"Pour survivre, les dirigeants minimisent la crise"

vendredi 22 avril 2011 à 10h08

22 avril 2010 : l'Open VLD d'Alexander De Croo déclenche une tornade qui balaie Parlement et gouvernement. La Belgique ne s'en est toujours pas remise. Sa réputation, non plus : entre Flamands et francophones, le vernis de la coexistence harmonieuse a craqué.

© Image Globe/BENOIT DOPPAGNE

Il fallait le faire. Même si, planifié de très longue date, le coup n'était pas voulu. Plus de 300 politologues du monde entier invités à cogiter trois jours durant, à Bruxelles, sur le thème « Etre gouverné au XXIe siècle » : vu l'état de santé politique du pays hôte, l'endroit devenait rêvé pour un tel brainstorming organisé par l'aile francophone de l'Association belge de science politique. Il n'était pas prévu de disséquer en particulier le malade belge. Deux orateurs, Pierre Verjans, politologue à l'université de Liège, et Dave Sinardet, politologue à la VUB et à l'université d'Anvers, prennent néanmoins le pouls du comateux.

Le Vif/L'Express : La Belgique, un beau cas d'école. Et un cas désespéré ?

Pierre Verjans : Elle ne l'est pas pour les Flamands les plus nationalistes. L'état de dysfonctionnement permanent au niveau fédéral répond à leurs v£ux : le pouvoir fédéral peut se passer de gouvernance démocratique, une gouvernance technique suffit.

Le pays peut-il tenir indéfiniment de la sorte ?

Non. On touche au principe même du fonctionnement de la démocratie quand on évolue dans un système où les ministres n'ont plus à craindre une sanction du Parlement.

La Belgique, longtemps vantée comme modèle d'accommodement et de coexistence entre ses communautés : une page se tourne ?

Dans quel sens évoluera le système ? Mystère. Les dirigeants politiques, pour survivre, considèrent que là n'est pas le plus important. Ils préfèrent minimiser l'impact de la crise sur le système. S'ils n'agissaient pas ainsi, ils ne pourraient accepter la situation actuelle.

Quand le « vivre ensemble » est confronté à une telle fracture, ne faut-il pas se rendre à l'évidence et s'incliner devant une scission du pays ?

On ne peut remplacer le système actuel par du vide. Envisager la scission aboutit au même constat : gérer la fin du pays serait encore plus difficile et prendrait un temps fou. Un déplacement du centre de gravité du niveau fédéral vers les entités fédérées pourrait faciliter une telle négociation. Mais dans une étape ultérieure.

En attendant, le ton monte. Le député CD&V Eric Van Rompuy parle de « langage de guerre » à propos d'un projet de Fédération Wallonie-Bruxelles. L'homme fort du PS bruxellois, Philippe Moureaux, invite les francophones à « creuser des tranchées. » Inquiétante escalade verbale ?

Elle n'impressionne plus l'observateur politique de longue durée. Disons qu'on en est au stade de la préparation d'artillerie, pas au moment de faire monter l'infanterie....

Les Flamands accusent les francophones d'être dans une logique de plan B avec leur projet de Fédération Wallonie-Bruxelles : c'est le monde à l'envers ?

Les Flamands feignent de croire aux intentions francophones. C'est bien le problème : à force de faux-semblants adoptés de part et d'autre, on risque de se laisser prendre au jeu.

Les francophones, de l'autre côté, ont été incroyablement lents à la détente avant de prendre la mesure de la volonté flamande d'autonomie. Comment expliquer cet aveuglement ?

Tout simplement par un manque d'intérêt réel. La vocation des politiques francophones est d'être élu et réélu par des francophones. L'urgence qui domine cette attention l'emporte sur l'intérêt que l'on peut prêter aux revendications de ceux avec lesquels on gouverne.

John Stuart Mill, penseur britannique du XIXe siècle, estimait quasi impossible qu'une démocratie stable puisse fonctionner dans un pays plurilingue. La Belgique ne lui donne-t-elle pas raison ?

Faux raisonnement. La Suisse est plurilingue et sa démocratie fonctionne. Le problème de la Belgique, c'est qu'elle cumule les handicaps : le clivage ethnico-linguistique recouvre un clivage gauche-droite. Et ces lignes s'additionnent au même endroit, à la frontière linguistique.

ENTRETIEN : PIERRE HAVAUX

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Réactions

nicnol | 26 avril 2011

@EBL : pour moi, c'est les deux à égalité, le phénomène "pauvreté créant le socialisme" étant évidemment antérieur au "socialisme créant la pauvreté" ... Le problème est cependant bien plus complexe que cela en ce que le "socialisme" (au sens le plus historiquement large du mot) est directement issu des conséquences de la Révolution française en sa vocation "universaliste" ... Ayant obtenu le pouvoir (et entendant bien le garder par toutes sortes de pratiques mafieuses et corruptrices), le PS s'est mû depuis en parti "localiste", créant et organisant une nouvelle féodalité (ne parle-t-on pas à satiété des diverses "baronnies" du PS ... jusque dans l'hérédité) mille fois plus nocive que la Féodalité historique. Le défunt André Damseaux, libéral du PLP, Président fondateur du PRLW devenu PRL, avait émis en son temps (fin des années '70) une saisissante réflexion éminemment pertinente cependant, parlant du PSB devenu PS comme d'un parti ... conservateur !!!

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FrankP | 26 avril 2011

@Geheni: Il faut voir le problème sur une période plus longue. Quand la Flandre était pauvre, et exportait pour survivre ses ouvriers agricoles dans les fermes wallonnes, quand l'effort du pays était d'investir pour les infrastructures en Flandre, les wallons n'ont pas critiqué ces transferts... Maintenant, même si on voulait scinder le pays, faire les comptes serait impossible: comment répartir la dette, comment faire la balance avec le passé (avec intérêts composés??), comment régler le sort des habitants des deux communautés qui se sont mélangés tout au long de cette "frontière linguistique", comment régler la répartition des impôts des navetteurs qui travaillent à Bruxelles et rentrent le soir chez eux: sur base du domicile ou sur base du lieu de travail? Aucune des deux solution n'est équitable... Les communautés sont mélangées, les intérêts économiques aussi. Une grande ville/capitale s'étend toujours: nier la réalité de 80% de francophones dans cette ville et ses faubourgs est aberrant. Vouloir en stopper l'expansion aussi. Limiter cette expansion à des néerlandophones de souche ou contraints est aussi idiot: de tout temps les limites linguistiques ont bougé. Vouloir figer une frontière linguistique est aberrant et anti-naturel. Au 21siècle, avec l'informatique, chacun pourrait être géré dans sa langue où qu'il habite, à peu de frais, avec la video-conférence. Cette solution multi-lingue est l'avenir !

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thierryluc | 25 avril 2011

une circonscription unique pour que les politiciens soient obligés d'obtenir les voix de tous les belges pour être élus. UIne révolution pour mettre au chômage tous ces politiciens qui vivent et restent en place grâce au communautaire qui n'est qu'un faux problème. A la porte cette multitude de parasites qui plombent l'économie de notre pays de cocagne.

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EBL | 25 avril 2011

@2XK Vous ne connaisses pas la Suisse. La quatrième langue officielle est le Rhéto-roman, plus ou moins 35.000 des habitants. Donc, selon vous une espèce de Volapük. Il y a trois choses que les Suisses respectent, la langue, le territoire et la démocratie par canton. Peut-être qu'il faut diviser la Belgique en cantons. Plus ou moins, une quarantaine? Un canton bi- ou trilingues est possible. Dans ce cas les Ardennes et le pays de Liège connaitront certainement des cantons bilingue. Aussi certain qu'il aura beaucoup de cantons avec l'Arabe comme langue officielle, Bruxelles, Charleroi, Anvers et à Gand peut-être la langue turque. Ce serait beaucoup plus facile pour mettre au travail les électeurs de gauche, en Wallonie, en Flandre et surtout à Bruxelles. Donc les problèmes "communautaires" seraient résolu au minimum pour la moité.

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EBL | 25 avril 2011

@nicnol Nous pouvons nous demander si la Belgique faisait toujours partie du "Verenigd Koninkrijk der Nederlanden" la Wallonie serait si pauvre qu’aujourd’hui ou si riche que les Pays-Bas ou la Flandre? La PS avait peut-être encore 15%? Est-ce que la pauvreté crée le socialisme, ou c'est la socialisme qui crée la pauvreté? Si nous regardons dans le monde entier c'est plutôt le dernier.

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