mercredi 23 mai 2012

Tito replonge dans la guerre civile avec Ivana

vendredi 10 février 2012 à 17h42

Le dessinateur espagnol Tito était à Bruxelles pour présenter "Le choix d’Ivana", un album dans lequel il s’écarte de la thématique adolescente pour évoquer la vie d’une femme qui a survécu au siège de Sarajevo en faisant un choix de vie.

© Casterman

Vous situez « le choix d’Ivana » à l’époque du siège de Sarajevo, de 1992 à 1996. Pourquoi aborder cet événement et surtout bien des années après ?

Cette période chaotique m’a beaucoup touché, je suis très sensibilisé à la violence de la guerre civile et pas uniquement celle d’Espagne . Sarajevo m’intriguait, cette ville ressemble d’ailleurs à Tolède… En allant dans un bar de Sarajevo, un ami m’a spontanément appelé Tito. Brusquement, tous les visages se sont retournés vers moi. Tito était un dirigeant de l'État socialiste yougoslave, mais il n'était pas impopulaire en Bosnie. La patronne du bar m’a questionné et je lui ai expliqué que j’étais espagnol et dessinateur de BD. De là, elle a décidé de me prendre sous son aile et de m’aider dans mes repérages dans la ville.

Pourquoi raconter cette histoire maintenant ? Simplement parce que j’avais d’autres projets en route, mais Sarajevo ne m’a pas quitté. Le hasard fait que l’actualité me rattrape maintenant. A la fin 2012, le tribunal de La Haye va disparaitre. C’est pour ça que les dictateurs tombent aujourd’hui comme des mouches. Dans « le choix d’Ivana », je fais tomber l’instigateur du siège de Sarajevo, Radovan Karadzic.


Que pensez-vous du succès grandissant de la BD-reportage ? Etes-vous proche de cette veine ?


J’ai toujours fait de la BD-reportage (rire) ! Figurez-vous que je l’ai sûrement fait avant tout le monde, avant que ça devienne à la mode. Certains dessinateurs travaillent comme des journalistes en couvrant l’actualité (comme Joe Sacco ou Guy Delisse). Moi, je parle d’événements historiques passés, mais je colle à la réalité en recueillant des témoignages, en allant sur le terrain. Je restitue des lieux réels.

J’ajoute également ma dose de fiction. Ivana est mon personnage à moi, mais l’épisode du viol et de l’exil de l’enfant à l’étranger n’est pas le fruit de mon imagination. Beaucoup de femmes l’ont vécu en Bosnie. Je trouve les stigmates de guerre renversants, j’ai vu des murs criblés de balles. A côté de ça, je fais le choix d’épargner la violence aux lecteurs. Elle n’est présente que dans les mots parfois. Je la suggère, mais je la dessine le moins possible. Elle est déjà bien assez présente dans les médias.


On a l’impression que vous avez peu compliqué la tâche d’Ivana. Ses recherches sont aidées par des coïncidences heureuses.


Je ne pense pas que ce soit trop facile. Des coïncidences comme ça ne sont pas si rare, il y a beaucoup de personnes d’origine bosniaque en France. Les relents patriotiques apparaissent en entendant sa langue. Et pour les recherches, ce n’est pas rare non plus de connaitre une personne qui travaille à la mairie. Et puis, j’ai compliqué la tâche d’Ivana en la faisant transiter en Italie, ce qui montre qu’elle est vraiment déterminée et va poursuivre sa quête en France.


L’issue par contre est imprévue et peut-être décevante pour certains. Ne pensez-vous pas que le désir d’une femme de retrouver son enfant après tant d’années est trop grand pour renoncer à la fin ?


Selon moi, des femmes peuvent réagir comme Ivana, en souhaitant préserver l’enfant avant tout. Ivana est une femme qui prend sur elle, qui se fait violence et on le voit dès le début. Elle est toujours sur la pointe des pieds, humble. Je ne pense pas que toutes les femmes se précipiteraient à déballer leurs histoires dans ces circonstances. Je laisse une fin ouverte volontairement pour que le lecteur fasse son choix.


Vous utilisez Facebook et un blog. Quelle est votre relation avec vos lecteurs ?


J’ai une relation privilégiée avec mes lecteurs qui sont essentiellement des adolescents. C’est sur leur conseil que je tente d’apprivoiser ces outils. Ça me permet de leur répondre vite et personnellement. Je me prête au jeu en postant des vidéos de mon travail, des liens vers des articles parlant de mes œuvres.

En revanche, avant je recevais beaucoup de lettres personnelles où des jeunes se laissaient aller à la confidence. C’était très touchant, mais elles se font plus rares désormais. Mais les rencontres restent essentielles, comme au festival d’Angoulême. Un lecteur a été pris aux tripes par « le choix d’Ivana » car il connaissait l’événement. Là je me dis que mon histoire est crédible.


Astrid Thins (stg)

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