Destruction d'immondices en Wallonie: la guerre des incinérateurs
A Charleroi, l’ICDI réclame une nouvelle ligne pour incinérer ses déchets. Or la Wallonie est déjà en surcapacité de destruction d’immondices, comme le démontre une étude exclusive.

Les déchets produits par ménage wallon pourraient bien baisser encore. © Philippe Renault/Image Globe
Faut-il remplacer le four 3 de l’incinérateur de Pont-de-Loup (Aiseau-Presles), qui atteindra bientôt sa limite d’âge, par une nouvelle ligne? Est-il pertinent, sur le plan économique, de maintenir la capacité de brûlage de déchets de l’ICDI (Intercommunale de collecte et de destruction des immondices de la région de Charleroi) en en faisant porter le coût à la collectivité et alors que la Wallonie est en surcapacité de destruction? Non, selon les conclusions d’une étude réalisée par le centre de recherches en écologie politique Etopia.
La Wallonie compte actuellement quatre installations d’incinération sur son territoire. Une à Liège (Intradel), une à Thumaide, dans la commune de Belœil (Ipalle), une à Virginal, sur le territoire d’Ittre (Intercommunale du Brabant wallon), et une à Pont-de-Loup (ICDI). Au total, ces incinérateurs ont la capacité de brûler annuellement entre 900.000 et 1 million de tonnes de déchets ménagers.
Or, depuis quelques années, on observe une nette diminution du tonnage de déchets produits par les ménages wallons. D’un peu plus de 900.000 tonnes en 1997, le chiffre est tombé à 605 000 tonnes en 2010. "Pour compenser ce manque à gagner, les incinérateurs brûlent désormais aussi des déchets d’entreprises, comme les papiers, cartons ou plastiques, à hauteur de quelque 300.000 tonnes", précise le député wallon Xavier Desgain (Ecolo). Car lorsqu’une installation ne tourne pas à plein rendement, le coût à la tonne augmente.
Or les déchets produits par ménage pourraient bien diminuer encore. "En Wallonie, la production de déchets chez les particuliers tourne autour de 150 kilos par an", rappelle Hadelin de Beer, conseiller politique chez Etopia. La moyenne s’établissait encore à 350 kilos par an et par habitant en 1997. A Charleroi, elle est toujours de 195 kilos par an, mais tout indique qu’elle devrait, à terme, s’aligner sur la moyenne de la région. Surtout si des communes de plus en plus nombreuses optent pour un système de poubelles à puces, qui font instantanément décroître le volume de déchets.
Les entreprises, elles, sont déjà plus regardantes sur le coût d’élimination de leurs déchets depuis la crise de 2008. Si, en triant leurs déchets, elles peuvent s’en débarrasser gratuitement via les filières de ramassage, pourquoi payer pour les faire brûler dans un incinérateur? La même évolution s’observe d’ailleurs dans les pays voisins, au point que les incinérateurs se battent à coups de prix écrasés pour attirer chez eux des déchets transfrontaliers et ainsi faire tourner leurs lignes.
Addition d’intercommunales
Pour Etopia, la demande du conseil d’administration de l’ICDI, qui souhaite que le gouvernement wallon subventionne la construction d’une nouvelle ligne, ne se justifie donc pas. "En Wallonie, il n’y a jamais eu de politique de gestion régionale des déchets jusqu’à présent, tout au plus une addition d’intercommunales, y déplore-t-on. L’enjeu actuel est bien de créer une vraie politique en la matière, par exemple en réorientant certains sites vers des unités de biométhanisation, chargées de traiter les déchets organiques."
L’ICDI espère néanmoins obtenir le feu vert gouvernemental pour une nouvelle ligne d’une capacité de 55.000 tonnes. Une cinquantaine de personnes travaillent aujourd’hui pour l’incinérateur carolo. Ses administrateurs avancent aussi que, faute de capacité suffisante pour brûler les déchets dans la région de Charleroi, une partie de ceux-ci devront être transportés en camions vers un autre four pour y être détruits. Le gouvernement wallon devrait trancher cette question avant la fin de cette année.
Réactions
Voila bien un problème : celui des intercommunales qui ignorent les capacités et ce que font leurs collègues. Il ne devrait y avoir qu'une seule société de gestion des déchets en Wallonie, et la mutualisation des moyens (parcs à conteneurs, incinérateurs, filières de recyclage) à la place d'une dizaine d'intercommunales couteuses.
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