors cessons de mentir, le crise de l'euro n'est pas due à la dette souveraine. La situation est bien plus grave structurellement. C'est la trop grosse différence de productivité et de compétitivité, en un mot de rentabilité entre les pays du Sud et ceux du Nord de l'Europe qui causent nos tourments. Donc, la résorption de la dette souveraine ne sert strictement à rien sur le plan de la stabilité de l'euro. Comme il est impossible de résorber cette différence de "rentabilité", il faut en tenir compte dans les monnaies. Les pays du Sud doivent pouvoir dévaluer leurs monnaies par rapport à ceux du Nord. C'est indispensable. Le moins mauvais moyen d'y arriver est de créer une nouvelle monnaie, celle de "l'euro NORD", les pays du Sud gardant l'euro actuel, toutes les dettes restant en euros actuels. Plus vite on passera à cette nouvelle monnaie, moins, globalement, l'Europe perdra d'argent. Pour diminuer la réévaluation de l'euro NORD, la Belgique qui devrait en être , poussera l'euro NORD vers la baisse. J'entends que l'Allemagne veut garder l'euro pour sauver ses exportations. Mais si la crise de l'euro empire, l'Allemagne ne pourra plus rien vendre à l'exportation, est-ce mieux? Si la soi disant "élite" européenne refuse cette démarche, cela sera la panique et l'euro éclatera en 17 éclats et cela sera la vraie catastrophe.
Ce n'est pas l'Euro qui pose problème, mais l'obstination à conserver les structures des pays, au lieu de créer un seul grand pays comme aux états-unis avec une véritable responsabilité politique "supra-nationale" et faire des grosses économies d'échelle. Par contre, ce qui pose vraiment problème, ce sont les pays admis dans la CE... Les pays de l'Est, dont certains sont à peine sortis du moyen-âge comme la Roumanie, et dont les salaires sont jusqu'à 20 fois moins élevés ce qui favorise les délocalisations, sont en train de prendre notre travail, et de nous exporter leurs cas sociaux et leurs mafias... Et là, curieusement, aucun débats au sein des pays de l'union. Aucune consultation populaire (alors que les citoyens étaient majoritairement "contre") dans les pays Européens, comme si l'adhésion "allait de soi", décidée par des bureaucrates qui ont l'air plus au service des multinationales qui veulent délocaliser avec facilités, qu'au service des Européens qui veulent préserver l'emploi... Bizarre, vous ne trouvez pas?
Le diagnostique posé par nos "élites" politiques et financières n'étant pas correct, le remède Merkosy sera inefficace: - L'Irlande et l'Espagne respectaient parfaitement les critères de Maastricht alors que la France et l'Allemagne ont été les premiers payx a s'en affranchir et ont fait supprimer les sanctions dans ce but; et pourtant ce sont les seconds qui sont en difficulté, la raison en est simple, il n'y a pas que les déficits publics, l'Irlande et l'espagne suffoquent à cause des prêts risqués de leurs banques et rien n'est piroposé par Merkosy dans ce domaine - Un pays ayant des problèmes de compétitivité (ceux du sud) ont 3 solutions pour s'en sortir: la dévaluation (ce n'est plus possible), l'émigration (difficile avec le problème des langues et des différences culturelles contrairement à la mobilité entre états américains) ou les transferts via budget fédéral comme aux USA ou via des investissements bien plus importants que les aides soupoudrées de l'UE (et les pays riches du nord s'y refusent); pour cela aussi Merkosy ne propose strictement rien Les déséquilibres à traiter en priorité sont ceux des balances des paiements car cela règlera ipso facto ceux des déficits publics, c'est la politique allemande non coopérative de réduction de ses salaires au profit des plus riches (le salarié allemand a perdu en revenu et se retrouve plus précaire, le "miracle" allemand n'est pas social mais prédateur) jointe au laxisme et à la fraude généralisée du sud qui est la cause du marasme; le remède Merkosy n'en résoud rien du tout
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