Allocations de chômage dégressives : l'effet cascade
mardi 30 octobre 2012 à 12h11
Cascade : 1. succession de chutes d’eau ; 2. ce qui se produit par saccades, par rebondissements successifs. Le Petit Robert ne saurait mieux dire. Les modifications du calcul des allocations de chômage qui entrent en vigueur ce 1er novembre auront d’évidentes conséquences en cascade et l’on voit mal comment, de ce bouillonnement, sortiraient des geysers de nouvelles positives.

© Belga
En décidant d’augmenter les allocations pour les personnes licenciées durant les trois premiers mois qui suivent leur perte d’emploi puis de les diminuer au fil du temps, le gouvernement poursuit un objectif louable: il entend redynamiser le marché de l’emploi et encourager les chercheurs d’emploi à se mobiliser au plus vite. L’aide qui leur est procurée doit être ponctuelle et ne doit pas s’éterniser, tel est clairement le message.
Voilà pour le principe, nimbé de théorie. Mais sur le terrain, que se passera-t-il, selon toute vraisemblance ? Une partie des demandeurs d’emploi pourraient certes être incités à se démener davantage et à sortir de ce système d’assurance au plus vite. Mais tous n’en ont pas les moyens. Parce qu’ils ne disposent pas de la formation nécessaire. Parce que l’économie n’offre pas suffisamment d’emplois pour éponger le réservoir des quelque 500 000 personnes, à la grosse louche, qui sont sans travail actuellement. Parce que les impressionnantes restructurations annoncées ces derniers jours vont déposer sur le marché du travail de tout frais licenciés qui seront plus tentants, pour les employeurs, que des chômeurs de longue durée. Parce que travailler, paradoxalement, coûte cher, en termes de garde d’enfants, de frais de déplacement, de perte d’avantages divers (augmentation du loyer dans un logement social, par exemple). Et qu’une fois salarié on peut, en fait, vivre moins bien qu’avant.
A ces remarques, le gouvernement fédéral ne répond guère et renvoie la balle aux CPAS, contraints à la débrouille. « L’an dernier, 14 000 chômeurs ont été exclus du chômage, détaille Bernard Antoine, directeur général de la fédération des CPAS au sein de l’Union des villes et communes de Wallonie. Leur prise en charge par les CPAS a coûté 52 millions d’euros. »
Or les CPAS sont financés à hauteur de 25 à 30 % par les communes. Comment celles-ci pourront-elles suivre, si l’on voit affluer vers les CPAS des milliers de demandeurs d’emploi qui, privés de 100 à 200 euros par mois du fait de la dégressivité de leurs allocations, ne parviennent plus à joindre les deux bouts ? Il leur faudra faire des arbitrages. Au détriment de qui ?
Actuellement, entre 5 000 et 8 000 chômeurs s’adressent déjà aux CPAS wallons pour demander une aide complémentaire, par exemple pour payer leur facture énergétique. « On s’attend à ce que ce nombre monte entre 15 000 et 20 000, du fait de la nouvelle règlementation », avance Bernard Antoine. Les CPAS savent qu’ils ne pourront, à ce rythme, répondre à toutes les demandes. Alors quoi ?
Les CPAS, qui ne sont pas des Bancontact, comme ils le rappellent régulièrement, assurent aussi un accompagnement individualisé à ceux qui s’adressent à eux pour favoriser leur réinsertion dans le tissu socio-économique. Si les demandeurs ne font qu’augmenter en nombre, comment leur assurer encore cet indispensable accompagnement sans engager d’urgence du personnel supplémentaire ? Mais avec quels moyens financiers ?
On voit mal comment la décision du gouvernement pourrait ne pas aggraver, d’une manière ou d’une autre et même si ce n’est évidemment pas le but, la paupérisation d’une partie de la population. Les communes qui comptent déjà beaucoup de demandeurs d’emploi parmi leurs habitants risquent de s’appauvrir davantage avec la mise en œuvre de la dégressivité des allocations. Le risque de voir le travail au noir se (re)développer n’est pas mince, dans un tel contexte de crise. N’y a-t-il vraiment aucune autre piste à explorer ? A toutes ces questions, le gouvernement fédéral ne répond pas, les yeux braqués sur la rigoureuse gestion des finances publiques et sur la confection d’un budget de très court terme.
Cascade : 3. Exécution de scènes dangereuses au cinéma, d’exercices périlleux…
Laurence van Ruymbeke
Réactions
@Joseph Bozzer la part du coût de l'assurance chômage dans la sécurité sociale est faible par rapport aux autres coûts. De plus l'assurance chômage est une assurance payée par les salariés au profit des salariés, elle a aussi pour but d'éviter que les salaire s'effondrent si les travailleurs était condamner à accepter n'importe quel travail à n'importe quel prix. Maintenant théoriquement, il peuvent refuser un travail si le salaire est trop bas. Ce, par ailleurs, qui ne plaît pas aux patrons et à leur soutiens politique, le MR. Votre proposition ne peut pas fonctionner, en effet depuis 30 ans j'ai vu des tas de mesures pour "mettre des gens à l'emploi" le résultat est toujours que cela finit par un licenciement d'un travailleur au salaire normal pour le remplacer par un jeune, ou un chômeur avec un statut spéciale qui coûte moins cher. A une certaine époque, les mesures pour les jeunes avait pour résultat que l'on licenciait (prépensionnait) le père pour engager le fils. Des mesures d'aides pour lancer des jeunes sont détournées. Cas de mon fils dans une grande et riche banque belge, les 6 premiers mois l'employeur reçoit une aide pour lancer un jeune. il a fait 3 fois 6 mois. après 6 mois on ne l'engageait pas, on lui faisait miroiter un engagement dans l'avenir, il allait 1 jour au chômage, et il recommençait pour 6 mois. Il est impossible de s'en sortir avec de tel mesures, c'est creuser un trou pour en boucher un autre.
Mr Demolin ... On peut couper l'herbe sous le pied des candidats à la délocalisation en réclamant le remboursement des aides octroyées ... on peut couper l'herbe sous le pied à la sempi-éternelle affirmation que c'est en réduisant les salaires que l'on supprimera les délocalisations ... non il y a la solution que je recite ci-dessous, qui ne nécessiterait pas de réduire les salaires, qui ne coûterait pas un franc de plus à l'état que du contraire, qui réduirait dragstiquement le chômage et qui découragerait la volonté de délocalisation ... voici cette idée : ne faire payer à un employeur qui engage un chômeur que la difference entre le salaire normal versé dans son entreprise et le montant de son chômage ... la charge pour l'état serait identique et l'employeur serait enchanté de ne plus devoir payer des salaires aussi élevés qu'aujourd'hui
@Joseph Bozzer ne ramenez pas l'économie au problème du petit indépendant ou du petit patrons, ces gens sont au même régime que les salariés. La part de richesse grandissante qui est pompé par la finance et qui ne va pas dans les salaires et les moyens de l'état n' a rien à voir avec notre indépendant ou la PME. Mais là, où, je critique vivement ces "professions libérales" c'est que c'est eux qui systématiquement et stupidement soutiennent les politiciens qui font la richesse des financiers et des ultra-capitalistes. J'ai envie de parler D'IMBÉCILLITÉ DE LEUR PART, ils s'identifient aux multinationales et soutiennent par idéologie un système politique( libérale ou de droite) dont ils seront les premières victimes. Quand le syndical libéral des indépendants soutient un saut d'index pour les salariés et les fonctionnaires, ou quand les indépendants attaquent les sans-emplois, c'est en fait leur client qu'ils attaquent. Et si leur client ne peuvent plus acheter ce qu'ils vendent, auto, chauffage centrale, constructions,etc... les indépendants font faillite. Quand ils soutiennent un libéralisme pure et dure, ils ont pour résultat qu'ils vendent leur lait à perte. Les indépendants vivent plus des services aux salariés, aux fonctionnaires, au chômeurs, aux assurés sociaux que de service aux multinationales. Beaucoup d'indépendants ne semblent pas se rendre compte que la politique libérale est celle qui a laissé la bride sur le cou des banques et qui nous a mis dans ces problèmes. Ils pensent se sauver en prônant des restrictions au niveau des salariés, de l'état et des fonctionnaires, quel stupidité.
@Fernand Demolin: "les politiciens libéraux et de droite, pour cacher leur responsabilité". Pourquoi, la gauche est virginale? Pays de Charleroi, c'est toi que je préfère ... (on reprend tous en choeur, merci). Trêve de plaisanterie, rien n'est blanc ou noir, la vie économique, c'est aussi toutes les nuances de gris. Simplement, si chacun pouvait faire son mea culpa, plutôt que rester fasciné par le compteur électoral, on avancerait peut-être. Mais pour essayer d'adoucir vos certitudes, ce témoignage: voici un peu plus d'un an, nous avons du fermer un siège d'exploitation. Motif: paupérisation et taxation toujours communale plus lourde. Au pouvoir: le PS, pas de dialogue possible, des clichés, aucun intérêt pour ce qui n'est pas électoralement rentable. Résultat: 2 emplois perdus. Et croyez-moi ou non, ça ne m'a pas fait plaisir. Heureusement des clients qui étaient à la recherche de personnel et qui connaissaient la valeur de nos employés les ont embauchés illico. Vous voyez, il y a du travail, mais il faut s'engager.
@Demolin .. j'ai vraiment difficile d'abonder dans votre sens et de jeter la pierre aux seuls investisseurs .. Moi je pense qu'une solution existe et elle est toute simple : ne faire payer à un employeur que la difference entre le salaire normal versé dans une entreprise et le montant du chômage ... la charge pour l'état serait identique et l'employeur serait enchanté de ne plus devoir payer des salaires aussi élevés qu'aujourd'hui ... résultat : moins de chômeurs-glandeurs et un accroissement sérieux de l'emploi en Belgique, voire un renoncement aux délocalisations. Solution simple et créatrice d'emplois
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