mercredi 23 mai 2012

Mauvaises notes pour les agences de notation

lundi 28 novembre 2011 à 08h07

Standard & Poor's, Moody's, Fitch : elles sont trois et dominent aujourd'hui la planète financière. Au grand dam des Etats et régulateurs qui leur ont accordé un pouvoir démesuré et veulent désormais les faire rentrer dans le rang. Trop tard ?

"Il existe seulement deux puissances capables de détruire l'économie d'un pays : l'aviation américaine sous un tapis de bombesà et Moody's en dégradant sa notation." Dans les années 1970, la formule prêtait encore à sourire même si, déjà, elle donnait un aperçu du pouvoir des agences de rating. Moody's donc, mais aussi Standard & Poor's et Fitch. A présent, l'influence considérable acquise par ces shérifs des marchés financiers - rebaptisés les "trois sorcières" ! - soulève au bas mot la méfiance. Leurs appréciations rythment la vie des affaires et des Etats. D'un trait de plume, ils sont capables de précipiter la chute d'une entreprise ou d'une économie.

Ce pouvoir, les Big Three l'ont toujours exercé, à l'égard notamment des pays. Mais, hier, il s'agissait encore de l'Argentine ou de l'Indonésie. Le 5 août dernier, l'impensable est arrivé : S & P a dégradé les Etats-Unis. Dans la zone euro, la Grèce, l'Irlande, l'Espagne, l'Italie ont aussi subi les foudres des agences. La Belgique (AA+) a été semoncée également. Et maintenant, c'est au tour de la France : le 17 octobre, Moody's avertissait le gouvernement qu'elle se donnait trois mois pour décider de placer ou non la notation tricolore sous surveillance négative. Mais, dès ce 21 novembre, elle accentuait la pression. L'orgueil national en a pris un coup. Au café du coin, entre les étals du marché, aux 20 Heures, le « triple A » s'est invité dans les discussions. Comme Harpagon et sa chère cassette, l'Elysée et Matignon n'ont plus d'yeux que pour ces trois voyelles, désormais enjeu majeur de la présidentielle. Tant pis si la croisade est déjà vaine.
Mais, alors qu'elles paraissent au faîte de leur puissance, les agences, boucs émissaires commodes, n'ont jamais été si décriées. On les accuse d'opacité, d'être juge et partie ; on déplore leurs interventions sans discernement. Depuis le 10 novembre, Paris dénonce aussi leur amateurisme : ce jour-là, S & P a laissé croire "par erreur" que la France avait été dégradée !

Le 15 novembre, à Bruxelles, les politiques avaient beau jeu, pour la troisième fois en trois ans, de vouloir encadrer leurs activités. Après la création, en 2011, d'une autorité européenne de régulation (Esma), le commissaire français, Michel Barnier, est reparti à l'offensive, mais son idée phare de suspendre provisoirement la notation d'un pays sous assistance internationale a été retoquée. Et, quelles que soient les nouvelles contraintes arrêtées, le cartel des agences a encore de beaux jours devant lui. "La zone euro représente de 10 à 12 % du marché mondial de la notation", rappelle un des pontes du secteur. Avant de lâcher crânement : "Et ils prétendent nous réglementer !"

Pourquoi les agences ont-elles tant de pouvoir ?

Trois agences mondiales font la pluie et le beau temps sur les marchés. Ce pouvoir, pour une large part, Etats et régulateurs le leur ont servi sur un plateau. Et ils n'ont pas cessé, au fil des réglementations, d'accroître leur influence. Les notes fixent ainsi des limites légales aux possibilités de placement des caisses de retraite ou des assureurs. Elles servent aussi de référence officielle pour le calcul des ratios de fonds propres des banques. La Banque centrale européenne elle-même exige le gage de papier bien noté. Cette défausse généralisée a donné aux agences un rôle disproportionné. « Leurs "ratings" sont devenus ultra dominants, pour ne pas dire exclusifs, dans les choix d'investissement », relève le think tank Terra Nova.

Indispensables - la notation d'une entreprise est déterminante pour lever des capitaux - , les agences sont devenues incontournables. On a placé "les notations au c£ur des prises de décision politique, un terrain que nous n'avons jamais, au grand jamais, cherché à occuper", a toujours plaidé Carol Sirou, une des responsables de S & P. Aujourd'hui, un coup de semonce d'une agence peut déclencher un plan de rigueur et, regrette le consultant Jean-Jacques Ohana, président de Riskelia, "conduire des gouvernements à agir davantage en traders qu'en stratèges".

Sont-elles irréprochables ?

"Les Etats découvrent ce que nous, entreprises, savons depuis longtemps, lâche, sous couvert d'anonymat, un grand patron. La méthodologie des agences est obscure, c'est une véritable boîte noire." Elles disent construire leur notation à partir d'une batterie de critères, mais ceux-ci ne cessent d'évoluer et les appréciations qualitatives s'ajoutent aux données quantitatives selon de mystérieuses pondérations. Certes, le processus de rating suit des étapes très codifiées, de la recherche d'informations jusqu'au comité de notation, sommé de dégager un consensus. De ce fait, "une note est rarement sous-évaluée ou surévaluée", assure un ancien.

Pourtant, les dérives existent, comme l'a montré le juteux marché des financements structurés, pour lesquels les agences se sont mises à distribuer des notes à la pelle, dans des délais record alors que ces produits étaient très complexes. De même, la notation souveraine entraîne les auditeurs sur des terra incognita : "Quelle est leur compétence, par exemple, pour évaluer la capacité d'un Etat à lever l'impôt ou à engager des réformes ?" interroge le député européen vert Pascal Canfin, qui plaide, à Bruxelles, pour une responsa-bilité renforcée des agences. Comme lui, Philippe Portier, avocat chez Jeantet & Associés, n'exclut pas la possibilité de sanction. La suite donnée à la bourde de S & P sur la dégradation de la France constituera un bon test de la volonté européenne de mieux contrôler les contrôleurs.

Leur indépendance est-elle totale ?

D'emblée les détracteurs appuient là où ça fait mal : les agences sont - grassement - payées par les émetteurs. "Chez S & P, nous étions attentifs à ce qu'aucun client ne représente plus de 5 % du chiffre d'affaires", plaide François Veverka, ancien responsable des activités européennes. Les contrats étant annuels, voire pluriannuels, l'essentiel de l'activité est assuré dès le 1er janvier : une véritable rente de situation, confortée par une demande toujours plus forte et, corollaire, une envolée des tarifs, multipliés par deux ces quinze dernières années. "Si les conflits d'intérêts étaient réels sur les financements structurés [NDLR : les agences assumaient à la fois un rôle de conseil et de notation], ils sont bien moindres sur les entreprises et absents sur les Etats, qui ne contribuent que faiblement aux revenus", assure Nicolas Véron, de l'institut Bruegel.

Les analystes n'en restent pas moins soumis à des pressions politiques, surtout depuis que les puissances occidentales sont dans leur viseur. Jaloux de leur liberté, ces hommes de chiffres, passés par l'audit, étonnent par leur discrétion : "Ce ne sont pas des loups de la finance, plutôt des rats de bibliothèque", confie un ancien. Des salariés payés cinq, voire dix fois moins que leurs confrères banquiers, et souvent débordés : "Victimes d'un sous-effectif criant, ils croulent sous les dossiers", témoigne l'ex-directrice générale de Moody's France, Catherine Gerst.
Et les voilà maintenant menacés d'ingérence par Bruxelles. La Commission veut que les clients ne soient pas suivis trop longtemps par le même analyste et qu'ils changent régulièrement d'agence. Comble de lèse-majesté, elle envisage de rendre publics les débats, jusque-là très secrets, menés en comités de notation.

Sont-elles infaillibles ?

Malheureusement, non ! Leur histoire est même jalonnée d'erreurs. En 1936, déjà, l'Association des banquiers du Missouri les avait dans le collimateur. Depuis, de la dégringolade des caisses d'épargne américaines à l'effondrement frauduleux du géant italien de l'alimentaire Parmalat, en passant par la faillite de Lehman Brothers, on ne compte plus les ratés. Les Big Three n'ont rien vu, rien anticipé. Elles n'avaient pas prévu non plus la descente aux enfers de l'Argentine en 2001. Mais c'est depuis 2008 que leur insuffisance apparaît notoire. Incapables d'entrevoir le choc des subprimes, elles n'ont de cesse à présent de prendre les devants en sanctionnant à tour de bras entreprises et Etats. Selon l'Autorité des marchés financiers, le nombre de dégradations a explosé entre 2007 et 2009. Par là même, les agences n'ont fait qu'ajouter de la crise à la crise. Drôles de juges de paix.

BRUNO ABESCAT ET VALÉRIE LION

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Réactions

Etterbeeki | 28 novembre 2011

Au risque d'être naïf, je repeterai que les marchés ont été crées pour ques des sociétés puisseent lèver des fonds pour investir dans leurs activitiés. A partir du moment où ces marchés spéculent sur des produits dérivés, on est déjà loin du but - encore plus quand les états sont "cotés". Ceci pousse à la course vers l'austérité, car pour "les marchés" il faut agir rapidement, plutot que vers la croissance.

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paradisio50 | 28 novembre 2011

Stupeur et tremblement des états face aux agences de notation a la solde des lobby financiers la fluctuation des taux d'intérets des pays souverains,inonde les comptes bancaires des préteurs aux détriment des travailleurs transformés en zombies de la naissance a la mort,pour régler des dettes héritées de gestionnaires incompétents,de corruption,malversations,et autres gaspillages d'hommes politiques de droites nordistes pour la plupart, puisque les francophones n'étaient pas représentatifs,de la belgique démographiques et sociale.Stupeur et tremblement des politiques belges face a la menace d'amende gigantesques élaborées par l'europe,sur des critéres ignorés du peuple. On a créé l'europe des friqués pour les nantis et c'est le peuple des travailleurs du fond du panier qui doivent avoir le plus de peine. Beaucoup de gosses iront a l'école avec des souliers troués parce l'enseignement est gratuit?et pour beaucoup il méne au chomage,a l'ale,et aux chéques services créés par dehane,et récupérés par le libéral verostac. Le niveau du savoir des eléves est descendu si bas que les enseignants baillent face au primitif qui revient au galop. C'est de la faute des socialistes,l'ane de la peste chez les animaux. L'orsqu'un patron,doit se rendre a l'onem a cause d'une culbute d'affaire il est content de jouir du systéme sociale et ce ne sont pas ses bons amis qui l'aideront. A ce niveau c'est chacun pour soi,dés qu'il n'y a plus de pognon les amis avec on rejoin les files des assistés.Il y aurait tant a dre ,la soeur de bhabar était un moment a la cpas...........Et si on foulliait la fosse a purin.....

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jackdupre | 28 novembre 2011

Comment instaurer un système de notation indépendant et transparent affichant sa méthodologie? Il suffit de faire un programme informatique validé par vote démocratique et argumenté ou les paramètres d'évaluations seront repris au vu et au su de tous. On peut même le mettre sur internet et tous ces technocrates obscurs perdront de leur superbe. Bien entendu il devra être incorruptible et insensible aux divers lobbies de gauche ou de droite. Yaka quoi! Mais cela demande une volonté politique globale sinon ce sera la foire d'empoigne à nouveau. C'est la corruption et la spéculation qui nous mine. Il faut arrêter tout cela et repartir d'un bon pied. Cela se couple à l'assainissement du secteur banquier et boursier ou de nouvelles règles sont à élaborer dans la douleur des profiteurs actuels.

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