Sur un air de " bankster "

Pierre Havaux

Pierre Havaux

jeudi 07 mars 2013 à 16h58

La charge de la N-VA sur l’ACW et ses relations avec le monde de la finance (Belfius) fait trembler le CD&V, jusqu’à avoir eu raison de son ministre, Steven Vanackere. Le parti de Bart De Wever remet en vogue le « tube » politique des années 1930 : la collusion politico-financière.

Léon Degrelle. © D.R.

Le spectre des années 1930 : on en parle, on en parle. Même Albert II s’y est mis dans son dernier discours de Noël. Mal lui en a pris : sa mise en garde sur les dangers d’ un retour en arrière de sinistre mémoire lui a valu une volée de bois vert. La N-VA s’est sentie visée, le monde politique du nord du pays s’en est offusqué. Que le Roi se le tienne pour dit : sa référence aux années 1930 était hors de propos. Vraiment ?

Il se pourrait que sa Majesté ait eu le nez fin. Qu’il ait bel et bien humé ce méchant parfum d’entre-deux-guerres. La N-VA a entrouvert le flacon, en remettant au goût du jour un thème porteur qui a tenu la politique belge en haleine dans les années 1930 : la collusion politico-financière.

Le parti de Bart De Wever s’est jeté sur un morceau de choix : la saga ACW/Belfius et sa réaction en chaîne sur le terrain politique.

Temps un : une charge frontale d’une violence rare de la N-VA sur l’ACW, le Mouvement ouvrier chrétien flamand, épinglé pour ses déboires dans le monde de la finance et ses relations intrigantes avec la banque publique Belfius qui a repris l’héritage pourri de Dexia.

Temps deux : ce pilier de la puissance démocrate-chrétienne flamande vacille sur ses bases et fait trembler son pôle politique, le CD&V. Jusqu’à entraîner la démission de son chef de file gouvernemental, le vice-premier et ministre des Finances Steven Vanackere.

La N-VA n’a rien inventé. Et le monde catholique flamand a déjà connu ce genre de sensations.

1934 : le Boerenbond est au tapis. Sa banque, l’Algemeene Bankvereniging, fait la culbute. L’épargne paysanne, objet de placements financiers téméraires, est en péril. Panique à tous les étages : une organisation catholique aussi puissante ne peut décemment défaillir. Au nom de l’intérêt social des petits déposants, le gouvernement de l’époque vole au secours du Boerenbond moribond. L’Etat paie la note. Dans des circonstances qui font jaser.

Le monde socialiste n’en mène pas large non plus. La Banque belge du Travail, alimentée par des fonds déposés par les coopératives socialistes, a sombré en 1933. L’édifice socialiste chancelle, autant que le catholique : le POB, ancêtre du PS, est accusé d’avoir vendu son âme à l’hypercapitalisme et à la haute finance. Les pouvoirs publics y vont aussi de leur poche pour sauver les meubles. Nouveaux grincements de dents.

Le « scandalisme », nourri par d’autres débâcles politico-financières, fait fureur. Il ne quitte plus les séances parlementaires, la presse en fait ses choux gras. Il a ses thèmes favoris : les accointances entre les milieux gouvernementaux et le monde de la finance, les soupçons de favoritisme et de renvois d’ascenseurs dans l’intervention de l’Etat au profit de certaines institutions financières, les cumuls de mandats politiques et financiers. Il fait des victimes, en ruinant des carrières politiques : démission de ministres, mise à l’écart de mandataires.

Tout y est, dans les années 1930 comme aujourd’hui.

Même toile de fond : la grande dépression économique, la cascade de déconfitures industrielles et bancaires, un monde politique appelé à la rescousse dans des circonstances controversées.

Mêmes réflexes politiques : l’appel à une commission d’enquête parlementaire sur les collusions politico-financières, qui sera constituée en août 1936.

Même com’ : elle s’enrichit d’un vocabulaire-choc, simple, propre à frapper les esprits, facile à digérer par la presse.

Le « bankster » est né, c’est-à-dire l’homme politique compromis dans une affaire financière, et que l’on jette en pâture sans discernement à l’opinion publique.

Le rexiste Léon Degrelle, mais il n’est pas le seul, en fait la base d’un raz-de-marée électoral en 1936 (21 députés) qui ne sera qu’un feu de paille.

« Nous hurlerons quand il le faudra la vérité », martelait Degrelle. La N-VA n’en est pas à hurler sa prétention à réclamer l’assainissement des mœurs politico-financières au sein de l’establishment. Elle se veut sereine, déterminée dans sa volonté de laver plus blanc que blanc.

Degrelle, lui aussi, jurait vouloir rester digne, en s’associant à la campagne généralisée contre le « mur d’argent », cette emprise de la Finance sur l’exercice du pouvoir. « Nous n’allons injurier personne, n’exercer aucune pression, ne nous servir d’aucun sous-entendu.» On sait ce qu’il en advenu.

L’Histoire repasse les plats. Ils ne sont jamais mitonnés à l’identique. Mais toujours pimentés des mêmes ingrédients.

Visionnaire, Albert II et son allusion aux années 1930 à la Noël 2012 ? La N-VA va encore se sentir visée.

Sources : H. Schoeters, « Les collusions politico-financières en Belgique 1930-1940 et D. Wallef, « Les collusions politico-financières devant l’opinion (1930-1940) », Revue belge d’histoire contemporaine, 1976

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Réactions

jean antoine | 10 mars 2013

@MJ. CQFD. D'autre part, révéler les "prébendes" me semble faire oeuvre de salubrité morale envers les citoyens...

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Maurice Joly | 8 mars 2013

Voilà l'article "pro bobo" par excellence! Tout y est, principalement l'inévitable diabolisation par la comparaison avec les acteurs du nazisme d'avant la guerre! Ça commence à bien faire et le procédé fatigue de plus en plus, usé jusqu'à la corde. Ces braves journaleux, apôtres de la bien pensance désignent comme "fachos" ou "nazi" tout ce qui est en dehors de la pensée lénifiante, formatée. Staline, connu comme un très grand démocrate disait déjà "commencez par insulter votre interlocuteur de fasciste, le temps qu'il mettra à se disculper de cette étiquette sera du temps gagné pour vous" Quand à Hitler, grand humaniste lui aussi, était végétarien strict, adorait les animaux et les enfants. Quand à Bart, il ne fait pas que de mauvaises choses dans la ville d'Anvers. On attends des journalistes une analyse plus fine, que les comparaisons à la grosse louche ou on prends le lecteur pour un imbécile.

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Olivier Ansseau | 8 mars 2013

Pas un jour ne passe sans que les media mettent en avant les abus de povoir, les passe-droits, le népotisme... du monde politique. Est-ce du populisme ou l'antichambre du nazisme que de ne pas nier l'évidence?

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Adrien Penoy | 7 mars 2013

Comparer BDW à Degrelle, je pense que là, le journaliste y va fort.Les temps ne sont pas comparables et ce qui se passe en Belgique aujourd'hui n'a rien à voir avec la dictature nazie et puis Degrelle était wallon... Cette façon de diaboliser BDW me dérange personnellement: avoir des idées de droite dans une démocratie, n'est pas plus dérangeant que d'avoir des idées de gauche. Et il faut rappeler que le stalinisme était de gauche et a tué au moins autant que le nazisme. Mais j'arrête ici, car toutes ces comparaisons sont inappropriées, y compris la mienne.

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rénald lanoy | 7 mars 2013

Le bruit des bottes revient a la charge , et pour les jeunes qui n ont pas connus la guerre elle revient a grand pas mais cette fois nous sommes sans defense , tout nos soldats sont ailleurs , Babart montre ses dents , ca va faire mal , les bagarres de rues vont bientot arriver , c est la fin des haricots

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