"La modernité n'a pas causé le cancer"

Le Vif

dimanche 06 octobre 2013 à 11h17

A 43 ans, Siddhartha Mukherjee incarne une nouvelle génération de cancérologues. Ce médecin américain, diplômé des trois universités les plus réputées du monde, Stanford, Oxford et Harvard, voit le cancer comme un adversaire redoutable et fascinant dont il s’agit de percer à jour la stratégie. Sa monumentale histoire du cancer (1) a remporté le prix Pulitzer de l’essai.

La cellule d'un sein atteint d'un cancer. © AFP

Le Vif/L’Express : Vous retracez dans votre livre, avec un talent de conteur hors pair, le combat que les hommes livrent contre le cancer depuis l’Antiquité. Mais cette maladie fait peur. Qui voudrait s’infliger une lecture si rude ?

Siddhartha Mukherjee : Je vous répondrai par une citation tirée d’un traité militaire chinois, le plus ancien au monde, L’Art de la guerre, qui s’applique tout à fait au cancer : « Il faut connaître l’ennemi pour se donner toutes les chances de le vaincre. » La maxime vaut pour les médecins, mais aussi pour les patients et pour nous tous, qui serons confrontés un jour à la maladie à travers un proche. Plus nous chercherons à la comprendre, moins elle nous effraiera. Pour savoir où nous en sommes, dans la lutte contre le cancer, et ce qui nous attend, il faut d’abord être au fait des batailles qui ont été gagnées ou perdues par le passé.

Voyez-vous une bonne raison de moins redouter le cancer qu’autrefois ?

J’en vois trois. D’abord, les traitements d’aujourd’hui sont bien plus supportables que dans les années 1970. Nous disposons de médicaments efficaces contre les nausées provoquées par les chimiothérapies, d’antidouleurs et d’antidépresseurs qui permettent au patient de conserver quelque chose d’essentiel, sa dignité. Ensuite, pour certains cancers, les chercheurs ont mis au point de nouvelles molécules, comme le Glivec, qui, contrairement aux anciennes, ne sont pas des poisons pour l’organisme. Nous espérons en découvrir d’autres agissant de manière ciblée et en finir avec la brutalité de la chimiothérapie telle que nous la connaissons. Enfin, nous comprenons de mieux en mieux comment naît le cancer.

Il est considéré comme une maladie de civilisation, liée au mode de vie moderne. Est-ce confirmé par l’Histoire ?

Non. Le cancer est au contraire l’une des maladies les plus anciennes. Mais il n’a pris de l’ampleur qu’au début du XXe siècle, à mesure que les autres causes de décès étaient éliminées. Auparavant, on mourait de la tuberculose, d’un œdème pulmonaire, du choléra, de la variole ou de la pneumonie. La modernité n’a pas causé le cancer, mais, en allongeant la durée de vie, elle lui a donné davantage d’occasions de se manifester.

Quand est-il apparu, alors ?

Un récit de l’Antiquité permet de penser qu’Atossa, reine de Perse, fut atteinte d’un cancer du sein à l’âge de 36 ans, vers 500 avant Jésus-Christ. Dans un accès de colère destructeur et bien avisé, elle a demandé à un esclave de lui enlever la tumeur à l’aide d’un couteau, ce qui lui a sans doute sauvé la vie. Il existe un autre cas, moins ancien, qui ne souffre aucune discussion, celui-là, car on a retrouvé les tissus touchés par la maladie. Il s’agit d’une momie vieille d’un millier d’années, déterrée en 1990 dans une plaine aride du sud du Pérou. Le bras gauche de cette femme d’une trentaine d’années présentait une masse dure qui avait percé les replis de la peau, remarquablement préservés. La défunte avait manifestement développé une tumeur maligne de l’os.

Le fondateur d’Apple, Steve Jobs, a rendu public son cancer du pancréas, le chanteur français Alain Bashung, son cancer du poumon. Les personnalités ne décèdent plus, comme par le passé, d’une « longue maladie ». En a-t-on fini avec l’hypocrisie ?

Certainement ! La perception de la maladie a définitivement changé dans la société. Elle n’est plus honteuse, sans doute parce qu’elle est maintenant très répandue. Il y a plus de malades, plus de survivants, aussi, qui refusent de se cacher. D’ailleurs, les patients préfèrent désormais qu’on mette les mots justes sur leur pathologie. Ils sont prêts à entendre la vérité, comme Carla, une mère de famille à laquelle j’ai annoncé que les statistiques lui donnaient seulement 30 % de chances de survie. Nous nous sommes battus et, aujourd’hui, elle fait partie des 30 %.

Les médecins ne sont pas tous partisans d’une telle franchise…

Je le constate, en effet. Certains croient ménager leur patient en minimisant les effets secondaires du traitement ou les risques de rechute. Ce n’est rien d’autre que du paternalisme, une attitude qui appartient à une autre époque. Vous n’allez pas lui épargner la chimio, alors pourquoi le priver d’informations qui pourraient le préparer à ce qu’il va subir ?

Où en sommes-nous, dans la guerre contre le cancer ?

En 2005, une avalanche d’articles scientifiques a révélé que la mortalité de presque toutes ses formes majeures – poumon, sein, côlon et prostate – avait diminué régulièrement depuis quinze ans. Elle a chuté de 15 % sur cette période, un déclin sans précédent dans l’histoire de la maladie. Cette victoire s’explique par la prévention du tabagisme, les progrès du dépistage et l’efficacité de certaines chimiothérapies. Avec un paradoxe… Le mérite en revient à l’ancienne génération de médecins chercheurs, les pionniers des années 1950 et 1960. C’était, en quelque sorte, de la vieille médecine. La dernière génération a réalisé des découvertes fantastiques sur la biologie des cellules cancéreuses, mais sans parvenir à transformer ces avancées en traitements efficaces.

Sait-on enfin ce qui se passe dans le cancer ?

Grâce à la génétique, on a compris que la cellule cancéreuse ne peut pas cesser de se multiplier. C’est une machine dérangée. Les circuits qui, d’habitude, régulent la division et la mort d’une cellule ont été interrompus. Celle-ci se comporte comme une voiture folle, hors de contrôle. Les freins sont cassés, ce qui signifie que, chez elle, des gènes dits « suppresseurs » de tumeur sont inactivés. L’accélérateur, lui, est coincé à fond, c’est-à-dire que des gènes favorisant le cancer – les oncogènes – sont activés.

Qu’est-ce qui rend folle la voiture ?

Le scénario le plus convaincant, en l’état actuel des connaissances, est le suivant. Je prendrai l’exemple d’un de mes patients, installateur d’équipements anti-incendie. Une microscopique fibre d’amiante s’échappe de son matériel et se loge dans son poumon gauche. Une inflammation locale se produit. Les cellules environnantes se mettent à se diviser furieusement, comme une minuscule blessure cherchant à cicatriser. Dans l’une de ces cellules, une mutation accidentelle se produit sur un oncogène. Donc celle-ci pousse plus rapidement que ses voisines et crée un petit paquet de cellules anormales, mais pas encore cancéreuses.

Et ensuite ?

Une décennie passe. L’homme fume, et un produit cancérogène présent dans le goudron provoque, dans l’une des cellules anormales, une nouvelle mutation activant un deuxième oncogène. La cellule doublement mutée prolifère d’autant plus. Une autre décennie s’écoule. L’homme passe une radio du thorax, si bien qu’une cellule de cette petite masse reçoit un rayon X et acquiert une nouvelle mutation qui inactive, cette fois, un gène suppresseur de tumeur. Une quatrième mutation, l’année suivante, la transforme en cellule cancéreuse. Un an après, le scanner révèle une tumeur formant comme une écorce autour d’une bronche du poumon.

Désormais, nous connaissons l’ennemi, pour reprendre votre maxime militaire. Allons-nous gagner la guerre ?

Le défi actuel, pour la médecine, est de trouver comment éviter que de telles mutations se produisent, ou encore d’éliminer les cellules mutées sans nuire à celles qui ne le sont pas. C’est précisément le mode d’action du Glivec, un médicament qui a prouvé, en 1999, la validité de cette approche radicalement nouvelle. Il est utilisé dans un type de leucémie dont l’issue, auparavant, était fatale. Il faut le prendre à vie, certes, mais les patients peuvent maintenant espérer vivre une trentaine d’années après le diagnostic. Le médecin américain à l’origine du Glivec souligne pour plaisanter que, à cause de sa découverte, le nombre de malades du cancer a augmenté dans le monde…

Qu’est-ce que la génétique a changé dans la vision du cancer ?

Tout. Même le système de classification des cancers par organe est devenu obsolète. La nouvelle typologie va nécessairement combiner les aspects anatomique et génétique. On s’est aperçu, par exemple, qu’un sarcome abdominal se rapprochait beaucoup d’une certaine forme de leucémie. On retrouve le même type de mutation dans les deux cancers, de sorte qu’un patient avec un sarcome abdominal peut être traité avec un médicament contre la leucémie. Pourtant, sous le microscope, les cellules cancéreuses issues de l’un et de l’autre ne se ressemblent pas du tout.

Peut-on espérer, après tous ces efforts, éradiquer un jour le cancer ?

Une croyance assez répandue veut que, si l’on réussit à identifier tous les agents carcinogènes présents dans notre environnement et qu’on les élimine, le cancer disparaîtra. Cela me paraît utopique. Il faut s’efforcer, bien sûr, de ne plus se retrouver exposé au tabac ou à l’amiante. Mais certaines mutations génétiques se produisent apparemment de manière fortuite au cœur de nos cellules. Ce sont des erreurs dans le processus normal de réplication des gènes, lors de la division cellulaire nécessaire à l’être humain pour assurer ses fonctions vitales ou sa reproduction. Les graines du cancer sont incorporées, en quelque sorte, dans nos chromosomes. Notre ambition à l’égard du cancer devrait donc être plus modeste : retarder le plus possible l’échéance, la repousser aux confins du grand âge.

Vous ne seriez pas un peu défaitiste ?

Sûrement pas. Je me définis comme un optimiste sobre, au sens où je ne m’enivre pas d’illusions. Il y a trente ans, les médecins ont fait preuve d’un orgueil fou en clamant que le cancer serait guérissable dans un avenir proche. Ils pensaient trouver le traitement définitif. A la veille de l’an 2000, ils ont dû admettre qu’ils s’étaient trompés. La génération actuelle se situe à un tournant, parce qu’elle disposera bientôt du catalogue complet des mutations présentes dans le génome du cancer de chaque patient. Les outils que nous utiliserons pour combattre la maladie changeront tellement dans les cinquante prochaines années que les futurs médecins souriront de nos cocktails de poisons actuels, si primitifs.

(1) L’Empereur de toutes les maladies. Une biographie du cancer. Flammarion, 649 p.

Propos recueillis par Estelle Saget

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Réactions

arlette marée | 6 octobre 2013

les labos gagnent énormément de fric avec leurs chimios qui ne détruisent parfois même pas les tumeurs cancéreuses ,mais les bonnes cellules . Je ne connais pas une seule personne dans mon entourage que la chimio à guéri...tout au plus quelques semaines de plus à vivre et dans quelles souffrances!

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Christian Decroly | 6 octobre 2013

@ Baudouin Labrique : je ne suis pas loin de penser comme vous, j'ai eu le grand malheur de perdre mon épouse il y aura 10 ans, d'un terrible cancer, curieusement, les quelques années qu'elle a vécues avant, furent terribles à supporter, soumises constamment à un très dur stress, sans répit, à tous niveaux, il y avait de quoi craquer ! Bien sûr, je n'y connais rien en médecine, je fais ici, un simple constat car, sincèrement cette vie "sous pression constante" lui a certainement fait perdre beaucoup de défenses immunitaires, son médecin interne ne savait certainement plus où donner de la tête !! Le fait d'apprendre que des cas de cancers se trouvent prouvés depuis des millénaires, ne me surprend guère cette nouvelle est vieille comme le temps, il parait même qu’un pharaon serait décédé de cette terrible maladie donc, la question ne se pose pas pour moi, c'est certainement vrai puisque affirmé par la science. Maintenant que en plus d'une vie moderne ultra stressante assaisonnée de "malbouffe" et de pollutions à outrance, n'est pas pour nous remettre dans des conditions de vie optimales et n'espérons pas un avenir meilleur, il suffit de voir l'accroissement des produits de synthèse employés en agriculture !!

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Baudouin Labrique | 6 octobre 2013

Professionnellement, je suis le témoin de guérisons même de cancers chez des personnes qui ont précisément activé leur « médecin intérieur », confirmant ce que Weiss et English avaient déjà observé. — Le « préjugé organiciste » cité par Deschamps : la vision scientifique dans sa partie matérialiste et rationaliste est à œillères, car elle ne dépasse de nouveau pas la vision organiciste des choses ; en fait, lorsque la recherche scientifique s’attache à découvrir dans les symptômes l’origine des cancers, elle active le dogme organiciste ; par contre, d’autres scientifiques mettent en avant la cause (sine qua non) psychique du cancer, les facteurs matériels environnementaux ne faisant qu’avancer l’apparition des symptômes et les amplifier. Il faudrait plutôt mettre en avant toutes les facettes du champ oxydant. Extrait du livre « Quand les thérapeutes dérapent » (p. 70) : « Des scientifiques réputés se sont déjà affranchis de cet ancrage au tout–au-physiologique, en identifiant le stress oxydant comme à l’origine du cancer. Parmi eux, le célèbre Pr Luc Montagnier – prix Nobel de médecine 2008 pour sa codécouverte du VIH (SIDA) – en est « arrivé à la notion de "champ oxydant" » (1). Dans « l’addition des phénomènes générateurs de stress oxydant », il inclut des « facteurs psychologiques » et précise que « le système immunitaire lui-même est affaibli par les problèmes de stress psychologique » (2). 1. Luc Montagnier, Les Combats de la vie, Éd. Jean-Claude Lattès, Paris, 2008, pp. 190-191. 2. Interview du Pr Montagnier, propos recueillis par Céline Andrillon pour la revue Bio-énergie n°27 » — Focaliser sur l’aspect matériel, organiciste des maladies a déjà pu faire dire à Platon : « Il est folie de vouloir guérir le corps sans vouloir guérir l'esprit ». — Parmi d‘autres, « L’expérience de Sklar et Anisman, effectuée en 1979, renforce cette idée [de l’influence directrice du psychisme sur notamment la survenance de tumeurs]. Des cellules tumorales inoculées à des souris prolifèrent plus rapidement et entraînent une mortalité supérieure si les animaux sont exposés à des chocs auxquels ils ne peuvent échapper [cf. ce que le Pr Laborit déjà cité avait ou découvrir au travers de ce qui se produit alors comme stress ingérable en situation d’inhibition de l’action”]. De façon encore plus subtile, il a été montré que, pour des rats, le fait d’être « informés à l’avance », c’est-à-dire de pouvoir anticiper les chocs, avait une influence : lorsqu’ils sont annoncé par un bruit ou une lumière, les chocs ne perturbent pas la prolifération des lymphocytes, alors que non signalés à l’avance, ils perturbent significativement la lympho-prolifération. Cette expérience démontre l’importance des facteurs dits subjectifs sur la croissance tumorale, et implique la mise en jeu de facteurs centraux d’intégration ». (Le mystère du placébo, Dr Patrick Lemoine, Odile Jacob, 1996, pp. 90-91). — « Le vrai médecin est le médecin intérieur. La plupart des médecins [et des thérapeutes] ignorent cette science qui, pourtant, fonctionne si bien ». Dr Albert SCHWEITZER Lors d'un séjour en Afrique, le journaliste Norman Cousins qui s’était guérir d’une maladie déclarée incurable, rencontra le Dr Schweitzer à son dispensaire de Lambaréné et voici la réponse reçue de la part du Dr Schweitzer à la question suivante : « Lorsque je demandai au Dr Schweitzer comment il expliquait que l'on puisse espérer guérir grâce au traitement dispensé par un sorcier, il me dit que le lui demandais de divulguer un secret bien gardé par les médecins depuis Hippocrate. "Mais je vais tout de même vous le dire", poursuit-il, le visage toujours illuminé par un demi-sourire. "Le secret du sorcier est dû à la même raison que notre succès à tous. Tout malade porte son propre médecin à l'intérieur de lui-même. Il vient chez nous parce qu'il ignore cette vérité. Ce que nous pouvons faire de mieux, c'est donner une chance au médecin qui réside à l'intérieur de chacun" Le placebo est le médecin qui réside en nous ». (La volonté de Guérir, Ed. du Seuil, en livre de poche n° A43,Col. Ponts Actuels, 1981 p. 62) — Guérison plus rapide possible ? Alliée à une psychothérapie adaptée et qui respecte les croyances et les options de santé des patients, dans le cas le moins favorable, le taux de survie grimpe bien au-delà des statistiques officielles ; dans les cas plus favorable, cela conduit à la rémission. Quand le stade terminal n’est pas atteint, ce qui rend physiologiquement une inversion quasi impossible, l’autoguérison dépend de l’investissement personnel du patient et de sa capacité à mobiliser ses énergies positives : « Les soldats blessés vainqueurs guérissent plus vite que les vaincus », avait observé le chirurgien des armées, Ambroise Paré au XVIème siècle. — De fait, la médecine telle que pratiquée dans une vision exclusivement matérialiste et rationaliste fait l’impasse d’un pan des plus importants de la science médicale : la psychosomatique : - « Des études cliniques, effectuées sur des malades dont on a pu établir tous les antécédents biographiques, ont montré l’existence d’un rapport chronologique entre l’évolution de leur maladie et les événements retentissant sur leur vie affective. La situation qui précipite le sujet dans la maladie revêt pour ce malade une signification affective particulière, parce qu’elle est liée à son passé ou à une problématique conflictuelle non résolue. C’est en raison de ces liens qu’elle a pour lui un effet de stress. « (A. Becache, Psychologie Pathologique, 2004, Abrégés Masson) 9ème Édition, p. 219). - « C'est la médecine tout entière qui doit s'ouvrir à la psychologie et devenir psychosomatique. Ou pour mieux dire, avec WEISS et ENGLISH [°] : " Toute maladie relève à la fois de l'esprit et du corps et toute thérapeutique est, de ce fait, de la médecine psychosomatique. Lorsqu'on en sera dûment persuadé, le terme psychosomatique pourra disparaître, les données qu'il traduit étant désormais impliquées dans le terme médecine ". Mais pour cela il faut que tous les médecins et psychiatres soient authentiquement formés à la psychologie et aient renoncé au préjugé organiciste. ». (Marc-Alain Descamps, Corps et psyché, 1992, p16). ° Ouvrage de référence : Médecine Psychosomatique. L'Application de La Psychopathologie aux Problèmes Cliniques de Médecine Générale — « Il n'y a pas que les maladies psychiques et psychosomatiques qui soient du ressort des comportements individuels en situation sociale […], sans doute toute la pathologie en dépend. […] Il faut regretter que le clinicien lui-même n'agisse généralement pas autrement en soignant un ’cœur’, un ‘estomac’, un ‘foie’, etc. ce qui consiste à l'isoler du contexte familial et socioculturel où vit l'organisme auquel il appartient. » « N’est-il pas alors curieux de constater que le psychotique, lorsqu’il est établi dans sa démence, lorsqu’il a dépassé le stade douloureux de son établissement pendant lequel tous les examens biologiques montrent de profondes perturbations, se trouve dans un état normal d’équilibre biologique qui lui permet d’éviter les lésions néoplasiques [cancers] (toutes les statistiques mettent en évidence la faible incidence du cancer chez les psychotiques) et infectieuses ? » (...) « (...).il n'y a pas que les maladies psychiques et psychosomatiques qui soient du ressort des comportements individuels en situation sociale (…), sans doute toute la pathologie en dépend. » « Le manichéisme qui caractérise la majorité des conduites humaines ne permet d'envisager jusqu'ici que deux conduites à l'égard de la maladie : l'une consiste à agir sur l'organisme malade en ignorant son environnement, l'autre à agir sur l'environnement en croyant que cela suffira à résoudre tous les problèmes organiques. Il serait sans doute préférable dans certains cas, pour traiter un ulcère d'estomac, d'éloigner la belle-mère par exemple plutôt que de pratiquer une gastrectomie qui ne changera rien au facteur environnemental. » « Quand l'action est impossible, l'inhibition de l'action permet encore la survie puisqu'elle évite parfois la destruction, le nivellement entropique avec l'environnement. C'est en ce sens que la "maladie" sous toutes ses formes peut être considérée comme un moindre mal, comme un sursis donné à l'organisme avant de disparaître. » (C’est Laborit qui a mis les guillemets). Pr Henri LABORIT (« Inhibition de l’action », 1979, Masson). (A voir ou a revoir, le fameux film primé à Cannes, Mon oncle d’Amérique, où Laborit joue son propre rôle de découvreur). (Détails : http://www.retrouversonnord.be/InhibitionActionLaborit.htm).

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